CHAPITRE TI
Ils s'établirent d'abord dans la partie orientale , que le» Sicaniens venoîent d'abandonner pour se soustraire aux formidables éruptions de T Aetna. Mais le besoin de pourvoir à leur subsistance éveilla à un tel point leur esprit belliqueux , qu'ils repoussèrent bientôt les Sicaniens de toutes parts, et se firent teconnoltre souverains de tout le pays qu ils venoîent de soumettre par les armes. Cet avantage, soutenu et consolidé par la force, rendit les Sicules si prépondérants > qu'ils envahirent dans peu toute Fautoricé) et donnèrent leur nom a l'île conquise (i). Thucydide (2), qui rapporte le même événement, ajoutequ'ils passèrent en Sicile pour se défrober à la poursuite des Osques : nom générique sous lequel on comprenoit quelquefois tous les haletants dej'italie. Selon Hellanicus de Lesbos et Philiste de Syracuse, cette émigration eut lieu environ un siècle avant la ruine de Troie (3)«
leur présence en Italie. Gônf. G. de Humboldt, Prùfung der Unlersuchungen , etc. , ou Examen des Recherches sur les pnemiers hahitanude l'Espagne , p. 169 , Berlitt , i8ai.
(i) Diodor. V, 6 ; Dîonys. I , a2 ; iPausân. V, aS.
(d) tu VI, I. AiitiochusdeSyracuse(â^. Dionjs. I^aa) j joint encore les Opices et les Œaotrîens , peaples qui âToient quelque temps habité la basse Italie.
(3J j^p. Dionys. 1 , 2a 3 Fan 1 284 ou environ ayant
Cependant le revers des Sicules fut pour les peuples qui les ayoîorit chassés une source de nouvelles guerres.
Les Ombriens ne le cédoient en renommée à aucun autre peuple de Tltalie , ni pour Tancienneté glorieuse ^ ni pour la puissance (i). Les autorités les plus respectables se réunissent pour
J. C. ( Voyez les Tables chronoL de Blair. ) — 1 870 av. J. G. y en suivant une chronologie plus généralement adoptée. ( Voy. HisL crii. des Colon* Grecg, tom. I ,
(i) Umbrios a Grœcis putant dictos ,quod inundatione terrarum imbribus superfuissenU Plin. III , 14* Cest une perte déplorable de temps que de s'arrêter à de semblables étymologies , rêves oiseux des grammairiens, répétés ensuite par des écrivains de moins d'autorité encore (a).
(a) Je partage le aentiment de Tantenr rar le peu de ▼raiaemblance de cette ciymologie da nom des Ombriem, sana approoTer le mépris avec lequel il a*exprime ici snr le compte d*anciens grammairiens aDxqaelt la science historiqne a Unt d*obligations. L^antoriié allé* gnée ensaite à Tappni de rorigine indigène des Ombriens, est celle d an auteur grec , Zénodote de Trésène : tous les historiens grecs ne sont donc pas indignes de toote créance. Ici néanmoins il convenoit pent-éire d*examiner si les monaments qne nons possédons de la langoe de ce peaple, savoir, les tahUs eugûbienues, n*indiqnent pas nne extraction grecque. M. Micali est obligé de convenir pins bas de Tidentité de cette langue avec celle des Étrosques : or, cette dernière est incontestablement grecque dans tons ses éléments. Je sois encore obligé de renvoyer sur ce point an savant ouvrage dn P. Lansi {U,639,etl, aS4). R.-E.
CIIA^JTBE VI. ^^
leur accorder celte double prérogative (i). Zénodote de Trézène assure {2) que cette nation indigène occupa primitivement le territoire de Reate j d où sortit une de leurs colonies , qu'on croit avoir été la souche des Sabins. Mais le nom des Ombriens s étendit avec leur prééminence dans plusieurs autres contrées intérieures : dès les temps les plus reculés ^ ils étoient déjà possesseurs d'une grande étendue de pays entre le Tibre et T Arno (3). Au rapport d'Hellanicus (4), Cortone fut quelque temps sous la domination des Ombriens , de même que Pérouse j fondée , disoit-on, par les Sarsinates (5) ; et il est bien vraisemblable que le fleuve Ombrone^ dans le centre de la Toscane , tire son nom de ce peuple (6): Ce qui est plus certain, c'est que les
(1) Dionys. I, 19 : r« thêç it ruç wm ftiym t% xmt mfXMK Plin. III, 14: Vmbrorum gens anliquissima Jtaiiœ. Flor. III 9 1 7 : Antiijuissimus haliœ popuhtS.
(3) Jp. Dionys. II , 49- 'Oftfi^tttS iêtSç miêtytuç. La cigale empreinte sur les monnoies de Todi indique c^tte prérogative à*autochihones attribuée aui Ombriens*
0) Plin. m , 5.
(4) In Phoronide , ap. Dionys. 1 , 20.
(5) Serr.ad jŒneid,X y aoi : Sarsinates qui Peru-sitan condidtrunL
(6) Umbroy aupurdliui l'Ombrone , qui a son cours dans la province de Sienne, et peut recevoir des bâtiments
légers. Pline (III , ô ) dit que cette rivière é toit navigable.
Ombriens s'étendoient le long de rAdriatique (r)^ et occupoient la plaine adjacente jusqu'aux embouchures du Pô ^ sans compter les colonies qu'ils avoient peut-être ausd dans le Picenum^ sur les terres enlevées aux Sicules(a)« Les Ombriens y agrandis principalement des débris de ces derniers , s'élevèrent bientôt à ce degré de célébrité que donne le pouvoir (3); mais quelque braves qu'ils fussent (4) i ils trouvèrent dans les Étrusques , leurs voisins, des rivaux qui arrêtèrent le cours de leurs prospérités. Selon Denys (5), les Pélasges entrèrent dans cette rivalité , et contribuèrent beaucoup, par leurs armes , k la décadence des Ombriens. On voit toutefois , par la suite , les Bavennates réputés Thessaliens (et qui n'étoient peut-être
(i) Scjlax, Peripl. p. la, éd. Gronov. ; Scjmnu* Chius , in Perieg.
(a) Pliii. m , 14.
(3) Le nom des Ombriens étoît honorablement conna dans l'antiquité. Hérodote ( 1 , 94 ; IV, 49 ) en fait mention en deux endroits , ainsi que Théopompe ( ap. Athen. XII , 6 ). Le peuple commerçant d'Ég^ne conduisit dans leur pays , û tuê' OfJlfutni , une coJonie dont on ignore le nom. (Strab. VIII , p. 269. )
(4) Nic.Damasc. HisLf. 372, inProdr. bibl.Helleru éd. Coraî.
(5) Lîy. 1 , 19.
CHAPITBE VI. fjg
que ces mêmes Pëlasges venus de Tbessalie ) , abandonner leur ville aux Ombriens (i), déjà maîtres de Butrium , dans le voisinage (2) , et de Ri mini, sur les bords de la mer (3). L'ambition de domin^ étoit le but de ces luttes sanglantes, au milieu desquelles la fortune des Toscans monta au plus baut point de splendeur : ils avoient conquis jusqu^à trois cents villes sur leurs ennemis (4). Ce fut alors que lesOmbriens, contraints d'abandonner aux vainqueurs la majeure partie de leur territoire, se virent réduits à une seule province, qui, de l'Apennin à F Adriatique , s'étendoit jusqu'au rivage du Pô , dans le voisinage de Ravenne, et avoit pour limites, k l'Occident et au Midi, le cours du Tibre et de la Nera (5).
Le sort d'un peuple vaincu fut toujours d*être humilié. Il est donc probable que les Étrusques,
(1) Strab. V, p. 148. Jusqu'au temps de Zozimç (V, 27), sous le l>a»-empire , Raveone persista à se donner pour une colonie de Tbessatiens*
(a) Plin. III , 5: Nec proculamari Vmbrorum Bu" trium.
(3) Strab. V, p. i5o.
(4) Trecenta eorum oppida Tliusci debellare repe^ riuntiir, Plin. III, 14. Conf. Lycophron. i36o-iH6i-
(5) Cluvier, p. Sgî ; Cellarius , y. 788 j D'AnviUe , Géogr, anc, p. Ss.
8o PREMIÈRE PARTIE.
par suite de leur conquête, doiniaèrent sur toute la nation des Ombriens. Ge qu'il y a de certain, c'est que, durant plusieurs siècles, si ce dernier peuple ne fut point sujet, il fut du moins dépendant des Etrusques : autrement Tite-Live auroit-il dit que leur empire embrassoit, entre les deux mers, toute la largeur de l'Italie , s'il n'y eût pas aussi compris le territoire des Ombriens (i)? Depuis cette époque, non-seulement toutes les vieilles dissensions qui existoient entre ces deux peuples cessèrent dans le fait, mais ils furent presque toujours désormais alliés , et engagés dans les mêmes entreprises (2). U y a. plus : on voit clairement, par un passage de Pline , que les Ombriens eurent part non-seulement aux conquêtes, mais à la domination des Etrusques en Campanie. (3). Mais ce sont les monuments respectifs des deux peuples qui fournissent les preuves les plus certaines de leurs relations , surtout les monuments qui ont rapport à la langue, que I'oq
(i) L. V, 34: Vmbria vero pars Thusciœ, Serv. ad AEneid. XTI , 763 ; Isidor. Orig. XIV, 4.
(2) Strab. V, p. 14^.
(3) L III , 5. Il y a dans Strabon un passage un peu obscur (V, p. i5o ) d'où l'on pourroit néanmoins tirer la même induction relativement à TÉtrurie circumpadane»