CHAPITRE' Yiii. leg
de leurs yictoires successives, les Étrusques franchirent' Apennin , et portèrent leurs armes triomphantes sur le territoire des Liguriens, où ils fondèrent un grand Etat. Le silence de rhistoire ne nous permet point d'assigner ni l'époque, ni les bornes de cette invasion; mais, comme nous le verrons plus bas/ tout porte à croire qu elle s'étendit au-delà du Pô , et , entré ce fleuve et l'Apennin, jusqu'àlaTrebbia. Il est impossible de présumer qu'une telle conquête n'ait pas été opiniâtrement disputée par la valeur (i) , tant que les liens de la nation vaincue ne furent point rompus par l'ordinaire alternative de la fuitç ou de la soumission. Une partie d'entre eux, tels que les Lévi-*Liguriens, trouvèrent une défense naturelle dans les rivages du Tésin et dans les marais : d'autres eurent un plus sûr refuge entre les Apennins et la mer,
(i) Lycopbron (v. i356 ), qui regardoitlesPélasges et les Tjrrhëniens comme le même peuple , fait mention de ces sanglantes querelles : Aufif Afyorifém Aiyxif tt
(a) LjGopliroii iTolt raiton de regarder les Pélaagef et les TyrthénieDê comme an même peuple , d'abord parce qu'ils avoient la mémf origine ; ensuite , parce qnk Tépoque dont il parle , ils habitoient en commun. Nous dcTons être très-circonspects k décider que les anciens se trompent sur leur propre origine , lorsque nous autres mutdemei nous ne possédons pas la centième partie des monuments qu'ils pou voient consulter. R.-R.
OÙ Ykpteié des bdiâ , leâ ditiudsitëd et les gorges des vftUëei leur offrirent tm reftipaft intpétiétfâfade. Cependant les Êti'ud<}ueè étendirent^ da teffté du (Jonchant ^ leur cont(tiéte jusqo an-delk de la Macfé ; ce qui leur procura Fàcquisitioit du Tâsteport de Lune. Mais, aimi qu'il arrive dané lés tieilleâ rivalités de nations , les Lîgu*^ riens ne laissèrent pas lenr ennemi en repog dftns ce poste : ils lé harcelèrent avec tant de succès pÀr leurs continuelles incursions ^ qulk s'Acquirent la réputation d'un peuple plus belliqueux que les Tyrrhéniens (i). L*étroik espace compris entre \t golfe de là Spe^ia et de FArno fut partout et long-temps le théâtre de Combats qui se renouvdoient àtec tant d'acharnement , que^ jusqu'à l'époque deâ Romains , souvent ou vit les éâux dé la Macre rougies du sang confondu des Liguriens et des Toscans (a). Les invasions successives des Gaulois, après le second siècle de Rome, resserrèrent considérable-
(i) Strab,' V, p. 1S4 • ^^^* V^f fuvf^iftmrîfàt T»ff$i9m9
(2) l)«ns «tfé yidésttiiâtM dtt sotîâefi Afine», les Liguriens reprifeiit uiife partie dé leur territoire. Plusieurs écrivains dominèrent au port de Lune le nom de cité des Liguriens (Mêla, II» 4j Jastia^ XX / 1); •t Jovénal doaae l'épithate de liguntHi aaa> marbras fcmeux de Carrare {Sai. IIÏ, 257).
QHAPITRE YIII. III
mpnt les Liguriens^ et restreignirent la Ligurie propre à ces limites qu'elle conserta depuis jus^ qu'à Auguste : ce furent , au nord , le Pô , ap-pelé> daus la langue des Liguriens, Bodinco (l); à l'occident , les Alpes et le Yar ; à l'Orient , TArno, et la mer Su midi. La chaîne des Apennins divise du couchant au levant toute cette contrée en deux parties, l'une méditerranéen l'autre^ miuilime; la première entre le Pô et les Apennins; la seconde entre cel montagnes et la mer. D'après cette divi-^ ^ sion naturelle, les premiers peuples que l'on rencontre dans la Ligurie maritime , sont les Montagnards, les CapiUati ou Chevelus» les Inteméliens^ les Ingaunes^ les Épautères, les Sabases ^ les Qënoates ^ avec quelques autres moins considérables, situés entre les monta-gnes (a). £n-deeii de Gènes, étoient les Téguliens , les Apuans , et duis leur centre les Hertttes^ les Garnies, les Lapiciniens, et peut-être ausM les Friniates (3). Dans la Ligurie médi-
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(i) Mtttrod. Seepè. Mp. Pline, III , 16 : Quod signi'* fieenifmndo carèniem,
(a) On peut Toir les noms de ces peuples sur la table de broAse f^xftt Tan de Reme 637 ^ k l'occasion d'an décret du sénat qui fixoit les limites respectives des Vë-» tariens et des Génoates, dans Grulef, p. ao4*
(3) Uy.ill, 19; XXXIX, 3.
terranëe » en commençant aux Alpiss , on trou'» vaitdans la vallée de Stura les Vénénîens, les Vagiéniens ; venoient ensuite les Statellates , entre le Tanaro et l'Orbe; ensuite, dans les sites moins connus » les Vibelliens, les Magelliens, les Eburiates, les Gasmonates, les Briniâtes, les Cerdiciates, les Cellelates, les Uvates et les Véléiates (i). Tous ces peuples continué-^ rent à porter le nom commun de Liguriens, e.t formèrent comme auparavant une seule .na« tion indépendante. ^
Les Grecs de Marseille, colonie de Phocéens , venus de l'Ionie sous le règne de Tarquin Tan* çien.(a), inquiétèrent aussi beaucoup les Liguriens , à qui ils enlevèrent , en deçà du Var, cette étendue de rivage où ils établirent les colonies de Nice et de Monaco, et où étoient quelques autres établissements moins considérables, entre ces deux villes (3). Ainsi les Liguriens se trou-vèrent comme renfermés de toute part entre
(i) Clavier , c. lo ; Durandî, Piémont en^deça du PS; Oden'go, Lettres liguriennes, IV. La situation des Véléiates dans le territoire de Plaisance n'a été reconnue qu'après la découverte de la ville de Velléia, faite en 1747. f^qyez Pitterelli , Tavola alim. di Trajano^kn^ tolini , le Rovine di Veleia, 1819,
(2) An. 600 av. J. C. ; Conf. lisser. Annal, p. 67.
(3) Plin. III, 5 i Strab. IV, pag. 124, i4o.
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les sommets stériles et escai^ies de l'Apennin : situation qui eut une influence marquée sur leurs mœurs et sur leur caraetère. La nature, en les privant de toute espèce de • superfluités , letRr donna par coiiopensation la tempérance y la vigueur et le courage (i). ^Montesquieu a observé que le sentiment de la liberté règne avec plus d'énergie dans les pays âpres et montagneux que dans les plaines douées d unegrande fertilité. Dans ces Leux peu favorisés de la nature , la liberté, dit-il, c'est-à«dîre lé gouvernement dont on jouit, est l'unique bien qui mérite qu'on le défende (a). La difficulté d'être attaqué, une plus grande facilité à repousser l'attaque , renrdent ces peuples moins exposés à la conquête, et leur inspirent nécessairement plus de fierté. Tous les écrivains de l'antiquité s'accordent à vanter, dans les Liguriens , leur passion pour la liberté, leur force d'âme, et leur courageuse fermeté, fruits naturels d'une vie dure et laborieuse (3). Obligés de tirer leur subsistance d'un
(i) Ligures MtonUmi, duri aiguë agrestes. Docùit ager ipse , nihilferendo j nisi nudid culture et magno labore quœsitum, Ciicer. Agrar, II , 35.
(2) Esprit des Lois^ XVIII , a.
(3) Ligures f durum in armis genus. lâv. XXVII, 4^9 XXXIX , I ; JEschyl. , in Prometheo soiuto-, apud Strab. IV y pag. 126 ; et Dionys. 1 , 4^ •
Il4 PRKMIÈRB PARTIE.
sol ingrat et couvert en grande partie de forêts , ih um pwvoient l'attendre que de leur industrie et d unfemTail obstiné (i)« Le soin des troupeaux fBt Ja diasseéloient un supplément indispensable aux foîUes produits de ragricultwe; et ces exercices entretenoîeiit eo inéme temps dans leurs corps la vigueur et l'agilité (ik). Les femmes, qui panm nous sont d'un secours si foible ou même nul pour la société, n etoient point telles ches ces peuples : elles avoient pour le travail la même ardeur que les hommes , habttoient coonme eux les champs , labourant et bêdiant la terre , ou même taillant la pierre, comme le dit Posidonius (3). C'est de \h tjue se forma cette
-(«) jâfsu^tunufuc malq Li^urem. Virg. Georg, II, f6l^) fù^iomv^r^* Strah, V, pag. i& ; Diodor. IV ,
(a) 5trab. IV, p. iSg; Diodor. V, Sg; EasUlh. ad Perieg. , 76.
(3) Ap, Strab. 1. c. ; Diodor. V, 89. Ghee les Liguriens, les hommes , ainsi que les femmes, se louoient à des orangers peur tnivaîUcr à la journée , comme plusieurs le Ibnt encore au)onrdlini. Une Ligurieniie ^a^ se trouvoit au servioe d'vn Maneîllois, fut un graad sujet d'étonnement pour la délicalesse des Grecs : cette C^nimeae sentant pressée des douleurs de l'eulaiitement , s'éloigna un peu du Keuou elle travailloit ; et aprës ^tr« accouchée , retoai^na tranquillement à ion travail. Po-
CkA^ITRE Vin. Il5
o(rfo(6n, ^'€ lèis feniiiiés cheis les Lîgurienis avtiieiit la forée (feè fay>ninie^, él les hômines la forcé des àhimaol ^uvagèis (i).
LeÀ Ligurieti^ fuk*èilt tellement attaches à leur§ ancietine^ et gi^cMÎèi^s Màttimes, Qu'une partie tfettb*e eu^ ednserra jusifli'att règne d'Auguste Fûsàgè de pôrttei* de longs theveux, ce qui leur avoiifait dotiiiér le tibtn de chevelus, nom qui fbt cottitalUâ t^ùdant ttn temps à toute la na* ti6h (il). Ce càradère briite dé rusticité et de fùiù}tbtt\t ^ui a été remarqué j^énéralemeflt cheas ks Liguriens (3), étoit là conséquence néces-*
sîdon. ap, Strab. tlt , p. ii4; Biodor. lY, 20; Auctor dé Mitabi, 9 p. 1 iSB.
(1) IHodor. ¥,39-
(s) (MpiUaii et cmmoiL PUn. III , sa f Dion. Cal*. LIV, p. 754 9 ^^* fieimar.
(3) Vane Ligur^frustraque animis élatc superbis^ nequicquam patrias ientastt lubricus artes, Virg. AEneid. XI, 71$ ; ^rir. ad A. /. Le trait dé Caton, rapporte par Servies , mérite d'être remarque : Sed ipsi undè oriimdi mnt ^ exttcta memoria illiterati ; men^ daeesque nm/, et vera minas fneminere. Le pasMg» de Nigfidiuf Tignlns, oantemporaâii de Varron , est encore plus remarquable : Nam et Ligures qui Appeninum ienuerunt, Idtrtmes, insidiosi,failaces, mendaces. Mais il faut observer ici , d'aprës le témoignage de Varron lm«méme , que les vieillards donnoicnt souvent la qua-
Il6 PREMIÈRB PARTIE.
saire d'une vie constamment indigente. Privés entre eux de tout noble commerce, étrangers à toute espèce de raffinement, à toute idée du beau, non seulement ils ne firent jamais d'eux-mêmes des progrès vers la perfection ; mais ni le trafic , ni la guerre, ni les continuels rapports qu'ils avoient avec des nations plus cultivées , ne furent capables d'amener chez eux aucun de ces changements qui donnent à l'esprit humain une noih velle activité , et accélèrent la lente culture des peuples. La prévention si naturelle à l'homme pour ses opinions et pour ses habitudes peut être généralement regardée cotnme la principale cause d'un phénomène si remarquable : mais , après même que les autres habitants de l'Italie eurent ennobli leurs manières, leurs lois et leurs mœurs, il parait que les fiers Liguriens se complurent encore dans leur premier état de grossièreté, et que, devenus comme inaccessibles k tous leurs voisins, ils n'eurent d'autre passion dominante que celle d'une extrême indépendance.
iSficatîoa de latrones «ux hommes de ^aerre, ifuà^ LATfiirr ad intidias fàciendas ( De L. £i. Vi , 3 }«