‹ L'Italie avant la domination des RomainsChapitre 256 sur 283 · CHAPITRE XXIX. agi · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX. agi

L'assemblage ordinaire de lettres que l'on voit sur les monuments , annonce au premier aspect que l'ancien idiome italique ëtoit âpre et d'une prononciation difficile. Mais, depuis que la con-* frontation des différents mots des inscriptions a &it mieux connoltre Torthographe , l'on a appris à prononcer plus exactement plusieurs mots , à suppléer des voyelles où il en est besoin ; à les supprimer quand elles surabondent , et il en est résulté que des paroles , dont l'articulation sembloit devoir être très-pénible , se sont trouvées dignes de figurer dans un langage poli. Les Étrusques écrivoient de droite à gauche, à l'exemple des peuples dont ils a voient emprunté l'alphabet. Ce 'que l'on sait de leur orthographe est, à peu de chose près , applicable aux autres dialectes italiques; ils n'écrivoient que les con*^ sonnes en omettant les vojcelles, soit muettes, soit nécessaires pour former les syllabes. Les diphthongues paroissent rarement dans leur écriture, mais les aspirations y sont fréquentes; ils usoient aussi d'abréviations et de transpositions; il leur arrivoit même de retrancher les finales et les désinences caractéristiques des mots ; de sorte qu'il falloit les rétablir, et en quelque &çon les deviner à la lecture. Quant aux noms qu'ils donnoient aux lettres, à leur méthode dé

Sga PREMIÈaE PARTIE.

suppléer les signes omis , à leur mode d'inflexion et d'accentuation I et au mécanisme de Jear granmiaire essentiellementsynthétique; c'estsur quoi nous ne savons rien, ou ne possédons que des notions très-impaHàites. Sans aucune règle fixe pour rétablir dans les mots les sons qui n y sont pas représentés, c'est peut-être à tort que nous nous, flattons de savoir lire aujourd'hui une langue morte tout entière avec le peuple qui la parloit, et morte depuis tant de siècles. Ceux qui croient possible de parvenir à comprendre l'étrusque 9 et qui n'y prétendent , pas moins qu'à dicter des lois sur l'art de le parler et de l'écrire, devroient s'apercevoir qn'Us s'exposent à de graves et inévitables erreurs ; en elSet aucune langue n'est exempte d'incorrections et d'idiotismes, et spécialement dans le genre lapidaire, oh l'incertitude de là prononciation et l'ignorance des graveurs ont de tout temps occasionné des méprises évidentes, de manière à jeter beaucoup d'incertitude sur les décisions doctorales des interprètes (i).

III. Nous trouvons donc plus de solidité dans les raisonnements de ceux qui ont aperçu une

(i) Maffei, Arte critica lapidaria, III , i , 3 ; Maiini , FratelliAivali, -pag. 3&6o.

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grande affinité entre la langue étrusque et l'an-cienne langue latine (i). En effet les anciens grammairiens ont conservé plusieurs mots étrusques, sabins, osques, lesquels ou se trouvent sans altération dans la langue latine , ou ont avec elle un rapport très-naturel. Le savant Yarron (2) , en citant dans ses ouvrages sur la grammaire quelques mots sabins, a écrit que ces mots appartenoient également aux deux langues ; il les compare à ces arbres qui , nés sur la limite de deux territoires, étendent également leurs racines sur chacun. Quintilien (3) a fait h peu près la même remarque sur un grand nom* bre d'expressions toscanes et sabines ; et , avec son jugement accoutumé , il ne veut point les considérer comme' étrangères. Ensuite , si nous faisons usage des connoissances que nous fournit l'histoire ;p elles^nous indiqueront toutes que les anciens dialectes de l'Italie ont beaucoup influé sur la formation de la langue latine, Rome fut,

dans le principe ^ une agrégation de Latins, de

(l) Lami, dans set Leiiere Gualfondiane , a eu

l'heurense idée de cette nouvelle méthode d'interprétation ^ et a démontré avec beaucoup de philosophie et de critique la fbiblesse des systèmes fondés sur les étymolo^ gies grecques et orientales.

(a) L.L.IV, 10.

ag4 PBEMliRB FARTIB.

Sabins et d'Etrusques, auxquels se réunirent par la suite d autres peujdes ciroonToisins ou étrangers. De la réunion de tant d'idiomes il se forma un langage mixte et variable, que les besoins et les circonstances rendirent plus ou moins participant de tous les autres. La langue primitive, en usage dans le vieux Latium et autres villes adjacentes , y eut cerlainement la plus grande part (i) ; c'étoit celle aussi qui avoit le plus de locutions dérivées d une source commune, nonobstant l'ambigiiité et l'inconstance qui caractérisoient la prononciation des viUes municipales (n). Varron (3) décide que plusieurs mots provenoient directement de 1 étrusque; et un passage remarquable d' A gré tins (4) confirme l'influence qu'eut cet idiome sur la forma* tion du latin \ influence qui s'étendit jusque sur •

(i) Isîdor. Origin. IX, i.

(2) II suffit de rapporter l'exemple de Praeneste , à pea de milles de Rome , oii l'on prononçoit conia pour ci^ conia; tammodo pour tantummodo, etc. Plaut. în T^mcuL 3 , a y 23 ; tn 7>//i. 3. 1.8; Festus , in tammodo.

(3) L. Z,. VI , 3 , et alibi.

(4) Apud Latium unde Latinitas orta est, major populus et magis egregiis artibvs pollens Tuscî Jiic^ runt ; qui quidem natura linguœ suœ S, litteram raro exprimunt : hœc resfecit habere liquidam. pag. 2269, éd. Putsch.

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