CHAPITRE I. Q
renommées se faisoient . gloire . de placer les Aborigènes en tête de leurs annales , et de leur attribuer Forigine de leur civilisation (j)« Oq peut donc y sans manquer à la critique, ni peutêtre à la vérité historique , admettre comme un point fondamental que les anciens, en appliquant le nom d'Aborigènes aux premiers habitants ou cultivateurs de l'Italie, n'ont point entendu désigner un peuple particulier ou d'origine étrangère, comme plusieurs l'ont cru (2) ,
est naturel qu'ils eussent. tous à ce sujet la même opinion. V. Cènsorin. de Die naL 4-
(i) Primo Italiam itnuisse (juosdam, qui apellaban" tur jiborigenes. Cato , ap. Serv. in yiEneid, 1 , 10 : Italiœ cultore s primi Aborigènes fuere, Justin. XLIII, 1.
(2) Les écrivains du Latium , attentif à faire cadrer les traditions de l'antique Italie avec les origines de Borne , donnèrent plus particulièrement le nom d'Aborigènes aux habitants des régions voisines du Tibre. Quelques-uns , comme Caton et Sempronius , vouloient qu'ils fussent un peuple d'Achaïe 3 mais , au rapport de Denys(I, ij), cette opinion n'étoit qu'une fable des Grecs qui n'étoit appuyée sur aucune preuve ni sur aucun témoignage historique (a). Les mœurs des Aborigènes
(a) Dcnys dUalicarnasse ne déclare point si positivement qn*on le fait ici, -qoeTopinion de Caton et de Seropronins fàt une fable des Grecs , sans aucune consisiance historique. Il propose , avec beaucoup de déférence ponr le sentiment de ces denx hommes qni avoient fait nne étnde approfondie des monuments de leur pays , des doutes sur quelques points de la tradition qu*iU avoient adoptée. Dans aRcnn
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mais se sont servis de cette dënominatidii gétïé^ raie pour représenter nos ancêtres dans cet état barbare et grossier qui forme la première période de la société humaine (i).
L'idée que les anciens s'étoient faite des Abo* rigènes italiques , est en effet celle d*un peuple sauvage , menant une vie simple et frugale, ht^ vastes forêts qui couvroient alors la srur&ca inculte de Fltalie, fournissoient à ce peuple toute sa subsistance par la reproduction annuelle des fruits du chêne (2) , et de quelques autres végétaux ; de même que nous vojon» diverses peuplades de la zone torride et des zones tempérées tirer de quelques plantes indi* gènes tout ce qui est nécessaire au soutien de leur existence. Leurs habitaticms ép:Àeht éparses ça et là dans les montagnes ^ et tout dans leurs
conviennent au premier âge de la sodiété , et n'ont pu être empruntées d'aucun autre peuple.
(1) Aborigènes appellati sunty<fuàd erranies con-^ venerînt in agrum qui nunc est P. R, Fuit enim gens antiquissima Italiœ. Festui. conf. Dîonys. 1 , 10.
(a) Quercus œsculus. L. Ischio. V. Sprengel , Anti" quit, bolan. p. a£«
eas , les doatet •xprimés par Danyt dUaiteamâMe no peoTMit , leloii ttoos , antorÏMr à admettre comme JomtamenuUe one opioioo ooiu traire à celle des pins anciens et des plas savants historiens ro* Bains. R/-R.
CHAPITBK I. Il
mœum farouchei respirait C6tle férocité lutu-^ 1*6116 qui Caractérise les premiers âges et des esprits sans culture. Voilii poui*quoi Salluste(i) ^ les considérant dans ce simple état de nature , les a représentés comme des hommes sans loi , tonà gouTeMement^ sans firein d aucun genre. Mais c'est le sort de tous les peuples civilisés , iiMOit commencé par la barbarie et par un état Toisin de l'état de brute ; de sorte que cette première période de leurs annales appartient naturellement à Thistoire générale de l'homme , plutôt qu'à l'histoire particnlière d^un peuple quelconque.
La constitution physique de nos contrées ac-* céléra les progrès naturels de la civilisation , et détermina un état plus fixe et plus régulier de la société. C'est ainsi que les habitants de l'Italie y cessant d'être un peuple errant et sauvage , devinrent de bonne heure un peuple de pasteurs sédentaires et d'agriculteurs , tels que furent vraisemblablement les tribus des Grecs à l'époque de l'expédition de Troie. Dans^a plus grande imperfection , l'agriculture suppose toujours un établissement permanent , et l'usage de beaucoup d'arts inconnus et inutiles aux peuples errants,
(i) Catilin. 6 : Genus hominum agreste^ sine legibus, sine imperio y liberutn atque solutum.
la PREMIERE PARTIE*
comme ceux que Ton trouve dans les forêts de FAmeVique septentrionale y ou dans les déserts dé la Tar tarie et de l'Arabie. Attachés au sol qu'ils cuItÎYoient ^ ayant des habitations fixes » connoissant les mariages stables y les hommes dès-lors commencèrent à se former des idées plus précises de la propriété et de leurs droits , en se soumettant à une législation régulière. L'industrie vint seconder ce progrès remarquable vers la civilisation ; quelques manufactures s'élevèrent ; un commencement de commerce ouvrit d'utiles communications ayec les peuples voisins ; l'hospitalité en resserra les nœuds ; et ainsi se formèrent insensiblement des habitudes civiles et des mœurs nouvelles.
Janus et 5$alurne y que les plus anciennes traditions supposent avoir été rois des Aborigènes , furent célèbres parmi les peuples italiques y qui leur attribuoient la gloire d'avoir été les fondateurs de la vie civile par l'institution de l'agriculture et des lois (i). Les poètes donnèrent le nom d'âge d'or à l'espace de temps qui rem* plit ces règnes fortunés y et leur imagination les embellit des plus brillantes narrations , tandis
(i) Is genus indocile ac dispersum montibus alàs Composuit, legesque deMt,
Virg. jBnM» Vm, 3a i. Add. Macrob. Sot, 1 1 7-9 ^ ttc.
CHAPITBE I. l3
que la reconnoissance nationale plaçoit dans rOlympe les noms de ces bienfaiteurs de Thumanité. Bien que les traditions historiques se soient en grande partie perdues et altérées par l'introduction du merveilleux , il ^mble qu'on ne peut douter qu'il n'ait existé dans ces contrées une domination antique d'une caste sacerdotale, qui s'étant attachée, par le lien du culte religieux^ les tribus nomades indigènes, les ait portées peu à peu à construire des habitations , et !t se livrer à l'agriculture. De là s'établit Topinion constante d'une période de temps heureux par les mœurs, etpar un gouvernement bon etsage(i). On reconnolt toutefois dans cette tradition , particulièrement chère à l'Italie, l'expression des regrets et des vœux des peuples pour un état primitif de félidte détruite. Le vieux nom de Satumie , le premier qui fut imposé avant tout autre à ritalie , et non pas seulement à quelques lieux privilégiés (i), s'est conservé jusqu'à nous comme
(i) Virg. jfEneid. VII , ao3-2o4 ; Tibul. 1,3, 35-48 ; Justin. XLIII, i } Hacrob. Sat, 1,7, etc.
(a) Ennii, Fragm. p. 3o ; Virgil. Georg. il, lyS^ jtt^n, Yll, 329 ; Varr. L. L« IV, 7 ; Dionys. 1 , 34 ; Justin, et Macrob. 1. c. ) Festus in Satumia {a),
{a) La confiance que Taoteor montre pour des t^motgnagaa qui ne sont ni pins ni moins dignes de foi , qne d*aatres de même natare , qti*il rejettera bientôt comme fabnlenx et mythologiques , mérite
l4 PREMIÈRE PARTIE.
ua monument de la plus haute antiquité. La joyeuse lieeace des Saturnales , beaucoup plus aacieuaes que Rome (i) , est un. nouveau té«moignag€ de toutes ces traditions nationales ; et peut-être ne pouyoit-on retracer Tirnage d'un état primitif de communauté de biens et d egar lité des conditions y sous une allégorie plus expressive.
Pour peindre les merveilles sensiUes de la nafure, les peuples de l'antiquité se servoient d un langage métaphorique qu'ils appliquèrent à toutes les institutions divines et humaines, il ne faut donc pas s'étonner si , dans un âge tout poétique,, où la raison étdt subordonnée à l'imagination , les premières notions historiques nous ont été transmises sous des emblèmes ingénieux , que Bacon ne dédaigne pas d'appeler la sagesse des anciens. iN^ous ne présumons pas
(i) Toi sœculis Saturnaliaprœcedunt Romanœ ur^ bis œtaiem, Macrob. Sal. l , j. Ce fut sous le^ rois , ou peu après leur expuIskHS y que les filtes Saturnales furent instituées à Rome. Diouys. III , 3s ; Ltv. II , 21 ; Macrob. SaL 1 , 8. Conf. Lips. Satum. i, a.
d*étre ici remarqaée ; car si nnc notion telle que celle dn nom de SàOuitia, donné à une région de l'Italie, on même à Tltalie entière , • po, de son Av^a.« ae cpnscrTer par la tradition jaaqn'aiix aièclcs lûttoriqDca t ponrqnoi d*APtre.s soavenirt dn même Age et d'ni^e égale importance jaaoximil-ib pit •« fi«nf«r?cr pur 4a m^igke ypie ? A.-R.
CHAPITBB I. l5
«fisee de nos liuDières pour oser déterminer le Feritable aeas de ce style allégorique et figuré , soit qu'il nous retrace des faits purement historiques; soit y comme le veulent quelques au* teurs^ qu'il renferme des leçons de niorale , ou de phjcsiqtie céleste (i). Il doit nous suffire que ces yénérabies traditions^ placées comme un moyen terme entre les choses détruites et les choses oonserrées , s'acecN^ent avec la nature et éclairent l'origine de la civilisation italique^ en nous faisant connoitre par quelle voie nos premiers pères ont passé de Fétat sauvage à la vie sociale. Et c'est en effet uife chose merveilleuse de dire comment les anciens sages , dans leurs poèmes ou leurs fables , enseignèrent aux peuples, par l'attrait des inventions agréables et des leçons salutaires^ à mener une vie saine et contente, en transformant leur grossièreté en des mœurs douces et paisibles. Il ne paroi tra peut-être pas moins intéressant de considérer comment, après tant de siècles, en vertu de ces mêmes inventions , l'orgueil national s'est plu à retrouver dans le ciel la source de ses origines , au point que Içs êtres my tholo-
(i) Vojes les plus célèbres in terprëtes des fictions allégoriques: Bianchini, Banier, Blackwel , Pluche , Gebelin , Bergier , iDupuis , etc. -— ( Voy. nos Éclaire, n. II. )
iG PREMIÈRE PARTIE.
glques, adoptés par le jugement encore foible de l'histoire (a), furent consacrés solennellement par la religion à laquelle ils furent étroitement liés.
(a) En jageant ainsi , k son toar , le Jugement encore foible de r histoire, raatenr ne t*est-il pas aperça qail se chargeoit d^nne refr* ponsabilité bien grave ? En discréditant d'avance rantorité des écrivains qni nons ont transmis la connoissance des faits anciens , n*a-t-il pas songé qn*il affoibliasoit rantorité de ses propres récits ? car enfin, ces antenrs ne sont-ils pas cenx qn^il citera plus tard avec confiance ? ne sont-ils pas les senls dont on paisse allégner le téint)ignage ? R.-R.