CHAPITRE II
Causes et progrès naturels de la emlisation.
La gloare d'avoir dominé sur la plus grande partie dé Vancien monde, après avoir été le berceau de la puissance romaine, a consacré Fimmor telle célébrité de l'Italie. Des titres si magnifiques auroiént du lui suffire : après tant d'éclat, il paroissoit peu important ou trop épineux de rechercher un empire italique antérieur à celui de Rome. Toutefois l'inyiiftiente curiosité de plusieurs érudits s'est i^onsumée en longs efforts pour éclairdr Je grand mystère des origines. Si l'esprit orgueilleux de système n'avoit pas toujours pour principe de sacrifier la vérité au désir de dire des choses nouvelles , il pourroit paroltre surprenant que les écrivains qui se sont exercéâ sur une question si difficile , aient épuisé tout leur savoir pour peupler l'andenne Italie d'hommes venus des régipns lointaines , et qu'ila n'aient fait aucune recherche sur ceux qu'elle renfermoit dans son sein. Mais, puisque des disputeurs immodérés, trop peu instruits des forces de la nature et de l'ordre
l8 PREMIÈBB PABTIE*
qui règle les sociétés , se sont obstinés k regarder la eirilisatton de nos contrées comme un fruit étranger , nous avons tout droit de nous étonner que la barbarie seule ait dû nous être attribuée comme un patrimoine national (i).
Qu€ les Grecs, à la faveur de leurs colonies et de leurs écrivains , aient accrédité dans l'ancten monde l'opinion qu^ls avoient i^ieuplé et civilisé Fhalie , on doit encore moins l'attribuer à leur vanité qu'à un concours de causes nsorales qui rendent cette prétention fort excusable. Un genre s^^ieux d'érudition , introduit parmi les modernes , ne manqua pas de donner aussi aux peuples Italiques une origine orientale. Mais la saine œtique de l'histcnre ayant réduit ces opinions à leur juste valeur , et démontré l'impossibiUté des longues navigations par Tinexpérience et la timidité de l'art nautique (a) , à ces sentiments douteux ont succédé d'autres systèmes, qui par la voie des Alpes font arriver du
(i) Voy. Éclaircissemens , n. Ilf.
(a) LV>lyf«otioa tiré« d« HinpoMibilIlé dM loogoes ntTigatièas «t de l*ifliperfeodoii d« Ttit nioliqve , ootra qa*eUa a*éftt peat-étre pM «osai 8éci«iue qa elle le semble à l*«atear , ne proQTeroit rien contra les Greci , dont les colonies, ponr arriver à la pointe mMdionale de lltalit, m^aToient à traveraer que le détroit qai s^pwe cette péafiitsnle des rivages oppoiés de l'Épire , occapée par eox. Ainsi raatcor, si telle étoit son objection , fort^eroit loi-méme Topinioii qa*il revt eônbattre. a.-]L *
CHAPITRB II. ig
Nord dans les déserts de l'Italie de nombreuses populations , tantôt sous les noms de Scythes et de Celtes , tantôt sous ceux de Germains et de Gaulois* La langue a été soumise au même creuset que la descendance ; et , sur le foible fondement d'une étymologie incertaine , ou de quelque conformité accidentelle de mœurs , on a établi que les peuples de lltalie deToient leur origine à ces nations lointaines et barbares (i). Mais il j&uy^vouer , peut-être les erreurs de ceux qui nou^ont précédés dans l'examen de cette question étoient-dles inévitables pour parvenir a trouver la vérité; peut-être leurs etreors auront-elles prévenu les nôtres. Excusons donc, sans l'approuver, cette foiblesse de l'esprit hun^ain, en réflécbissant combien notre raison impar£itte arrive lentement à la connoissance de la vérité. Rechercher quel fut le peufle inconnu d'où les anciens peuples italiques ont tiré leur origine nous parolt une étude vaine et absurde, puisqu'il ne reste aucun mémoire de cette descendance, et que les traces en sont entièrement effin^ées (a). Dé lelles^ questions, qui roulent sur des temps absolument ignorés, ne peuvent ni instruire ni plaire.
(i) Voy. Éclaircissemens , n. IV.
(aj EUcs n0 Tétoicnt p«at-étrt paa poar l»Of«o»» hitm plu np«
aO PREMIÈRB PARTIE.
L'histoire certaine^ ou au moins probable, d'un peuple, ne peut reconnoltre une source plus élevée que celle des faits dont le souvenir nous a été transmis depuis l'invention de Fart difficile de l'écriture (a). Tout ce qui précède cette époque est inaccessible à notre curiosité , et appartient au vaste domaine des conjectures, que nous aimons à laisser intact , sans contester aux autres la liberté de suppléer, par les rêves fertiles de l'imagination, au jjïence de l'histoire.
Les facultés physiques et morales qui concourent à la formation de la société , tendent aussi , avec une égale force , à son accroissement ; mais les progrès de la civilisation sont lents, ne pouvant être que le résultat combiné de l'industrie et de l'expérience. L'histoire des voyages modernes nous montre comment un peuple peut rester long-temps à un degré très-limité de
proche qae nous ne le sommet , da théâtre et de Tépoqne dé ces originet. C'est ce qui doit nous rendre^ extrêmement circonspects k prononcer qn'nne tradition, appuyée de leors témoignages, est fausse , parce que nous n'en retrouvons plus les traoes. R.'R.
(a) Si ce principe étoit vrai, il fandroit regarder comme indignes de confiance et d^examen tons les faits antérieurs à la déooaverie de récriture, laquelle est si récente en comparaison de Torigine des connoissances historiques. Comment rantenr nVt-il pas reculé luimême devant les graves conséquences d*un pareil principe ? Heureusement il ne s*y conforme pas tonjoun, et nous en avons déjà fait la reflUcqoe. E.-A: