CHAPITRE IX
Des O robes, des Euganéens et des Vénètes.
Diverses petites confédérations de peuples occupoient la partie la plus septentrionale de ritàlie^ depuis les Alpes rhétiqu es jusqu'à Textrémité de TAdriatique. Mais nous savons peu de chose de leur histoire : le temps où Ion commença à la débrouiller étoittrc^peu éclairépour que ïon ait pu dissiper l'incertitude y les contradictions et toutes les ténèbres qui ont coutume d'environner lés premières recherches historiques. Le seul Pline (i) &it mention desOrobes^ qu'il place dans un petit territoire au pied des Alpes, entre le lac de C^e et celui d'Isée^ Caton, si versé dans l'étude des antiquités , avoue qu'il lui a été impossible de découvrir l'origine de ces peuples (2); bien qu'il fut re-
(a) Clavier (p. 246), trompé par certains noms , les a crus Celto-Gaulois d'origine. Zancbi {de Orobior» sive Cenoman. orig,) a écrit d'étranges choses sur ce peuple , n'ajant pas su distinguer les Orobes des Cénomans. D'antres veulent qu'ils soient une race particulière de Gaulois ou de Liguriens. Enfin , Rota ( OpuscuL Calo^
I 1 8 PAEMIÈKE PARTIE.
connu que leur pays avoit été occupé par les Gaulois •Cénomans 9 dans le second siècle de Rome , néanmoins le docte censeur,- considë-rant leur antique domination , assure que ceux de Côroe $ de Bergame , du Foi^um-Licioien » et d'autres peuplades contîguës, lesquelles furent quelque temps sujettes de^Gauloisp desçeadQ>l^^^ de la race des Orobes (i)>
ger. t. XLIV) prétend qu'ils sont d'origine étcosque. Ainsi, vingt siècles après Caton , chacun s'est cru mieux instruit que lui. —^ Cette réflexion très-sage de notre auteur s'applique à plus de gens qu'il ne pense. R.*R*
( n) C^top alfrégé par PUve (UX , 1 7 ) , dit aussi que cei|z de Çergame étoient or^i^aires, de Bari^a., ^ri;^ dëpear dante dçs Orobes, ce ^ui ir^^tn^fi l^eaucouj^ Ic^ téoaoigiiage de ceu^ qui prétendent voir dains Berghom un nw>t celtique. A la vérité , Justin ( ]iX , 5 ) et Ptolémée (III , 1 ) veulent que Corne et Bergame aient été fondées par les Gaulois ; mais , comme nous le verrons en son lieu , les Cënomans purent tout au plus donner quelque exteusîon à ces villes. Parmi les dtffiérenta peuples Gaulois qui passèrent en, Italie , ou ne trouve nulle part le nom. àm Orobes. Corneille-Alexandre {ap, Pline III, 17) afBrme ineptement qu'ils étoient Grecs d'origine , s<t fondant sur l'étymologie de leur nom, (|u 'il. fait dériver. d!^0^«f, montagne , et de BiW , vie. On voit encore en Italie une trace de l'existence des Orobea, dans le lieu appelé Mouierobio, au-dessus, dq Mérate, auprès de l'Adc^a. Voy. Carli , AnL ital, , tom. 1 9 p- 64* {fl)
(a) Poarqopi tmiter à*imeft$ lV»piiiicni de Comélipa AlcsMiAre ?
CHJLPITAE IX. lig
Les Euganéeos katûloient k$ Alpes; et cest dans les moatagnes de Brescia, de Yerohe, de Yîcence et de Treaie qu'il faut chercher leur antique demeure (i). Degoàté» de la triste solitude de leurs forêts , il est vraisemblable qu'ils furent les premiers des peuples dltalie qui se fixèrent dans la plaine située entre ces montagnes et la mer. Tout Ce bas pays, long-temps enseveli sous les eaux , devoit alors présenter Faspect d'un marais spacieux on d'un immense étang, CQwbU du de|iôt de tons les fleuves qui arrosttift oofelte pertion de Fkadîe eoff^riae eniw les ApenuifaS' et l^s Alpes , oit its^ oi|t connue ttté point de réunion commun , pour de la se dé-
i«*i«Wi«4H«»W*-i^^-*<
(4) Piim nr y 20. n en fifutSli? dé rechercher Toriginé d'unr petiple que les ^rudit^ font tfkut k tout Étrusque, ligurien, Grec, etc. (à).
Pline reôtil Allégaée, t'îl «n cAt jogé comme M. Micali? Est-ce , d ftillearsy sor le seul fondement do nom grec d'Oroin, que Corné - Kqs avilir rapporté Vorigiiie grecque des Orobiens ?' Cet liistorien n*a«bit^ir po , anr l»ibide tant de- témoignage» qui attribndfient nna aeaidAablè eslraolM».«nx Vénètea, p«D|^ Tcaaia, étMidMo«U«o]^£k nion anx Orobieas ? Et , dans tnns>let cas, pniaqne BUne ne s^ezpliqnt paa anirement sor les motifs de.Cornélias Alexandre, ne devonsnoos pas , k son exemple, snspendre notre jugement , on dn moins , Teiprimer d^l&ne manière moins rigonrense? K.-A.
(a) La même incertitnde convre Toriginé àe la plupart des nationa indiginea dn IUlatts : ponvquoi dooo lenteur tst a^impoaà- t^il pM à kor égard' la mAmn indieéran^o- qa*il ptof^u» iiA po«tf lea.Sfigah nétns ? R.-E.
laO PREMIÈRE PiRTIE.
charger dans la mer (i). Aussitôt que la retraite des eaux et les travaux qu'ils firent sûr ces terres, eurent permis aux montagnards de trouver dans un territoire fertile une demeure plus avantageuse, il est présumable que les premiers habi-
(i) Des observations physico-hydrauliques ont persuadé à quelques-uns que le P6 eût un temps son embouchure à plus de cent ihilles en deçà de la côte actuelle de la mer , vers l'embouchure du Taro , et que r«space de là aux ties Vénitiennes étoît occupé par la mer ou par une vaste lagune. Mais cela devroit se rap-^ porter à une époque bien antérieure à celle des tempa historiques , temps oii l'on pourroit seulement accorder que tout le bas pays compris entre Âltine et Ravenne présentoit la Csce d'un marais, comme aujourd'hui les vallées de Comacchio^ et toute cette plage maritime qui s'étend jusqu'au Tagliamento. Ce fut dans ces, lieux , et précisément dans le Bas-Ferrarois et da.ns la Polésine adjacente , que furent bâties , à une époque bien reculée, les Ârilles de Spina et d'Àdria. La première de ces deux villes existoit du temps de Strabon , à onze milles dans l'intérieur des terres; et la seconde se voit encore aujourd'hui ,' environ à vingt-cinq milles de la c6te, Voy. Bertaxcolo, del Soètegno di Gos^emolo; Amati, delRuhicone, append. 7, et del Castro-Mutilo ; Trevisano , délia Laguna di Venezîa y Silvestri y paludi Airiane } mais surtout les observations remarquables du savant M. Brocchi, sur la formation primitive de la plaine de Lombardie , Conchiologia fossile subapennina, tom. I, pag. 108 et soiv. .
eHAPiTBB nr. 121
tants de la Vënëtie s étendirent successivement ^BS toute cette vaste plaine depuis les nionta-> gnes jusqu'aa golfe Adriatique. Les plus antiques traditioasnousmoQtrentlesEuganéens répandus entre V Adige , les Alpes et la mer (i) ; et, si l'on veut admettre encore Tautorite des poètes qui se sont le m<Mns écartés de la vérité historique , il faudra étendre leur domaine jusqu aux confins de ristrie (a). Quoi qu'il en soit, il est certain que les Eugapéens occupèrent ce pajsr jusqu'à ce que^ par des événements qui nous sont inconnus (a), ils furent contraints d'abandonner la plaine, et de se retirer de nouveau dans les montagnes^ -où ils s'établirent définitivement entre l' Adige et le lac de C6me (3) . Tant que la
(l) IdV. ly !• . .
(2) Lucan. ¥119*192-1947 Silit}â y. Xi^ , 212*221.
(a) Tite-Live noos indique cependant et lepoqoe et lacAosedela retnite des EagAnécns yers les Alpes ( Voj. Liv. I, c. i ); et Tite- Live mérite iei, àce qa*il semble , d*aataat plat de oonfiance. ane^ aê i Padooe , il étoit originaire d'ane contrée on la tradition de lorigiAe de ce penple et de ses migrations anciennes avoit pn se conscrrer. E.«R.
^3) Galov (ap, Plin. III, 20) compte trente-quatre lieaes de leurs dépendances dans les montagnes annexées aux Alpes. Les Triumphilins et les Camuniens étoient les prindpanx de la confédération. Les noms des autres communautés se voient sur plusieurs pierres trouvées dans leur territoire. Stone étoit leur ville capitale.
I3QL PREMlèaS PARTIE.
vie pastorale fiil en vigueur^ et qu'un peuple accompagné de s^s troupeaux, qui étoient sa principale richesse , put facilement se transporter d'un lieu à un antre, ces sortes de migrationa: étoient non-seulement conformes aux mœuvs» mais encore commandées par Vesi^t altier da ces peuples incapables de se plier au joug, d'aucune sorte de dépendance. Or, comme la. sim--* plicité des mœurs produit une surabondanee de population qni, ne pouvant employer son aelivité dans les arts industriels,, touvnoit sa force tout entière vers la guerre ^ les tribus les plus v»leureuses s'emparoient souvent des habitationa les plus agréables, et en cfaassoÂent £sbcilement les anciens possesseurs, qui n-étoien€ encore protégés par aucune enceinte de murailles^ Cest ainsi qu'en de semblables circonstances- les contrées les plus florissantes et les* pIUs fertfles de la Grèce furent continuellement exposées à chan* ger de maîtres (i) : car dans tous, les pays les mêmes causes ont produit constamment les mêmes effets.
Cette nation puissante, qui sousk nom de Yénètes usurpa le territoire des Euganéens> n^ét<Ht vraisemblablement, dans Torigine, qu'une tribu plus heureuse de ces premiers peuples, laquelle,
(i) Thucyd. I, a.
GBIPITOE j%. ia3
partie d« Ueu mt^l, împo$»la loi avix iu»tkH»iar. I4 4fl&QÎt0 de c^B. peupke» avec les stutres nalious <fe Flt«be pmt $6 pfCMtveif prâMcipakiMot {lar la cfl^or«iU«4eIewi4iante^aTe<}raôdeoaektt^ iialiqvie^ dont h^ «Mmwievjto torouvéa sur las tenrea des SugaaéeBS ei dea Yiâiètes nAïas uMuoe trent qu'il n'ea ëloîl q^'un dSali^te (n) • Lea rapparia que If voisinage et le oemineroe élaîUicenl; eikiae ces peu|)lc» e&cèvent sans doute inaenaijbfementleseuveiurdeleuvs aBjciennes querellée^ puisque dans les siècles suivants nous voyons rillustre nom des Euganéeus se confondre avec celui des Vénètes (2) ; et les beUes collines du
(i) Voj. cî-aprës,, chap. XXIX. Relativement aux insicriptions , voy. Orsatp, Monum, Patav. ; Maffeii Mus, Veron, et Observât, liitér. , tom. V [a],
(2) Haflei , P^eron, illusL L. F.
(0) Les moMiiiMit» çaer oiia î|;i M. Miff^v powt prontiiv qae lidioiiie4««9^gai^49iif ^it mi«fti«)6«j|eicU raiicj«i>iieUtign«ii«Ji9iie, •ont iD4iMfetteiiieiih<y>nKrairet à cette opinion. Le P. Lansi a reoneilli ( S^^' tQiD. Illf p, 653*6.56 } oeax de ces.mODqmeiits qa*OD a trooTes jasqa*ioi, et a cherché A en donner une interprétation, et il condat par oeapafolea : Omy rûeonneù b^e^ucoup dât iracgs d» Funeién grec mpim oMtA fHf > dm»s réwmpÊê r maii&*onm 'ui û» rmùvceiano M 0iU¥^,gn<» mefH>, alffntrt^, qAe. im, ^trrnria, ( tom. UI„ p. 635. ) I« Sorme aenle de» caractàroa dont cea imqvptiona. sont composées , aiteate one Qci^iie grecque; et si c'eat U , comme le dit M. Biicali , nn dialecte de l'ancienne langae italique , ce dialecte étant certaine- »eot grec , il •*ensnit-qtt*â anroit prononcé Ini-méme ici la raine de iOB ayatème. E.-E.
124 PREMIÈRE FARTIR.
Padouan, qui conservent encore aujourd'hui ce nom célèbre, sont un monument glorieux qui prouve qu'ils habitèrent autrefois cette contrée ; bien que plusieurs traces volcaniques dont ces lieux sont empreints , aient engagé un ingénieux naturaliste à affirmer qu'ils furent primitivement occupés par les lies Électrides des anciens, lies aujourd'hui inconnues (i). Cependant les Grecs , de qui nous sommes obligés d'emprunr ter une grande partie de l'histoire de l'Italie,
(i) Les géographes ne sont point d'accord , non-seulement sur la situation y mais même sur l'existence des lies Électrides. Apollonius ( Argon» IV, 78a) , l'auteur de MirabiL , p. ii56 , Scymnus de Chio , Sosion , et d'autres ëcnvains cités par Pline (XXXVII , 2 ) , les placent à l'embouchure du Pô , dans le golfe Adriatique* Strabon et Pline rejettent comme fabuleuse l'existence de ces mêmes îles. Gluvier, Gellarius et d'Anville, tout en les •uivant , trouvent dans le golfe Vénédien de la mer Baltique des tles qui leur paraissent répondre aux Iles Électrides des anciens. L'abbé Fortis a tenté , à ton tour , de prouver que la situation de ces mêmes tles y originairement volcaniques, étoit précisément c«lle des collines de Padoue, connues sous le nom d'Euganéennes, qui , à la suite de 'diverses altérations physiques occasionnées par l'éloignement de la mer et l'élévation des plaines , seroient devenues ce qu'elles sont aujourd'hui. Voyez Mém. géographico'phjrs. sur la véritable situaiion des iles Électrides.