‹ L'Italie avant la domination des RomainsChapitre 35 sur 283 · CHAPITRE VU · texte numérisé non relu

CHAPITRE VU

obstacles de la mer, à accélérer le moment où elles pourraient jouir de tant de biens. S'àbandonnant donc aux caprices des vents , elles abordèrent à l'une des embouchures du Pô. Là, elles fondèrent Spina, ville jadis fameuse (i). Une partie d'entre elles s'y fixèrent ; les autres poussèrent plus avant, et se dirigèrent vers les pays des Ombriens. Mais cette nation belliqueuse leur opposa la force des armes, et les contraignit à franchir les cimes de l'Apennin. LesPélasges er-' rants arrivèrent dans le voisinage du Tibre, sur

(1) Selon d'autres traditions, Spina n'ëtoit point d'origine pélasgiqne , mais avoit été fondée par Dioniëde (Plin. m, 16). Celte ville célèbre acquit une grande puissance sur la mer (Strab. V, p. 148 ; Dionys. 1 , 18 ;• Plin. loc. cit. ; Scjlax , PtripL p. i 2 j Sfeph. Byt. au mot 2«-iV« ). Fréret observe avec raison que si cette ville eût. été pélasgique, elle auroit envoyé ses riches offrandes ,. non au temple de Delphes, mais à celui de Dodone, fondé par les Pélasges. Mémoir. de l'Acad, des Inscr. tom. XVI II , Hist. pag. go. — La tradition qui attribue a Diomëde la fondation de Spiné , ne contredit pas la première. Seulement, il faut entendre que Diomëde rétablit une ville précédemment bâtie par les Grecs péjasges. L'observation précédente de Fréret ne seroit fondée*, que s'il s'agissoit d'offrandes antérieures au rétablissement de Spiné^ar Diomëde. Mais il n'est nullement étonnant que , devenue cité hellénique , elle ait envoyé fies offrandes an temple hellénique de Delphes. R.-R.

go PREMIÈRE PARTIE.

les terres occupées par les Aborigènes , qui d abord les repoussent : mais ensuite les Pélasges se liguent avec eux contre les Sicules et les Om«« briens , auxquels ils font la guerre , et ils deyiennent souverains d'une étendue considérable de pays au centre même de Tltalie. Cette brillante fortune ïie fut pas de longue durée : affligés par divers malheurs et par des dissensions intestines^ la majeure partie des Pélasges abandonna ses demeures, et usant de l'expérience qu'ils avaient acquise sur la mer dans la société des Etrusques , ils se dispersèrent en des régions lointaines» Leur décadence commença soixante ans à peu près avant la guerre de Troie. Mais après la chute de leur puissance , le petit nombre de Pélasges qui étoit resté en Italie, se confondant avec les natu* relsdu pays, ne forma plus avec eux désormais qu'un même peuple. Les terres abandonnées par les Pélasges furent promptement occupées par leurs voisins, et particulièrement par les Étrusques (i).

Tel fut le sort des Pélasges durant le séjour qu'ils firent en Italie. Mais quels garants nous donne Denysd'Halicarnassed'un épisode si bien circonstancié? Les traditions mythologiques (2) :

(i) Dîonjs. I, 18-26.

(a) K«i m fit 9 099 viFtf rS nOJMytxS yifut ffUXêyufium

CHiPITRE TU. gt

e^est-'à-dire, c^ frêle tissu d'histoires et de fie** tions des premiers prosateurs qui priécédèrent iiumédiateniçnt Hérodote (i). Cet aveu sincère d*un écrivain si évidemment partial au sujet des origines grecques, semble nous avertir du peu de certitude de ces antiques et ohscurs évéa&r înentSy dont le récit a pu de tant de manières être ou supposé ou exagéré ; et notre défiance ne sauroit être diminuée par la peine qujil prend à arranger et à bitir sur d'aussi foibles fondements un système qui prouve à quel point il avoit oublié les leçons qu'il donne lui-même sur les devoirs d'un Listorien (2^, et où tout est forcé ^^

r«M/f iri (a). Diodorç (lH , 66) nomme un Deqjs le mythologue.

tOVoy. Bejne, de /de hts(. t^tatis wjrthicœ, in Comm» Soc. Goit. , vol XFV..

(2) Episî. adCt^. Pom», p. 767-786., é4. Reiale- « Pa toutes les qualités d'un historien 9 l'impartialité est I4 plus rare. Mais ce qui montre combien la passion de Denys pour çon pays le rendit partial, c'est l'injuste reproche qu'il fait k Thucydide d'avoir dévoilé les corn*

(a) Lu Otee» n'af Uchomt pas an not da mytkohgiê le ném* aena qiu nom; Ua oomprçnoietil lona ca nom le recueil 4ea tradi* tiona anciennes, sor Vori^ne de lenrs diverses pea^lades et de lenra principales familles. Ces traditions étoient sans donte mêlées de circonstances mensongères et de àéiaûû/mhuieux. Mais enfin , le fond en éioit bien certainement historique; et tel qn*il étoit , c'étoit poor cnx et c*cst eneore posr nous Vnniqae source de leur pimîtiFe liittoire. &.-IL

Qâ PBEMIÈRE PARTIE.

dans la vue de rattacher, d'une manière ou d'une autre y les antiquités italiques à celles de la Grèce (i). En admettant comme un fait historique l'arrivëe des Pélasges en Italie, fortement combattue par plusieurs critiques modernes (a), on ne pourroit raisonnablement accorder qu'une

mencements pauvres et grossiers de la Grèce , en y ftjoatant qujil eAt été beau de les taire. >» De TJivcyd, , p. 856. Nous fortifierons cette remarque du sentiment d'un illustre auteur italien : Denys veut, dit-il, que les Romains soient un ceps d'origine grecque , en cherchant ainsi à flatter agréablement ses concitoyens , et à adoucir avec ce baume la plaie et la douleur de lear esclavage. (Perticari , Sopra Dionigi di Alicarnasso , dello stile di Tucidide, Giorn. Arcadico , tom. IX , p. 368) mars 182 1. )

,(i) Sic in proœmio^ 5 , 6, et L. I. 89, 90. — Derffs manque fréquemment de critique,,*. Tout son premier livre est Kjrpo thé tique ou conjectural. De Sainte-Croix , Examen critique des Hist, d'Alexandre. Section I> pag. 22 , 23.

(2) Fréret, dans le Mémoire cité, et dans plusieurs autres. — Que prouve l'opinion d'un ou de plusieurs critiques modernes y fussent-ils les plus éclairés , ifes plus habiles de tous, contre le témoignage précis, positif ^^ authentique d'un historien ancien , quand ce témoignage ne choque ni la vraisemblance , ni l'autorité des autres monuments? Et que deviendroit l'histoire, si l'on pouvoit opposer ainsi aux faits constatés par des témoigna-* ges , l'opinion arbitraire de critiques modernes ? R.-R-

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