CHAPITRE IX
Mais qu«l étoît l'espace qu'ils occupoient aux
environs du golfe Adriatique? C'est ce qui a
doaaë matière à une grave controverse parmi
lesérudits(r). Il parolt toutefois que les limites
incertaines de la Vénétie ne s'étendoient points
au couchant ^ au-delà du fleuve Clésius (^), et
que ses bornes les moins douteuses étoient, au
septentrion , les Alpes ; au levant ; le Timave ;
et au midi^ les marais de Vérone, ensuite le Pô
jusqu'à la mer. Ce qui est incontestable, c'est
que les Vénètes faabitoient une des régions les
plus fin^tiles et lesplus délicieuses de Tltalie , dans
laquelle un ancien géographe compte jusqu'à
cinquante districts différents (3), où l'on voit
(i) Voy. Mémoires historico^c ri tique s sur l'ancien état des Cénomans. Brescia , 1750.
(2)Maâei, F'eron. illust, liy. I. Les écrivains deBrescia> ses antagonistes y ont voulu restreindre les frontières de la Vënétie presque aux frontières de Padoue ; ce qui excluroit Vérone du territoire des Vénètes.
(3) Scymn. Ch. in Perieg. Selon ce géographe , la Vénétie renfermoit un million et demi d'habitants , et son territoire éloit d'une telle fertilité , que les brebis y donnoient une double portée tous les ans. L'abréviateur d'Etienne de'Byzance dit la même chose; et , en général, tous les écrivains de l'antiquité s'accordent à célébrer l'extrême fécondité du sol des Vénètes. On peut en voir un tableau détaillé dans V Essai sur les anciens f^énètes, part. II. f
l3o PREtlIÈIlE PABTIE.
s'élever plusieurs villes illustres ^ telles que Padoue ( si peuplée qu elle pouvait armer jusqu'à ao,ooo combattants) (i),Este, Vîcence, et peutêtre aussi Vérone y coin tne l'assure Maffei. Il ne faut donc pas plus s'étonner que la célébrité des Véuètes remonte aux siècles les plus reculés^ qu'il ne faut être surpris que leur pays , presque ^entièrement volcanique , ait dopné naissance à la fable , si connue , de Phaëton précipité dans TEfidan (a). ^
(i) Strab. Y> p. '47* Padoue faisoit un commerce maritime au moyen de la Brenta , par le port de Malamocco. Cette ville étoit non-seulement industrieuse et riche , mais , ce qui est plus , une des premières par 5a civilisation (Strab. V, i^j ;V\m.ljép. 14 ; Martial, XI, 1 7. ). Au temps d'Auguste , elle comptoit cinq cents citoyens de Tordre équestre : c'étoit plus que n'en possëdoîfc-^lors aucune autre ville d'Italie ; et la seule Cadix , parmi les étrangers , pouvoit lui disputer cet avantage ( Strab. III , p. 116 ). Il paroît , par un passage de Tacite {j^nnal, XVI , îi ) , <|ue les Padouans tiroient une grande vanité de la croyance qui leur dônnoit Anténor pour fondateur.
(2) La fameuse fable de Phaëton foudroyé par Jupiter, et de ses sœurs métamorphosées en peupliers , qui distilloient l'ambre sur les bords du Pô, déjà répandue par Pbérécyde, fut, au rapport de Pline (XXXVII, 2), accréditée par Eschyle, Euripide {in Phaëion. HippoL r35 ), Philoxëne , Nicandre et Satyrus. Hésiode en avoit
CHA.PITRE IX. l3l
Ce qui contribua encore à la réputation des Vénètes , ce fut leur habileté à élever de nobles races de chevaux : nouveau motif qui acheva de persuader aux Grecs que ce peuple étoit issu des Hénètes Paphlagoniens ^ en qui Homère loue une pareille industrie (i). Que leurs coursiers , dont on vantoit la vélocité , se soient souvent signalés dans Thippodrome d'Olympie^ on en voit une preuve manifeste dans le surnom qui leur fut donné de porte<:ouronne (2). Denys, tjran deSyracuse, grand amateur de jeux équestres, tiroit ses coursiers du pays des Vénètes; et si Von réfléchit à Tiraportance que les an-ciens peuples attachoient à ces sortes d exercices, on.ne doit peut-être point chercher une autre raison des honneurs divins que rendoient les Vénètes à Diomède, en feignant que ce« héros
parlé expressément dans un ouvrage qui ne nous est point paruMB > maia dont Hygtn devoit avoir eu connoissan«|^|HH|H|ft compilé un chapitre {FabL i54)y sons le f^^HHmPRi)/! HesiodL II paroit que la riche imaginat^^'Ovide (^ Métam, II ) s'empara des idées de tous se% prédécesseurs.
( I ) Iliad, II , V. 358 ; Strab. Y, page 1 47 ; Eustath. ad Perieg. 378.^
(2) Hesych. v. 't^nriimç ItotX^iç ; Euripid. Hrppol, 23o, ii32,et Schol. 116.
l32 PREMIÈRE PARTIE.
avoit terminé chez eux sa carrière mortelle (a) , et avoit mérité ainsi son apothéose (i).
Il est très-yraisemblable que les marais et les grandes marres d eau qui environnoient la Yénétie du côté du couchant et du midi , Taient d'abord rendue inaccessible aux invasions des Étrusques, comme ensuite à celles des Gaulois (2). On peut croire néanmoins que le voisinage et les besoins sociaux ouvrirent par la suite des communications mutuelles entre les Vénètes et les colonies toscanes les plus rapprochées de leur territoire 9 ainsi que l'indiquent les noms de certaines communautés du district de Vérone, appelées Arusnates, mot où Ton a cru recon-
(a) Noareaa tnit de partialité de raatenr, aar lequel je ne /eraî aocane remarque. R.-R.
(1) Strab. V, p. 147, i49i VI, p. 196; Eustath. loc.
cit.
(2) D<ins rintervalle du Glesius aux lagunes, coulent un grand nombre de fleuves et de grosses eaux. qui encombrent tout cet espace , et j jM^^MUonné de grandes altérations. Il y a douze MHJjj^^BipIde et profond Adige couloit dans un autre lit, sots les murs d'Ëste , oti il se divisoit en deux branches , dont l'une , passant entre les collines Ëuganéennes, alloit s'unir à des marais dans la vallée sulfureuse appelée Calaona; l'autre portoit ses eaux dans la mer. Voyez Silvestn\ paludi Atriane.