CHAPITRE XXIX. Ïi
graves difficultés à lopinion qui ùÀt dériver immédiatement récriture étrusque de la grecque. Us ont observé que la première manque de plusieurs signes propres à la seconde : tels sont le r et le A inconnus dans Talphabet étrusque f et que l'on trouve dans celui de Cadmus. L'o est de même absolument étranger à l'écriture des Toscans, et l'on sait que les Grecs firent usage de ce signe-là , dès les temps les plus anciens, et finirent par l'avoir double k l'époque du perfectionnement de leur langue (i). Dans une question qu'enveloppent tant de nuages, nous devons nous contenter des probabilités , et ne pas donner trop d'attention aux inépuisables subtilités des grammairiens.
Denys, tout occupé à établir son système favori des origines italo^grecques , et qui avoit
éty mologies : « Il me paroît probable que les Étrusques « ont emprunté leurs lettres immédiatement des colonies M orientales , plutôt que des Grecs. Je crois aussi que les n Latins ont pris leurs lettres immédiatement des « Étrusques. » De Brosses , Mécan. des long, tom. I , pag. 4i3.
(i) O alUjuot lialiœ cwitates, teste Plinio, {libelL de Gramm, ) non habebant, sed loco ejus ponebant f^, et maxime IJmbri et Tus ci. Priscian. I , p. 553 , éd. Putsch. Gela est exactement conforme aux monuments qui nous restent de l'écriture de ces deux peuples.
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de meilleurs renseignements que nous sur un idiome qui n'étoit pas encore éteint de son temps f affirme des Étrusques : a qu'ils ne res- « sembloient à aucun autre peuple , ni par les a mœurs ni par le langage (i); » il ne se fut sûrement pas permis une telle assertion, s*il eut trouvé quelque affinité entre Tidiome de cette nation et celui des Grecs. Et, nonobstant ce témoignage positif, on écrit encore laborieusement des traités pour soutenir cette thèse moderne, que la langue italienne n'est autre chose qu'un dialecte corrompu du grec , tandis que , d'une autre part, l'on £ait des efforts aussi vains pour la faire dériver de sources plus lointaines. Une fois que Von a adopté un système arbitraire d etjrmologie , Ion trouve de part ou d'autre ce que Ion s'est promis de trouver. Mqtiler ou étendre librement chaque mot , suppléer ou rapprocher certaines expressions , en interpréter, selon son caprice, la signification ; voilà à peu près sur quoi repose tout l'artifice d'une guerre d'érudition qui est loin encore d'avoir épuisé les forces des combattans. Quand on lit dans Polybe (a), qu'il y avoit une si
Ij EXU09I mfx*'*9Tê x«9v, fUH ucut «AAf yirii «ti «^^ yA#«v«r, «vri ifuêUiVêp f9fi9%êtmi, L. I, 3o.
(3) L. m , aa.
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grande différence entre le langage ancien des Romains et celui qu ils parloient de son temps, u que les plusiiabiles, avec toute l'attention et (( la peine possibles , n y pouvoient presque rien « comprendre; » nous ne saurions nous empêcher d'admirer l'assurance de ces Œdipes modernes , qui prétendent tout déchiffrer. L'hymne arvalique , le plus ancien monument que Ton connoisse de la langue latine, et le seul du règne de Numa qui nous soit parvenu, est tellement obscur et inintelligible, que, suivant un maître des plus habiles dans la science des inscriptions , u c'est une peine perdue de i< chercher à pénétrer le sens de ces vers , écrits « dans l'idiome primitif des Romains (r). » Que dire alors des langues qui étoient usitées plus anciennement en Italie? Non seulement la suite des faits que nous avons rassemblés , mais la critique historique doit mettre chaque lecteur en état de conclure que l'on ne sauroit raisonnablement faire dériver l'étrusque du grec. Les Etrusques possédoient assurément une langue faite, qu'on pouvoit qualifier de langage national, avant
(1) Marini ^ Frateîli Arvali, pâg. 401. Un hymne en rhonneur de Junon , composé par Andronicus , vers le milieu du sixième siècle de Rome , étoit da temps et suivant le témoignage de Tite-Idve ( XXVIII 9 37 ) : ^bhorrens et inconditutn.
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d'avoir eu quelque communication avec la Grèce ou ses colonies. Sans doute la navigation, les voyages dans Vétranger , fournirent à nos peuples Toccasion d acquérir des mots nouveaux ; car une nation qui cultive les arts , les sciences, le commerce, doit voir nécessairement, par degrés , son langage s'étendre et faire de nouvelles conquêtes. Mais qui pourroit de nos jours se flatter de débrouiller le chaos de tant d'obscures f de lointaines et d'inintelligibles etymologies ? Si Ton découvroit de noaveauK monuments, le langage de l'érudition grammaticale deviendroit peut-être plus clair pour nous, et nous guideroit plus sûrement pour l'intelligence de l'écriture lapidaire. En attendant cette heureuse découverte 9 nous nous bornerons à tîrer de l'analogie et du rapprochement des inscriptions, quelques notions propres a ecJaîrcir l'histoire; nous démontrerons donc : I. que la langue ancienne de l'Italie fut une chez les divers peuples de cette contrée. II. Qu'elle parvint à un degré remarquable de perfectionnement- III. Qu'elle eut une grande part à la formation du latin ancien.
L Les inscriptions trouvées depuis le pied des Alpes (i) jusqu'en Calabre , nous font connoltre
(i) On a trouve des inscriptions de Tancienne langoe