CHAPITRE XIU
Quoique ces traditions se perdent dans Tobscurité des siècles étrangers k rhistoire^ nous pouvons tirer des mœurs de ces peuples une preuve nouvelle et plus convaincante encore de leur haute antiquité. De hautes montagnes pour habitations (i) , une taille gigantesque , un aspect terrible , des habitudes féroces (s) : voilà les traits sous lesquels on les représente , et auxquels on reconnolt sans peine le caractère des peuples primitifs. Il ne faut donc point s'étonner si , d après les récits merveilleux que les premiers voyageurs durent faire dé la férocité de. ces peuples^ Homère conçut Fidée de placer dans leur pajs les horribles festins des Lestrigons ; quoique , à la différence des Cyclopes , il les représente établis dans des villes et assujettis à une sorte de gouvernement (3). En suivant des
641 ) 9 et Vir^e , ont très-proprement employé ce nom à IVpoque de la guerre de Troie. Il paroit qu'an temps d'Hécatée , prédécesseur d'Hérodote , les Grecs donnoient encore le nom d'Ansonie à la Basse-Italie , et celui à'kvh •ones à se$ hahîtanU. Voy. Sitîd. v, A»0«»4ri Stçpb. Byi.
(x) Eiquas dt eoHiitu akk
Aurunci mùére patres.
ViBO. VII 4 737. $tT\,adh. L
(a) Dionys. YI , 32.
(3) 0^'^i. Xy 80-134. Le portrait qu'Homère fait des
traces plus certaines, on peut retrouver la race farouche des Aurunces et des Osques dans les sauvages habitants du Haut- Apennin , qui^ stimules par le besoin de leur propre subsistance , songèrent à occuper les collines et les plaines voisines de la mer , aussitôt que ces lieux , après l'écoulement successif des eaux, purent leur offrir, par leur dessèchement, une demeure stable et assurée. Les mœurs grossières de ces fiers montagnards furent insensiblement adoucies par. les progrès naturels [de la vie pastorale et agricole (i), qui leur firent enfin goûter les avantages de la société civile. Un passage très^
LestrigODs , qu'il place sur le golfe de Gaieté , est une pure fiction ; ils sont trop barbares et trop civilisés en même temps : ils habitent des villes , ils ont des bagages, des pasteurs stipendiés , et néanmoins ils sont anthropophages ! Heureusement cette fureur de manger les hommes n'a existé que chez quelques sauvages sans culture ; encore même parmi ceux-ci, l'homme ne se décide à dévorer son semblable que lorsqu'il y est poussé par la nécessité ou par la vengeance. Le sage Thucydide (VI, i) n'admet la tradition des Lestrigons que comme un récit poétique7 et Strabon (I, p. i5) la range, ainsi que l'existence des Gyclopes , parmi les fables manifestes inventées par Homère.
(i) jéurunei Rutulique seront, et 'vomert duros
Exercent coUes , atque horum asperrima pascunt.
Vmou.. Xl,*3i8.
CHAPITHS xiir. ail
remarquable d'Aristote nous fait voir dairement comment les premiers habitants de lltalie inférieure » uniquement adonnés au soin des troupeaux y furent , par l'heureuse influence des institutions civiles^ conduit sii Tétat d'agriculteurs ( i ) . Ainsi y de ce tronc des sauvages naturels de l'Italie on vit sortir un corps de nation , qui se divisa en plusieurs confédérations volontaires , lesquelles , en conservant le titre de leur origine, s'établirent, sous le nom primordial d'Osques (a), dans tout lespace compris entre la Sabinie et l'extrémité de la Calabre.
Que tous ces peuples répandus dans la Basse-
(i) De Repub^Wl , 20. Le mot de nomades, dont se sert Aristotc , ne veut point dire , comme quelques-uns le pensent, errants ou vagabonds : il' signifie proprement pasteurs: il vient du grec nfuty pasco. Kicapàre {j^p, Anton. Liber. §. 3i ) , en décrivant l'état oiise trouvaient les habitants de la terred'Otrante, dix-sept générations avant la guerre de Troie, les représente également comme un peuple pasteur z^Hr /• T#7f vin fi/êç mwi
(a) Le nom d'Opices ou Osques , que les grammairiens font ineptement dériver de Serpentes, fut souvent pris dans l'acception générale d'Italiens. C'est dans ce sens que l'emploient Thucydide (YI, x ) et Platon (Epist. YIIF , ad Dion. prop. et arnicas), Aristote ( Ap. Dionys, 1,72) place le Latium dans la région des Opices.
aaa première PARTrE.
Italie fussent sortis de la même souche, c'est ce que nous prouve plus particulièrement la conformité du langage y qui étoit le même parmi eux, ou du moins très approchant de Tidiome des Osques. Nous avons.dit plus haut comment nos robustes montagnards donnèrent lorigine à la nation des Sabins , et celle-ci aux Picentes. Les Marses, les Vestins, les Marruces et les Pélignes , placés dans de semblables circonstances, prouvoient ainsi, par leur affinité, une descendance pareille ; de même que des Sabins étoient visiblement issus les Samnites , qui furent, à leur tour, les pères des Frentanes, des Hirpins, et finalement des Lucaniens. Après que tous ces membres d'une même famille se furent séparément établis sous un régime propre et des lois particulières , le nom originaire des Osques se conserva plus spécialement dans la région de la Campanie et dans les lieux voisins jusques aux limites des Volsques. Mais Tinvasion des Etrusques, qui s'emparèrent des plus belles portions de leur territoire, et les colonies de Chalcis qui usurpèrent toute la côte (i),. restreignirent beaucoup ces peuples, et les forcèrent enfin à se renfermer dans les étroites limites de la région dite des Aurunces, laquelle
(i) Voy. GÎ-aprë», chap. XVI.