CHAPITRE XXIX
De r ancienne Langue de F Italie^ et de ses
différents dialectes.
De tous les secrets de Tantiqulté^ aucun n'est plus difficile à pénétrer que l'origine de l'écriture alphabétique. La diversité des figures qui> après la cessation de l'écriture symbolique , prévalurent chez les diflerents peuples^ pour distinguer et représenter^ par des signes déterminés , les différentes articulations de la voix y a favorisé les prétentions de plusieurs d'entre eux | qui se sont disputé la gloire d'une invention merveilleuse j où brille , dans tout son éclat , la force de l'esprit humain. Quoique la formation des langues ait donné lieu à plusieurs théories plus ingénieuses peut-être que satisfaisantes (i)^ il est extrêmement probable qu'une source originelle du langage a produit ses divers modes.
(i) De Grosses j Formation mécanique des langues; Smitli, Considérations conceming ihe first formation pflanguages ; Monboâdo , Origin ofthe languages ; Astlc , On tke origin andprogress o/wriiing, etc.
ay6 FREMliRX PARTIS.
qui ont formé la différence des idiomes; de même que tous les alphabets connus paroissent être dérivés d'un alphabet primitif; bien que , diversement reçus dans les différentes contrées , pour arriver au terme où nous les voyons , ils aient subi des changements considérables. Cependant , comme la langue d'un peuple , malgré l'obscurité de sa source , suit le sort de la nation , et conserve en quelque sorte la trace des révolutions qu'ont éprouvées ceux qui parloient cette langue; ce ne sera pas un travail inutile de rassembler ce que nous savons de certain, ou de plus probable sur ce point , pour jeter un jour nouveau sur l'histoire des anciens habitants de ritalie.
La kngue primitive de l'Italie ayant été une fois altérée par le peuple dominateur, elle s eteignit bientôt , et l'on en perdit insensiblement jusqu'au souvenir. Nous serions encore a désirer de connoitre au moins l'alphabet de cette langue, si l'active curiosité du dix-huitième siècle ne se fût appliquée à -rechercher, à déchiffrer et à lire des monuments oubliés ou négligés depuis long-temps. Ce fut à la découverte des tables Eugubiennes , arrivée dans l'an i444> ^^^ cette étude dut véritablement sa première impulsion; mais la difficulté d'établir un alphabet en retarda
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les progrès pendant deux ou trois siècles (i). Les travaux des savants, dans cette obscure recherche, appartiennent proprement à la grammaire , et ne sauroient trouver place dans cette histoire (a). Cependant, qu'il nous soit permis de nous féliciter, qu'après tant de conjectures et d'erreurs. Ton soit enfin parvenu à déterminer, avec quelque certitude , la valeur de chaque lettre , et à composer un alphabet assez régulier pour pouvoir lire passablement les monuments écrits dans cette langue perdue.
On a imaginé avec hardiesse , et défendu avec obstination, les systèmes les plus bizarres et les plus exclusifs, pour éclaircir le profond mystère de la langue et des origines italiques. Vers le commencement du dernier siècle , c'étoit des sources hébraïques qu^on vouloit unicpie-
(i) Andres, Origine y progressa e siato éCognilette'^
ratura , III , 4 9 P^g^ ^78*
(2) Au siècle de Léon X , i^ n'y avoît personne qui connût les caractères étrusques. On peut voir dans Gori ( Difesa deir Alfaè. etr, page i58,sqq.), et dans Ama- Avktzi{Alphab, veter, etr.) la série des rechemhes et des découvertes sur ce point d'antiquités. La première tentative d'un alphabet étrusque remonte à l'an iSSg^, et fut l'ouvrage de Theseo Ambrogîo. L'alphabet de Gori, plus correct, parut en 1737 , et a été suivi de celui àt Iianzi, qui est le meilleur de tous (Saggio, Part, II , a).
ment faire dëriyer notre idiome primitif. On mit ensuite à contribution Véthiopiea , le copte, le celtique , le runique , le cantabre , et enfin le samscrit, sans pouvoir obtenir aucun résultat satisfaisant. Ceux qui se plaisent à voir une l lointaine aiEnité entre l'Italie et la Grèce ont puisé des arguments bien plus fisivorables à leur opinion dans la ressemblance reconnue entre les caractères étrusques et les caractères grecs les plus anciens. L'on a eu vite recours à ces Pëlasges, qu'une certaine classe d'antiquaires met si volontiers en mouvement dans toutes les recher* ches difficiles ( i ) ; et comme leur nom se trouve vaguement cité à propos de l'invention de l'alphabet , on s'est hâté de prononcer que c'étoit ce peuple vagabond qui avoit apporté en Italie l'usage de l'écriture , ainsi que l'avoien^^^i^^^» sans critique 9 les grammairiens latins (2). Cest
(i) Relativement à la question récemment élevée si les Pélasges a voient une écriture particulière alphabétique avant l'introduction de celle de Cadmus, nous ne croyons pas devoir en faire un sujet d'examen , cette question n'étant purement que conjecturale-Voy. M. Larcher , Notes sur Hérodote , tom. IV, p. 268; M. Raoul- Roche tte y Lettres à mjrlord comte d^Aherden ; et les réflexions de M. Letronne» dans le Journal des Soi^ants , janvier 1820 , pag. 5o.
(2) Pline ( VII , 56 ) , copié par Solin ( 8 ) , a dit que