CHAPITRE XIY
absolument impossible de fixer avec précision retendue de leurs territoires respectifs ; mais on voit clairement que la disposition des montagnes et le cours des fleuves durent en déterminer les limites naturelles (i). Les Yestins, placés entre les fleuves Matrinus et Aterne (2)^ et bornés 9 au levant ^ par la mer Adriatique^ possédoient Pinna ^ la j^us considérable de leurs villes, et Aterne, située sur la mer, à l'embouchure du fleuve de ce nom , dont le port étoit commun aux Marrucins et aux Pélignes (3), leurs voisins. Les Marrucins, selon Caton (4), étoient un démembrement des Mârses : renfermés dans un petit angle, baigné l'espace d'environ dix
(i) Voyez la carte géographique du royaume de NapleSy de Risu Zannoni. Le Gransasso, et les monts Hajella et Velino , sont les plus hauts sommets de tout l'Apenuin. Les mesures barométriques donnent au premier 8934 pieds firançoîs de hauteur au-dessus du niveau de la mer. Voy. Zach, Correspond, astron. p. 357, ann. 1819. *
(a) Aujourd'hui la Piomha et le Pescara.
(3) Strab. V, p. 166. Sur l'emplacement de l'ancienne Aterne est aujourd'hui bâtie la forteresse de Pescara. Le site de Pinna se retrouve dans la ville actuelle de Penne. On peut voir dans Gluvier, p. 748<-75a , les autres villes moins connues des Yestins.
(4) ^p» Priscian. IX..
milles par la mer, ils se glorifioient de posséder Tiati, ville renommée, et leur capitale (i). La confédération guerrière des Pélignes, un peu supérieure aux deux autres , se composoit des peuplades répandues autour du mont Majella : cette contrée' étoit séparée du Saninium par le fleuve Sangre , qui , après un long et rapide cours, alloit se réunir à la mer dans le pays des Frentanes. Leur région se trouvoit divisée comme en trois parties distinctes : l'une renfermoit une large vallée, avec toute la plaine qu'on appelle aujourd'hui de Cinq milles ^ où étoient la patrie d'Ovide (2), et Corfînium, qui se vit à la veille de jouer un si grand rôle dans la. guerre sociale : les deux autres , extrêmement
(i) Strab. y, p. 166; Sîlîus, XVII , 4^4- Il existe d'anciennes médailles de cette ville, portant pour épigraphe TIATI. Chieti est encore aujourd'hui une des villes les plus considérables du royaume de Naples.
(2) Ovide a souvent célébré dans ses vers la ville de Sulmone , à qui*il donne toujours les épi thè tes de froide, aqueuse et humide. Les irrigations que l'on pratiquoit dans son territoire y favorisoieut beaucoup la culture de la vigne et du froment (Plin. XVII, 26). Une fable étrange prônée sur cette ville lui faisoit devoir son origine à un Troyen nommé Solime , de la race de Dar* danus, et l'un des compagnons d'Énée. Ovid. Fasi. IV, 79-81 ; Silius, IX, 70-76.
CHÂPITRK XIT. 2^1
montueuses^ et exposées à toutes les rigueurs d'un climat froide ne présentoient que quelques pâturages d'été ( i ). Enfin, l'incontestable affinité des Pélignes avec les Sabins (a) et les peuples limitrophes , nous offire une preuve nouvelle et directe de leur commune extraction : preuve sur laquelle nous aimons d'autant plus a insister y qu elle est le fondement naturel et le plus vrai des origines italiques.
Les Marses , la plus renommée de toutes ces nations par sa valeur (3) , possédoient un territoire plus étendu et plus célèbre. Placés comme au centre des Sabins » des Yestins , des Pélignes , des £ques et des Herniques , une langue commune (4) resserroit encore les liens d'affinitéqui
(i) Frigus Pelignum, nwes eijrigoraMarsa, étoîent passés en proverbe. ( Hor. III , Od, 19,8; Silius y YIII , 5i2 3 Stat. Sjflv, 5 , 26 ). On dît encore aujourd'hui un froid d* Abruzze.
(2) Et tibi cwn proavis, miles Peligne , Sabinis conveniL Ovid. Fast. III, gS. L'étrange opinion qui faisoit descendre les Pélignes des lUyriens est accompagnée de circonstances si fabuleuses, qu'elle ne mérite pas d'être réfutée. Yoy. Fest. in Peligni.
(3) Foriissimorum virorum Marsorum et Peligno^ mm. Gicer. in f^atinium , i5.
(4) Festus , in Hemicos. Serv. VII , 684. L'esprit mythologique sTétoit si fort emparé de l'histoire d'Italie,
a3l PRBMlè&S VARTIE.
existoient aatureUement entre ces peuples, et donnoit plus de facilite à leurs communicitioiis mutuelle^. Marruyie , située , comme on le croit f sur les bords du vaste et limpide lac Fu* cai^ aujourd'hui Cëlano, étoit la capitale de leur répul>lii|Me (i), et très-rraisemblablement le siège des assemblées nationales. Albe, élevée sur une haute montagne (2), où Ton voit encore ses ruines (3) y passoit pour une citadelle
qu'on imagina que les Marses étoient venus de Lydie avec Marsias, leur roi, qui fonda Archippe ( Gell. ap, PHn. III, 12; Soltn. 8). Selon Silius (VIII, 5o4-5oS)> ils étoient issus de Phrygie , et reconnoîssoient Marsus ponr leur chef. D'autres disoient que les Marses tiroie«t leur origine d'un fils d'Ulysse et de Gircé ( Plin. VU , 2 ; Gell. XVI y 1 1 ). On ne doit point faire plus de cas des contes débites par le fabuleux Alexandre Polybistor ( ap, Serv. X , 38g) sur un certain roi des Marses , appelé Rhétus.
(ï) Virg. VII, 760; Silius, VIII, 5o6. Marruvie étoit située sur la rive orientale du lac : on en voit encore des vestiges auprès de San-BenedeUo.
(2) Strab. V, p. 166; Plin. XII, 3. Albe est à 3 milles du lac , qui a 40 milles de circuit , et où l'on admire les grands travaux de l'écluse de l'empereur Glande. G'eçt dans la citadelle d'Albe , à cause de sa forte position , que les Romains ren£ermoient les rois capti6. Liv. XLV, 42 \ Valer. Max. V, i , 1 ; IX , 6 , 3 ; Strab. V, p. 166.
(3) Les restes des murailles d'Albe ont environ 3 milles de tour. Sur la construction de ces murailles en grosses