CHAPITRE XIT
que la simplicité de la vie civile n'excluoît point ces vertus généreuses qui , en mettant un frein aux plus fougueuses passions du cœur ^ tendoient à faire respecter les droits des hommes. C'est à ce titre que les Éques » appelés aussi Équicoles , méritèrent la réputation de rigides observateurs de Féquité (i), eu même temps que leur indomptable constance les mootroit sous un aspect terrible à leurs ennemis. L'union de plusieurs communautés populeuses composoit la société politique des Éques, situés, à l'orient, dans la partie supérieure du vieux Latium, à partir des sources de l'Anio jusqu'à Tibur (a). Les Herniques, ress^rés dans un territoire plus étroit et plus montueux ('3) , au centre des Y osques , des
comme une vertu des temps kéroîques qui acix>mpagnoit ordinairement les autres habitudes martiales.
(i) Les Romains y comme raffirme Tite-Liv«(I, 32), ainsi que d'autres historiens, «voient emprunte' des Éques le droit fécial.
(a) Le pays des Éques s'étendoit, depuis* le vieux Latium et les frontières des Volsques, jusqu'aux Vestins , on laissant a droite les Étrusques et Les Marses , et ii la gaucbe les Sabins. Ses villes principales étoient Cliterne , Garséoles , AJgide , Ck>rbione , Yitellie, Bole , Trëbule, Nurse, etc. Voy.Cluvier, p. 776-786 j Gellarius, p. 78»-786.
(3) Les Herniques avoient pris leur nom d'un mot de la langue des Sobins et destMarses ( Herna ) > qui ëquivaloit à Rochers : c'est pourquoi on disoil hcmicm ioçit-.
2o8 PREMIÈRE PARTIE.
Éques et des Marses, comptoient dans lenr alliance les communautés des Alatrins, des Vërulans, des Férentins et des Anaguiens, chez qui se tenoîent les assemblées de la nation (ï) :
et populi hernici (Festus, et Serv. VII , 684 ). On doit remarquer la tradition rapportée par Servius , laquelle donne à ces* peuples une étroite affinité avec les Sabins ; mais on ne sauroit entendre les absurdités du grammairien Hygin {ap. Macrob. Sat. V, 18)9 qui vouloit que les Hemiques eussent élé ainsi nommés d'un Pélasge, leur chef, appelé Hernicus , et concluoit de \k qu'ils étoient de la race de^ Pélasges-Étoliens , parce que ces deux peuples usoient |ien temps de guerre , d'une chaussure pareille {a),
(i) Liv. IX y fyi. Anagni , appelée la riche par Virgile ( VU , 684 ) 9 et l'illustre par Strabon ( V, p. 164 ) » auroit été une colonie des Marses , suivant un ancien interprète de Virgile (Asper, ap. f^et. interp.Yirç» 1. c.).Relative-
(«) Cet Hygin , grammairien dont on ne saurait entendre les ahsur^ dites , est le mém^ écrirain qui composa sur les origines italiques nn ooTrage Tante par les Romains, qni est depuis long-temps perdn , et qnenons ne poDTons jager anjoard^hni que par les éloges qu'ils en ont f(At. Quant âl^ tradition particulière an peuple herniqae , j'avoue qu'elle ne m'oitre rien d'iuTraisembiable ; et la coutume attestée par Virgile et par Euripide ( ap. Macrob. Sat, V, 18 ) , loin de me paroitre inutile i la «pnfiance qu'elle mérite, me semble au contraire y ajouter beaucoup de poids. Remarques, au reste, avec quelle «onfiance
. Micali cite Festus ou Servius , lorsqu*ils rapportent des faits £i« Torables à son système. Rapportent-ils des traditions contraires ? ils ne disent plus que des absurdités, ils ne méritent plus aucune croyance; en an mot, il suffit que ces grammairiens attribuent quelque chose aux Grecs, pour exciter la colère patriotique de M. MicaU. R.-R.
GUAPITRE XII. ûOg
peuples, à la vérité 9 grossiers , mais tous égaler ment renommés pour leur vigueur et pour leur courage (i). Nous aurons plus d'une fois l'occasion de rappeler leur nom avec éloge dans le cours de cette histoire.
Les Volsques, peuple nombreux, vaillant, et né au sein des armes, occupoient un pays plus vaste et plus fertile , lequel s'étendoit le long des côtes de la mer de Toscane, depuis Antium jusqu'à Terracine^ borné au levant par la Campanie et le Samnium , au couchant par le vieux Latium, au nord par les Eques, les Herniques et les Marses (2). Les fiers Aurunces qui , outre la Campanie , occupoient une partie des terres aux environs du Liris, se montrèrent, ainsi que les Samnites, des voisins très*incommodes pour les Volsques, relativement aux limites ; mais la plus grande révolution qu'éprouvèrent ces derniers dans les temps anciens , vint de l'invasion des Toscans , qui conservèrent sur
ment aux murs et aux autres antiquités d'AJatri^ de Férentine et Anagni y on peut consulter le nouvel ouvrage que public en ce moment, à Rome, 1« savante dame Dionigi, intitulé: F'iaggi in alcune cilla del Lazio.
(i) "AXztuût Utùf. Dionys. VIII , 64. , * (2) Agerquem F'olscihabuerunt,campe4lrisplerus, Aboriginum fuiL Gato, ap, Priscian. Y, p. 668, éd. Putsch.
aïO PREMIÈRE PARTIR. *
eux une longue domination (i). Toutefois^ quel que fût le genre de leur assujettissement , ils ne perdirent point cet esprit de liberté courageuse qui survit aux passagères vicissitudes de la fortune , et qui maintient la véritable >force des États. Aussi 9 dès qu'ils eurent , on ne sait par quel événement, recouvréleurpremière indépendance, les Volsquçs reprirent-ils l'attitude d'une des plus énergiques nations de l'Italie, au point , comme le dit Tite-Live , que le sort sembloit les avoir destinés à tenir daos un continuel exercice la valeur des Romains (^). Un grand nombre de villes et de districts entroient dans la confédération générale des Volsques. Puissante en hommes et en armes, elle vit prospérer dans son seip une multitude innombrable de citoyens libres, chez un peuple simple, laborieux et fidèle aux siens (3), jusqu au moment où les dévastations romaines réduisirent leur pays en solitude (4)« Les villes principales des Volsques, dans l'intérieur des terres, étoîent
(i) Voy. ci-dessus, chap. X.
(2) f^olscos velut sorte quadam prope in œlernum exercendo Romano militi dalos, Liv. VI, 21.
(3) T'ota denique nostra illa aspera et monluosa , et fidelis , et simplex, et fautrix suorum regio, Gicer» p'ro Cn, Pîancio, 9.
(4) Liv. VI, 12.
CHàPITRE XII. 211
G)ray Segni et Norba, dont on voit encore sar pied des restes considérables des plus fortes mu-* railles (i); Velletri, nommée dans la langue des Volsques Velestrom (2) ; Frégelles, qui avoit d'autres lieux sous sa garde et sa dépendance (3) ; Sétie, Privernum, Coriole, Longule^ Polusque, Fabraterie , Frusinone , Verrugîne (4) , Sulnione, Ecètre, Aquinum, Intéramne sur le Lirisy Atine, Arpinum^ Sora et Casinum (5). Toutes ces villes étoient fortement situées sur des lieux élevés^ ceintes de solides murailles ^ et y suivant le cours de leur prospérité, plus ou moins riches et puissantes. Antium, Cifcmum et Terracine, appelée Anxur en langue volsque (6), ëtoient ses villes les plus florissantes , à cause de leur position avantageuse sur la mer, et de leur commerce. TJn port à la proximité de cba-
(i) Voy. les Monuments^ Pi. XII; Piranesi , Jlnlich. di Cora,
(ji) Sur une lame de bronze trouvée à Velletri , et depuis existante au Musée Borgia.
(3) Strab.V, p. 164.
(4) On appeloit Verruca les sites montueux et âpres : ainsi le dit Caton dans ses Origin. ap, Gell. III, 7; Nonn. II, 909.
(5) Cluvier, p. ioi5-io48; Cellarius^p. 808-824*
(6) Anxur, quœ nunc Terracina,.»» oppidum veierc
fortuna opulcntum. Yaler. Antias, ap. Liv. IV, 5g;
Plin. m,5.
cune , étoit Tentrepôt des objets de leur trafic , lequel se composoit non-seulement des denrées que fournissoit le pays , maïs encore du butin que leur procuroit la piraterie (i), regardée chez ce peuple comme une profession ordinaire et glorieuse (2). L'Ile populeuse de Pontia (3) , qu'ils possédoient en face du promontoire Circaeum (4)» ne devoit pas peu faci-
(i) Dionys. VU, 57; IX| 56. Tite-Live appelle Ceno le port d'An tiu m y qui ëtoit une des villes les plus opulentes des Volsques. Liv. Il, 63 ; Dionys. VI , 3; VIII , 1.
(2) Strab. V, p. 160.
(3) Volsci Pontiam insulam siiam in conspcctu littoris sui incolueranL Liv. IX, 28 ; Strab. V, p. 161.
(4) Le caj^ Grcaeum , oU les mythologues veulent que Gircé ait été transportée , paroit avoir étë décrit mal à propos par Homère comime une ile , sous le nom de Ea ( Odyss, X , 1 35 ). Apollonius ( IV, 662-«664 ) et Apollodore {^BibL I, 9, 24)9 qui placent ce mont dans la plaine Tyrrbënienne, ne lui ont jamais donné le nom d*ile ; quoiqu'il nesoil pas invraisemblable qu'il eût jadis, existé sous cette forme , et qu'il se fût ensuite joint au continent, comme Tassuroit Varron {ap. Serv. III , 386), et comme le croyoit Pline (III, 5), sur l'autorité de Théophraste {HisL Plant. V,9). Mais il est plus probable qu'Homère auroit été trompé par des rapports peu fidèles, vu que ce cap présente de loin, soit du côté de la terre, soit du côté de la mer, l'apparence d'une île. La fable , qui attribuoit à la magicienne Circé le pouvoir de transformer les hommes en bétes par le moyen d'un