CHAPITRE XT
passer des colonies , soit qu'ils s y fussent plus formellement étahlis par la voie des armes.
Tandis que toute Fltalie étoit bouleversée par des guerres d ambition, on est agréablement surpris de voir les Sabins employer tous les efforts de leur courage à défendre leur indépendance contre les continuelles attaques de leurs voisins. Ce fut en vain que les Ombriens^ dans le temps même qu'ils exerçoient leur plus grand empire sur Tltalie (i), épuisèrent leur valeur pour les assujétir ; et les Étrusques respectèrent toujours ou du moins redoutèrent l'énergie d'un peuple uniquement attentif à la défense de ses foyers. 11 est donc très-vraisemblable que jusqu'au temps où les Sabins furent obligés de repousser la violence des armes romaines, toute leur his« toire domestique se renferma dans l'obscure , mais désirable médiocrité d'un peuple qui sait se contenter des richesses naturelles que lui fournit son travail, et y trouver tout ce qui constitue le bonheur et la prospérité sociale. Cette heureuse puissance étoit le prix de la vertu » et d'une constante application à l'agriculture^ qui, sans jamais donner les richesses qui cor-
de Crustumérie , premières usurpations des Romains , est un peu moins certain, (i) Strab.^V, p. 162.
l84 PREMIÈRE PARTIE.
rompent y procure toujours ce qui suffit à un peuple sain et œurageux. Au sein de cette vie simple , les Sabins connurent les sublimes plaisirs de la nature 9 qui allie toujours la paix avec l'industrie y et la sûreté avec la valeur (i). De là cette habitude de la tempérance, ces moeurs austères y cette foi incorruptible > célébrées avec tant de raison par les anciens : car les Sabins étoient les seuls qui , par la force de leur éducation , présentoient à Tltalie dégénérée le modèle de toutes. les vertus antiques (2). L'auguste caractère de leur religion étoit^encore un nouveau titre d'illustration poijr ce peuple y qui en tiroit un honneur particulier (3), pendant que les Romains eux*mêmes se glorifioient d'avoir emprunté des Sabins leurs divinités les plus révérées. La gloire militaire couronnoit enfin les
( I ) Labor voluptasque , dissimiUimd naturâ, socie^ taie quddam inter se naturali sunt junctœ, Liv. V, 4«
(2) Cicero, inFatinium, i5; pro Ligario, II; €Ld Famil XV, 20^ Liv. I, 18^ Diony». 111, 63; Virg. jŒneid, VIII, 638; Propert. II, 3a, v. 47.
(3) Sabiniy ut quidam existimavere , àreligioneet Deorum cultu Sevini appellati. Plin. III , 12 , et Varro, ap, Fest. Selon Galon ( ap. Dionys. II , 49) , ils tiroîent leur nom de Sabus ou Sâncus, divinité du pays, à qui ils altribuoient l'origine de la nation. Add« Silius , VIII , 4^w3.