CHAPITRE XV. 23g
pices^ traversa le fleuve Silare, s*ëtendit dans la Calabre , et donna lorigine à la fière et belli-queuse nation des Lucaniens (i).
La société des Samnites ainsi établie se trouva naturellement fondée sur un système agricole très-propre à éveiller et à exciter Tactivitc et rindustrie par l'attrait des plus douces espérances (a). Suivant la coutume des Sabins, ils habitèrent d'abord dans de nombreux villa-* ges (3) ; ce qui, en fiicili tant les communications sociales , favorisa nécessairement les progrès de l'agriculture et de la population. L'amour de la liberté, la constance dans le travail, et une continuelle application aux arts ruraux , furent dans le principe les causes les plus efficaces de ^activité du talent, et de la force et de l'agrandissement progressif des Samnites. Horace a remarqué comment ce peuple guerrier , accoutumé à la tempérance, à la soumission dans les travaux durs et pénibles des champs , s'occupoit non-seulement à manier la bêche et la hache, mais, sous l'œil d'une mère impérieuse
(i) Strab.V, p. 1 58-173.
(2) Terra y cuUurœ causa , attributa olim p articula^ tint hominibus , ut Samnium Sabellis, Varro, op. Philargir. adGeorg. Il, 167.
(3) Liv. IX, i3> Slrab. V, p. 17a.
a40 PREMIÈRE PARTIE.
et sévère , à transporter les rameaux des arbres dépouilles des forets (i). C'est au seîa de ces austères exercices et d'autres semblables, que se forma le caractère des Samnites • ce caractère énergique et intrépide qui se signala par un mépris si généreux des dangers et de la mort , tan* dis que leurs nobles institutions et leurs mœurs Ter tueuses et honorées , uourrissoient et exaltoient dans leurs cœurs Famour de la patrie , amour qui renfermant en soi tous les sentiments sublimes et honnêtes, maintint avec éclat la force et la grandeur de la nation , durant tout le cours de son existence politique.
La région des Samnites, traversée obliquement par TApennin , renfermoit , d'un côté » toutes les terres comprises entre la Gampanie et la mer supérieure ; de l'autre , tout l'espace qui s'étendoit depuis le fleuve Sangre jusqu'à TApulie et à la Lucanie. Dans ces limites où le courage et l'indépendance sembloient , par prédilection , avoir fixé leur séjour , étoit renfermée toute la confédération des Samnites , laquelle se composoit desPentriens, des Caudiniens, des Hirpins,
( I ) Sed rmticorum mascula militum
Proies, SaMits doctm Ugonibus Vènare gUbas, etseverœ dfatrîs ad arbitrinm recisos Portare fttstes. L. TII, Oi^VI.
CHiPITRE XV. 241
des Caracéniens et des Frentanes , peuples dont chacun formoit encore individuellement une ligue particulière. Le Matèse^ la pointe la plus âpre et la plus élevée de l'Apennin , laquelle a plus de quarante milles d'étendue (i) , se trouvoit comme au centre de quatre des principales villes des Samnites-Pentriens , c'est-à-dire Télésie^Ésernie, Alife^ et Bovianum, capitale de toute la confédération (%) , dans laquelle on remarquoit encore Trivente , Tiferne, Sépinum, Murgantium , qui de simples villagils s'étoient élevées au titre de cités ^ fortifiées d'ouvrages militaires (3) , ayant, comme toutes les villes du
(1) Les bautcs cimes da Matëse sont, la pi as grande partie de l'année , couvertes de neiges c le terrain en est pierreux et stérile y mais abondant en pâturages. Les hêtres sont les arbres naturels de celte montagne , oii ils forment d'épaisses forets. Dans le milieu du Matëse se trouvent des plaines cultivées , et dans la plus considérable de ces plaines, à six milles de Piedimonte,est un lac d'une assez grande étendue. Dans l'intérieur de la montagne on voit de vastes cavernes , comme celles de /t/- Jreddo, de Campo Rotondo, et de Campo Braca,
(2) Caput hoc ( Bovianum ) erat Pentrorum-Samni" ium, longe ditissimum , atque opulcntissimum armis virisque, Liv. IX, 3i.
(3) On peut juger de la force de la plupart des villes^ du Samnium pair la vigoureuse résistance qu'elles opposèrent aux armes romaines. Nous voyons dans Tite-Live
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Samnium , un forum , un sénat, des comices , et leurs magistrats particuliers. Caudium , Saticule, Trebule, Gompultérie étoient les communes les plus remarquables des Samnites-Caudiniens , qui habitoient au pied de l'immense Tabarne, du côté de la Campanie, et dans la vallée qui devint ensuite si fameuse sous le nom de Fourches* Caudines (i). Les Hirpins , beaucoup plus nombreux et plus puissants, occupoient le revers opposé du mont Taburne, et les collines pittoresques dont l'ami^ithéàtre s'étend jusqu'aux plaines de la Fouille. Parmi leurs villes les plus renommées on distinguoit Callife, Abettine, Rufrie, Taurasie, Éca , Equumtuticum, Erdonie , Trivice, Aquilonie, Gominium, Romulée, Gompsa^ et Malévent, qu'une vanité mensongère donnoit pour avoir été fondée par Diomède ,
(X, 43~44) qu'elles étoient, à cette époque , fortifiées de murailles et de tours, preuve certaine de la civilisation de ces peuples , et de la stabilité de leur forme de gouvernement.
(i) Il seroit impossible de déterminer avec précision les limites respectives des Pentriens » des Gaudiniens, et des Hirpins , de même que le nombre des villes qu'ils occupoient. Nous suivons à cet égard les conjectures les plus probables , en nous appuyant sur les observations de Ciarlanti, Trutta et Galanti, qui ont plus particulièrement éclairci .ce qui concerne le pays du Samnium,