CHAPITRE VII
Pélasges (i). Coiume les écrivains grecs ne reconnoissoient point de race plus ancienne que celle des«Pélasges y ils se mirent à vanter leurs prétendues institutions dans nos contrées comme Forigine de la civilisation italique , bien que les mœurs naturelles de ces peuples errants soient la preuve certaine qu'ils a avoient point quitté leur condition de chasseurs et de pasteurs ; de sorte que, si le nom générique de Pélasges n équivaloit pas chez les' Grecs à celui de Sauyages oil de Barb^fes, toujours sera-t*il vrai que le peuple connu sous ce nom ne sortit point de son état primitif de grossièreté et de barba*rie, avant son union avec les Hellènes (9). Mais s'il faut s'en rapporter à des récits suspects et récents I les premiers Pélasges , après avoir laissé FArcadie sous la conduite d'Euotrus et de Pcu*cétius, fils de Lycaon, prirent terre dans la basse Italie , dix-sept générations avant la guerre de Troie (3) ; on vit encore d'autres tribus de la Thessalie s'établir parmi nous, au temps de
(1) Voy. Prideaux , Not. hist, ad chron, marmor. Oxon»^ p. 127-?^.
(a) Freret , Mém. sur les premiers habitants de la Grèce; Larcher, ChronoL d'Hérodote , ch. Vllf , p. 974-
(3) Dîx<»sepl oa dix-hnit sièeieé avant Fëre vulgaire. Voy, ci-après» chap. KIX.
88 PBEMIÈRE PABTIE.
Deucalion ; et finalement celles qui , sous la conduite d'Evandre, vinrent fixer leur séjour aux environs du Tibre (i). De cette manière, presque toute l'Italie auroit été occupée parles Pélasges, qui, donnant l'essor à leur humeur guerrière, y seroient devenus conquérants , fondateurs de cités, et y auroient exercé un empire souverain, tout le temps que la fortune leur fut favorable.
Les sauvages tribus pélasgiques qin' jouèrent le plus grand rôle parmi nous, s'yétablireut environ 35o ans avant la guerre de Troie. Contraintes d'abandonner la Thessalie , elles furent conduites .par divers événements sur les côtes de l'Epire (2). La vue de l'Italie, de ce pays si célèbre par sa fécondité, fut pour elles un puissant aiguillon qui les excita à surmonter les
(1) Dionys. I(, 1 8-3 1. Quoique Denys soit le seul des anciens qui ait réduit en système ces migrations des Pélasges , on voit qu'il n'étoit pas trop entendu dans sa matière , comme le démontre Terreur grave dont nous parlerons en son lieu, d'avoir pris Creslone , ville de Thrace, mentionnée par Hérodote , pour Crotone en Toscane , eu faisant de celle-ci le siège principal des Pélasges.
(2) Dionys. I, 17-21 ; Diodor. XIV, 11 3. Une partie de la Thessalie s'appeloit alors Pélasgie : nom que porta aussi le Péloponnèse , ainsi que plusieurs autres lieux oii ils avoient habité. Strab. V, p. i53.