‹ L'Italie avant la domination des RomainsChapitre 53 sur 283 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

cane (1). L'esprit indomptable de liberté qui dominoit dans toutes ces contées dut porter les peuples vaincus à se rendre à des conditions favorables et douces ^ tout en reconnoissant la souveraineté de leurs maîtres. Les provinces assujetties ne perdirent donc que peu de leurs droits y et profitèrent nécessairement des institutions d'un peuple qui avoit avancé la civilisation de tous les autres. La domination humaine et généreuse des Toscans, loin de détruire les villes des vaincus^ en éleva de nouvelles , améliora le climat par le dessèchement des marais , introduisit de nouvelles mœurs et de nouveaux arts, enfin, du simple état de grossièreté rustique où ils vivoient, conduisit rapidement ces peuples au bonheur de la civilisation : la salutaire influence de l'unité politique accrut insensiblement la force et la fortune des peuples de lltalie : en ouvrant un champ plus vaste aux relations sociales^ elle établit nécessairement entre eux cette heureuse harmonie de pensées , de besoins et d'industrie, en quoi consiste la plus grande action d'un peuple dirigée vers la félicité sociale.

(i) Virgile (XII, 120) donne avec raison le nom de disperse k Tarmée toscane conféd<^rée^ et Serviusy joint cette interprétation : ijuia de variis genlibus Tuscorum.

Après avoir donné une idée générale de la puissance extérieui% des Toscans, il nous reste à considérer leur force intérieure dans TEtrurie propre entre l'Arno et le Tibre, siège pepmanent de la nation. Les progrès rapides et remarquables que fit ce peuple vers la civilisation doivent sans doute s'attribuer à Tusage constant où il étoit d'environner ses cités de fortes murailles (i) ; ce que ne faisoient point les autres peuples de l'Italie, lesquels habitoient dans des "villes ouvertes, ou fortifiées avec un art trèsimparfait. Les Toscans furent regardés comme les inventeurs de cette espèce d'architecture, militaire (2) : leur extrême habileté à élever ces remparts avec de grandes pierres de taille est encore aujourd'hui attestée par les imposants débris qu'on en voit à Volterre , à Fiésole , à Cortone, à Populonie et à Roselle (3). Ce qui

(i)-Liv. I, 44.

(2) Dionys. I , a6 j Txetzes, ad Ljrcophr» 717 : Ti^nç

(3) Plusieurs des pierres employées dans la construction de ces murailles ont quatorze à quinze pieds de longui&ur, et sont si larges, que deux seulement adossées l'une contre l'autre forment la profondeur du mur. Les figures que nous donnons de ces murailles (PI. IX , X, XI) peuvent faire connoUre l'art industrieux avec lequel ces pierres ëloient jointes ensemble , au moyen de leur taille

GUAPITRC X« ]63

prouve qu'ils avoient principalement en Toe'Ja force dans leurs constructions^ c'est la situa* tioQ même de ces cités et d'autres plus grandes, toutes placées dans des lieux élevés » qui ren<fermoient comme à dessein deux éminences opposées 9 dans l'une desquelles s'élevoit le plus sûrement la forteresse (i). Cette uniformité ne peut s'attribuer sans doute qu'à ces sages rites prescrits dans les livres sacrés des Toscans pour la construction légale de leurs cités (a). De quelque manière qu'ils aient inventé ou appris des étrangers l'art de construire ces solides mu*railles (3) , il est aisé de comprendre comment,

unie et de leurs angles ^n sorte que par ce judicieux et facile assemblage , leur seul poids et leur énorine niasse sursoient pour les.tenir solidement établies à leur place, sans le secours du ciment ni de la chaux, qui ae paroi»sent nulle purt avoir été employés dans les constructions yraiaient étrusques. La seule ville d'Ârezzo^ abondante an bonne argile , avoit un mur fait de beaux carreaux de terre cuite : Vetustum egregiè Jactum murum, /^itruv, 11,8; Plin. XXXV, 14.

(0 Voy. Tav. I-VI.

(2) Festus , in Rituale^ ) Carmiaius , ex Tagelicis li^ bris, ap. Macrob. Sat, V, 19.

(3) Les Toscans ne peuvent point avoir emprunté ce genre d'iarchitecture des Orientaux, sans même en excepter les Phéniciens, dont les murailles étoient construites de grande» pierre 9 uiii«a «naernbU avec du ci-

l64 PREMIÈRE PAKTIE*

•renfermes dans ces enceintes inexpugnables, ils eurent toute la facilité d'attaquer, sans craindre d'être attaqués eux-mêmes. C'est ainsi qu'ils se rendirent redoutables à tous leurs voisins, • n'ayant, dans leurs paisibles asiles, rien à craindre pour leur sûreté intérieure , et pouvant librement s'y occuper à faire fleurir leurs sages institutions, tandis que leur courage, continuellement exercé dans des entreprises importantes , s'occupoit à maintenir la grandeur d'un empire fondé sur les lois et sur les arme^.

■^toi

ment , comme on le voyoit à Tyr et k Gaza ( Arrîan. If, 7 ). Le Boy conjecture qu'ils avoient appris cet art des Égyptiens. Voy. Ruines de s. plu s beaux monuments de la Grèce; Disc, sur VhisL d^archit, civile , p. ii. Et véritablement la construction de la deuxième pyramide de Ghiseh, des murs du temple de Carnak, et d'autres édifices 'égyptiens , ressemble beaucoup k la manière de bâtir des Étrusqnes. Voy. Belzoni, Researches and opC" rations in Egfptand Nubia, Tav. lo, ii, 24, Lond. 1820; Hamilton, jŒgjrptiaca , Tav. III, IV, Lond. 1809 (a).

(a) Ils ont pa lapprendre des Grecs établis déjà dan* un grand nombre de lieax de la baate M de la liasse Italie. Mais, sans reconrir à cette explication, il est plus simple de voir dans ce système de construction particulier aux Étrusques , une preuve de plot de leur origine grecque : or, c'est un point i peu prêt établi par les recherches de M. Petit-Radel, que , dans tous les pays o& les Grecs piimitifs portèrent leurs colonies , aussi-bien que dans Tancienne Grèee elle-même , on tronve des édifices construits de cette manière , et nnlle part dans la Phénicie on I^Égypte. &.-&.

GBAi>ITBV X. l65

L'Etrurie centrale , dont il est ici question ^ fut dans l'origme divisée en douze corporations politiques (i)^ dont chacune avoit sa vilte capitale y qui tenoit sous sa juridiction d autres com-* n>unautés moins considérables. Ce système politique y suivi par toutes celles d^s nations qui s etoient le plus distinguées par leur sagesse {p!) ^. pairok avoir jeté les fondements de Tétat soçiâk dans les tem|]^ anciens. Mais nous avons trop, peu de traditions pour déterminer avec certitude quelles furent ces premières cités, que Tite-Live appelle peuples principaux et chefa de la nation (3). Cependant il semble qu'on ne

(i) Liv. V, 33 ; Strab. V, p. 162; Serv, X , 172-202.

(2) L'Egypte , dans sa constilation civile, «ioît divisée en douze États , dont le conseil général se tenoit à Memphis (Marsham, Can/Chron. JlEgypL p. 538). Les Éojiens sortis de Thessaiié se fixèrent en Asie , dans la partie de ce continent appelée par eax Èvlide, ef y fondèrent douze cités (Herod. 1 1 i49)> ^^^ lonien^l qui passèrent peu après en Asie y établirent de même douze cités. Hérodote (I, i45) croit que ce fut à l'imitation de ce qu'ils avoient vu dans la région du Péloponnèse, d'oii ils venoient, laquelle étoit pareillement' divisée en douze districts.

(3) Quoi capita originis, erant, L. V, 33. Parmi les livres qui nous manquent de Denjs, on doit surtout déplorcf la perte de celui oii il annonce qu^il raconte « quelles cités habitèrent les Toscans , quelles furent les

l66 PREllitËAfe PAAtiE.

puisse point douter que cet honneur n^ait appartenu principalement k Gusium , Volterre , Cortone , Arretium , Pérusie , Vohînîe , Vétulonie, Gérë'^ Tarquinies et Yéies. Les vestiges qui nous restent des six premières de ces cites , qui, après tant de siècles, ont conservé leurs anciens noms, peuvent nous donner une foible idée de leur gloire, que les fables étrusques ne cessèrent de rehausser encore, en liant leur illustration à l'origine glorieuse et au nom des hé« ros (ï). Volterre, bâtie sur le sommet sinueux d^une haute montagne escarpée , entre le fleuve Cécina et l'Éva, et qui commande tout le pays des environs jusqu'à la mer de Toscane , avoit

institutions et la forme de leur gonvernemeot, leurs exploits , leur puissance et leur fortune. » L. 1 , 3o.

(i) Tarcbon, dont oudisoit, pour marquer sa haute sagesse, qu'il avoit eu les cheveux blancs dès son «nfançe (Strab. V,p. i5ft; Eustath. adPcrieg. 347), ^toit le héros le plus célébré -dans l'Étrurie : plusieurs villes se glorifioient de lui devoir lear origine , comme Tar» quinie (Strab. /. c), Cortone (Silius , YIII^ 474)9 Pise (Gato, ap, Serv. X, 179) et Mantoue (Serv. X, 198; et interp. Virg. ibid.) , quoique Virgile donnât pour vrai fondateur de cette dernière Ocnus , fils de la propUétessé Manto. Ljcophr. (1245-1249) fut peut-être l'auteur de U fable extravagante qui fait voyager ensemble Tarchon , Tyrrhénus, Ulysse et Énée en Italie.

à peu près quatre milles de circonférence y comme il paroit par les restes de ses antiques murailles , que l'on voit encore décorées d'une double porte y de belle proportion et de construction vraiment étrusque (i). Les précieux monnraents de l'art et les ustensiles de toute espèce trouvés dans les fouilles de son territoire , sont une preuve évidente qu'elle n eut rien à envier à Clusium. à Volsinie, ni h Véies, dont les anciens ont tant vanté la richesse et la magnificence (2). Vétulonie, l'honneur de la nation étrusque (3), fut Fune des premières villes

(f) Voy, le plao très-exact de l'antique et de la moderne Volterre, PI. I. IQOfl^ai (^e/a/ArOétoit le titre primitif de cette cite : on en voit la preuve indubitable dans MS monnoies. Si, sous le nom d'OEnarea ( Oi>«pf«), un ancien , que l'on croit être Aristote , a voulu désigner cette ville , comme il est probable , on peut juger par là h quel point la géographie de l'Italie étoit travestie par les Grecs. De A/ira^. p. ii58j cl. Cluvier, V, p. 5i3.

(2) Voy. PI. YII, VIII. La richesse et la magnificence de Camarss ou Gusium j ont particulièrement été vantées par Tite-Live (I, 9), et par Varron ( ap. Plin. XXXVI, ï3); l'opulence , les arts et les lois de Volsinie, aujourd'hui Bolsena , sont loués par Pline ( II , 52 ; XXXIV, 7 ); par Florus ( I j 21 ), et par Valère Maxime (IX, i-a, ext. ). A l'égard de Véies, voyez la deuxième partie, chap. vi.

(3) Dionys. III , 5i ; Silius, VIII, 485.489. Apres plu-

l68 PAEMIÈBE PABTiE.

décorées de la chaise curule, des faisceaux et des autres insignes 4e la souveraineté , égalemeat accordés à Tarquinies(i), dont les superbes hypogées- (â) pourroienty au défaut de Thistoire ^ prouvée que ces villes furent autrefois le siège de riches et puissants États. Géré jouit d'une plus grande renommée chez les étrangers, qui estimoient ses arts et son commerce (3) , auxquels elle dut encore son opulence (4) et une popula-

sieurs incertitudes , on croit avoir retrouvé le site de Vétulonie dans la Maremme Siennoise , à cinq milles environ de Massa, au couchant, en an lieu couvert de buissons , où Ton voit plusieurs ruines. Voy. Ximenes , Examen de la Maremme Sienn. ip. 24-354*

(i) Strab. V, p. i5â. On voit les ruines de Tarquinies sur une longue ethaute colline, à la distance d'environ deux milles de Corneto, et de quatre milles de la mer , dans un lieu appelé aujourd'hui la Turchina,

(2) Voy. PI. Ll, et ci-après chap. XXVII.

(3) De toutes les villes de l'Étrurie, Agylla, autrement dite Géré, ëtoit la plus connue dans les contrées orientales. Les Grecs disoient qu'elle avoit été fondée par les Pélasges; ce qu'ils prouvoient par .un conte (Strab. Y, p. iSa). Géré étoit située à quatre milles dans l'intérieur des terres , sur la droite du fleuve Vaccina , dans un lieu aujourd'hui nommé Cerveleri. — (Voy. EctaircissC" menis, n. XXXII).

(4) Liv. 1,2; Dionys, III , 58 ; Strab. V, p. iSa. Virgile ( VIII , 481 ) l'appelle multoêflorentem annos.

GHAPITHE X. l6g

tioD extraordinaire. Dîautres cites florissantes eurent part, avec des droits politiques différents^ à la confédération étrusque , principalement Roselle, dont il existe encore de v^istes ruines (i)^ Saturnie (a) , Fiesole (S), la mère de Florence, Capène , colonie de Véies (4) , Paierie , Fescennie , Orte , Sutri , Népi , Trossule , Salpine , dont Vhistoire conserve des souvenirs honorables (5). Toutes les contrées maritimes avec la

( i) Roselle ëtoit située au couchant du fleuve Ombrone, an-dessous de Batiguano, et sur une éminence qui domine une vaste plaine s'étendant jusqu'à la mer, aujourd'hui la plaine de Grosseto. Ses murailles , construites de grands quartiers de trayertine , subsistent encore en grande partie , comme on peut le voir dans le plan de cette ville (PI. III) : elles ont un mille et deux tiers de circonférence.

(2) Saturnini qui anth Aurinini vocabantur, Plin. III 9 5. Saturnie conserve encore son nom, sa situation et quelques restes de ses murailles étrusques , au-dessus d'une colline très-agréable , à la droite du fleuve Albegna. Santi , yiaggio secondo per le due provincie Senesiyipa^. 87.

(3) On a reconnu que le circuit de ses murailles étoit d'un mille et demi environ. Voyez le plan de cette antique cité , et un dessin de ses murailles, PI. V, XI.

(4) Cato, ap, Serv. adAEneid. VII, 697.

(5) V. une ample description géographique de ces villes dans Cluvier, p. 419-S06, et dans Gellarius, p. 710-738.

'l'JO PREMIÈRE PARTIE.

plage de la mer de Toscane , depuis le Tibre jusqu'au port de Lu ni , plage dont l'étendue est évaluée par Strabon à a^5oo stades (i)> étoient en outre enrichies et défendues par d'autres lieux considérables et fortifiés , tels que Géré et Tarquiniesdéjà mentionnées^ Akio^ Gravisca(a)^ et, vers le promontoire Argentaro, Cossa^ colonie desyolcentes.(3), peuple jadis puissaitt

(i) L. V, p. i53^ c'est-à-dire deux cent cinquante milles y en évaluant le stade employé par Strabon à raison de dix stades pour un ancien mille romain , couCormément au calcul de d'Anville , Traité des mesures îii" néraire ; yoy, Gossellin, Observât, sur les mesures, et du même auteur, Géographie des Grecs anafy-sée, p» 7a.

(2) Gravisca, maintenant détruite, dut être située dans la plaine marécageuse dominée par les hauteurs de Gorneto , entre le Mugnon et la Marte) d'où Virgile Tap* pelle, intempe stœque Graviscœ ( AEneid, X , 184 ; SerV, ad h, 1,'j Rutil. Jtiner. I, 279). Alsio occupoii le site nommé aujourd'hui la Statue. On trouve des vesUges de son port à l'embouchure du Rio-Cupino.

(3) Cossa Volcentium, Plin. III , 5. Gossa , qu'on appela par la suite Ansidonia , et dont les murailles subsistent encore presque en entier, étoit située sur une haute colline , à cinq milles d'Orbitello : ce site se rapporte parfaitement à celui qui est décrit par Strabon (Y, p. i5r}. Les vestiges de la cité des Volcentes , métropole de Gossa (F'olcentini cognomine Etrusci, Plin. III, 5 ; Ptol. oJ^As^i), se retrouvent à la droite du fleuve Marta , dans le domaine de Gamposcala, du territoire de Montalto, pré-

Page 1