‹ L'Italie avant la domination des RomainsChapitre 270 sur 283 · N* IX · texte numérisé non relu

N* IX

M. Micali se home , au sujet des vers fescennins, à ënoncer ropînion que ces poésies rustiques avoient dû leur origine aux fêtes de la vendange. Peut-être la nature et Tobjet de son ouvragé , qui sont de faire connoître l'antique Italie, auroient-ils exigé cpi'il entrât dans quelques détails sur ces premiers essais de la poésie latine. Nous allons tâcher de suppléer à son silence, en usant des recherches que nous avons faites tious-mêmes sur ce sujet curieux , dans un Mémoire qui fait partie du Recueil de F Académie des Inscrip* fions et SelleS'Ijettres , tom. V, p.

Cest Horace qui nous fait connoître [Epistol, lib. II, ep. i^ Y, x3g sqq) la nature et Torigine des vers fescennins :

Agricolmf prisci^ font s , parvofae keaîi -, Condiia pasifrumenia » ievanles temporcfostù Corpus, et ipsum animum spe finis dura fcrentem > Cum sociis operum , et pueris , et eonJu^JUà j Tellurcm porco, Sjrlvanum lacie piaburU, Floribus et vino Genium memorem brevis œvi» Fescennina per hune inventa licentia morem Versibas alternis opprobria rusticajudit,

C'étoientdoncdespoésiesrustîques, composées au sein du désordre et avec touterivressé des fêtes villageoises y dans lesquelles de» laboureurs plcini àm joie eri àt vin

320 éCLAIRCISSBMENTS.

se tournoient mutuellement en ridicule. On ne peut douter, d'après cela, que les Ters qu'ils débitoîenl ainsi alternatiyement, ne fussent improYÎsés; et s'il restoit quelque incertitude sur les expressions d'Horace, elle seroit entièrement détruite par le témoignage clair et précis de Tite-Live. Cet historien, décrivant les progrès de la satire romaine ( Histon rom. Lib. VU, cap. ii. S- 4 )) nous apprend que les vers prononcés par ses premiers auteurs , ou plutôt par ses acteurs , car ces deux qualités étoient alors confondues; que ces vers, dis-je, ne ressembloient point aux anciens vers fescennins , qui étoient composés au moment même, et qu*on se jetoit altemalivenient : Qui y non^ slcut ante y Jesctnnino versui similem (i), contpositum temere ac rudem altérais jaciebant. Aussi les mêmes critiques, dont je rapporterai plus bas lopinion relativement à la nature des vers saturnins, étendent-ils la même observation à cette seconde espèce de poésie. Les succès qu elle avoit obreou^ dans les réunions champêtres, la produis/neiit bientôt sur le théâtre de la ville, où elle ne fut pas moins favorablement accueillie, tant qu'elle sut se contenir dans les bornes d'une raillerie plus divertissante que chagrine; htsit oinabilitery selon l'expression d Horace. Mais un jeu innocent ne tarda pas à dégénérer en une licence effrénée ; et les traits de la plus violente satire pénétrèrent jusque dans les maisons les plus respect ■ ■ ■ I ■■■ ■* * ■ Il ■ ■ ■ ■ ■

(i) Ce passage est altéré. Voyez les notes dansTédîtioa de Drakenborçh , tom. II , pag. 471-473.

ÉGLÂIKGÎSSEMEiyrs . 3a I

tables ; je ne ùis encore que traduire ou interpréter le témoignage d'Horace :

Jam sœuus apertam

In rabiemverti cœpit jotus , et perhonestas Irè domos , impunè minax,

II fallut alors que le zèle des magistrats protégeât le repos et l'honneur des particuliers contre les atteintes d'une poésie licencieuse; et une loi fut portée, Tan de Rome 1292 , contre toute personne qui, au moyen de ces vers satiriques, essaieroit de nuire à la réputation d'un citoyen. Horace indique (i) l'existence de cette loi, dont Saint Augustin nous a conservé le texte (^de Ciçitat, Dei^ lib. II, cap. iv) qu'il avoit extrait du IV' livre de la République de Cicéron ; et beaucoup d'autres auteurs en ont également*fait mention.

Cette sévérité des magistrats produisit les heureux effets qu'on en avoit attendus. Les poètes, forcés, par la crainte des châtiments, de se soumettre au joug des bienséances , ne durent plus qu'à leur talent les succès qu ils p'avoient auparavant ^obtenus que de leur malignité :

- Formidine fustis

Ad benh diccndum delectandumque redacti.

Depuis cette réforme, il paroit que les vers fescen» nins ne furent plus employés que dans les chants nuptiaux y sorte de poésie qui , par son objet et par sa nature , se prêtoit plus aisément à la licence insépa-^

(1) Epistol. Lib. IT , Ep. i', v. iSa. *

iJ. 21

3u2 ÈCLklWLCIBSÉMMVTS.

rable de ees vers ; cffecdrement , Festos, reckerofatot

l'origine du nom de/escennins y dit : Peacemmm ver^ sus, gui canebantur in nuptiis , et urbe Fescennùia di^ cuntur allatij siue ideb dicti quia îàscinum i»afibantur areere. Cette dernière ëtymologie ne me paroît guère probable, d*auunt plus que Servius [jEneid. Ub. VU, vers 695 ) rapporte uniquement l'opinion qui £aisoit dériver de Fescenniuniy le premier usage des rers nuptiaux : Fescennium , ubi nuptiaiia inventa sunt carmina ; et cet usage est suffisamment attesté, dans les temps plus modernes, par les témoigmages de Catulle (i), de Sénèque (2) et de Pline (3), auxquels on peut encore ajouter d'autres passages recueUUs par Pîùscus ( Lexicon y tom. II, pag. 776). Cependant l'emploi originaire des vers fescennins, qui étoit de répandre les traits de la satire personnelle, ne se perdit pas entièrement à Rome. Les poètes, dans leurs productions publiques, étoient obligés de se conformer k l'ordre établi, ce qui ne les empéchoif pas de harceler furtivement , par des ëpîgranimes clandestines , leurs rivaux et leurs ennemis. Macrobe cite des vers fescennins (Saturna/. lib 11, cap. IV), coVnposés contre Pollkm , par lempereur Auguste. &.-R.

(1) OatnU. Carm. LXI, v. JifS : Nec dik tœeat procaxjèêcennina locuiio.

(3) Sencc Cmnirover^. VU, 6 s Lucr nupiiales Jescenntnos.

(3) Plin. Lib. XV, c. xxu: Nuces juglandes, i^uaf»quàm et ipsœ ituptialiufn fisoenninorum coniiies. ^

ÉCLàlEGISSEHENTS. 3a3

Jl n'dst point prouvé que la cairas8ia/aUe d^ecailles de métal fût rfieliement una armure nationale des Etrusques, et eocore ip^oins des Romains , qui (le Tintroduisirent que très^tarci dans leur milice, puisque nous voyons ^9igkg Plutarque, Fie de LtieulluSj que LucuUus s'en revêtit pour combattre Tigrane, vers Tan de Rome 670, tandis que, chei les Grecs, les ar* mures de fer étoient déjà tombées en désuétude, de* puis Tan 4^ Rome 363 , par conséquent crois cent sept ans avant la première de jces époques. La forme du corselet à la romaioe ou à la grecque, qui ae voit dans le monument allégué ici, nest pas davantage d'un usage national, c'estÀ^^ire exclusivement propre à la nation étrusque , puisque nous la trouvons tou» jours d^ns les plus anciennes sculptures grecques ou romaines, e^ non dans les plus anciens monuments étrusques. Outre cela, je jcrois trouver, dans les nudités des guerriers ici représentés, la preuve que laFtisjte, en traitant un sujet gvec, a voulu suivre en tout le goût et le costume de cette nation, grœca res est nihil velare, dit Pline (XXXIV, 5); et qu'ainsi cet artiste n'a nullement songé à nous offrir un module de l'armure étrusque, l'ajouterai que dans tout le cours de l'histoire des Etrusques, telle que noti^ auteur nous l'a donnée, il n'^est dit nulle part qu'ils aient porté des cuirasses de métal, avant leur asseryissement par les Romains. Il l'assure ioi^ sans le prouver; mais son assertion tombe d'elle-même , puîs^*

324 éclaircissements;

qu elle ne se trouve appuyée que sur Vexemple d*uiie seule statue dans laquelle on doit voir un dieu lare, soit Mars, soit toute autre divinité. Le Donano d'argent de la galerie de Florence^ la pierre de Maffê, et les basf reliefs volsques de Yelletri , qui sont incontestablement des monuments toscans, et quioffient des guerriers , nous les montrent couverts de peaux et d'étoffes, et non défendus par des durasses et des corselets de métal. Lorsque les Romains eurent subjugué ritalie, ils y répandirent Tusagé des différentes sortes d*armesy qu'ils avoient appris à connoître dans leurs guei'res contre des nations diveives. // nous reste dans Tite-Live (lib. X, c. ^o)y la descrîptiou des ar* mures samnites, au nombre desquelles cet historien comprend une plaque de bronze^ nommée spongia, et employée pour couvrir la poitrine: spongia pectoris tegumentum , dont notre auteur parle plus bas , comme d*une cotte de mailles, et qui n étoit, selon Topinion de Jusie^Li^se {Satum. sermon, lib. II, dialog. xi), qu une pièce' d armure bornée à la défense de la poitrine, et non point étendue à celle des épaules, comme chez les Grecs. I.

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