CHAPITRE XYI. j
quel'oa attribue génëralemant aux peujdes de la Campanie. La prospérité de ces nouveaux dominateurs, aussi actifs qu'industrieux, fut long-temps un objet d'inauiétude et de jalousie pour leurs voisins, qui, frappés de leur grande renommée, les regardoient comiiie un peuple invincible. Mais enfin leur antiqUe valeur dégénéra , et ils commencèrent à maîrcher à grands pas vers leur décadence. Nous avons montré plus haut comment les Samnites, profitant du relâchement des Toscans , les dépouillèrent d'abord de la plus grande partie de leurs possessions , et finirent par ruiner. entièrement leur domination dans la Campanie. On doit sans doute attribuer une si grande chute à la manière de vivre molle et dépravée que s'éioîent formée les Toscans sous un ciel qui inspire la volupté. Les précieuses et abondantes productions de la Campanie devenoient la matière d'un commerce lucratif, qui, en répandant la richesse parmi ces peuples, les excitoit à la recherche de toutes les superfluités de la vie. Le Vultume leur ouvroit une communication rapide et facile avec la mer, qui leur apportoit avec les trésors des étrangers leur luxe et leurs arts corrupteurs. J^a délicatesse domestique, la somptuosité des repas, le raffinement des plaisirs, étoient parveuus à un tel excès, qu'ils s'étoient fait un
besoin de toutes les sensations extrêmes (i). L*art et le goût féroce de répandre le sang humain dans les horribles sacrifices de lamphithéâtre , où l'intérêt 4tf spectacle étoit d autant plus yif que le péril étoit plus grand, furent une invention des Étrusques de Capoue, qui traiismirent ensuite cette abominable coutume aux Romains (a). Leurs festins, qui commençoient au milieu du jour et ne se terminoient qu'au lever du soleil ^ étoient souvent souilles de sang et de spectacles atroces. Cest ainsi que la prospérité et l'abondance de tous les biens avoient fait germer dans leurs âmes l'arrogance et la cruauté que leur reproche Ci(^ron (3). Ce grand orateur s'écrie, avec le ton de l'indignation, que la Campanie avoit été pour les habitants de l'ita-
(i) On ne peut voir sans quelque affliction les catises de cette dégradation morale développées par Fabbé de Saint-Réal dans sou Traité sur l'usage de Thistoire, Disc. II y portant ce titre si humiliant pour l'espèce humaine y que la malignité est le plus souvent le motif de nos sentiments et de nos actions. Voj. aussi le judicieux Du Bos , Réûex. ch. II , 12.
(2) Nicofli)amasc. ap. Athen. IV, i3. Sur les horri-* bles combats des gladiateurs , on peut consulter les deux livres des Saturnales de Juste^Lipse, Tom. III, p. 483.
(3) Agrar. 1,6.*
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lie le berceau de la mollesse et de l'orgueil (i). Mais y quelle que fut la tendance naturelle des Campaniens vers le relâchement, on a du moins la satisfaction de remarquer que la corruption de leurs mœurs ne fut portée à cet excès que dans un temps de décadence et de servitude.
Avant rinvasion des Toscans , les Chalcidiens d'Euhée avoient envoyé une colonie dans ce pays célèbre des Osques, sous la conduite d*Hippoclès de Cumes et de Mégasthène de Chalcis , lesquels fondèrent la nouvelle Cumes sur une colline agréable, voisine de la mer, dans le second siècle après la ruine de Troie (2). Peu de temps après, les Cumans, auxquels s'étoit jointe une troupe d'Ëoliens (3), bâtirent Dicéarchie,
(i) ^grar.ly 7.
(!i) Thucyd. VI,/,;Liv. VIII, 22;Dionys. VII, 3; Slrab.V, p. 168 ; Velleïus, 1,4 J Hyperochus, flist, Cuman. op. Pausan. X, 12. Mégasthène eut l'avantage de donner à cette nou'velle colonie les lois de sa patrie ; et elle dut à Hippoclës son nom. Casaubon ( Not, ad Strab, l. c. ) et Prideaux(iV(9/. in Marm, Oxon, p. 146) ont très-bien reconnu que la Cumes dont il s'agit ici est la Cumes- Euboïque , et non TÉolienue. On peut croire , d'après la chronique d'Ëusèbe, qu'elle fut bâtie l'an io53 environ, av. J.-C. Consultez Scaliger, Animadvers. ad E use 6, , et Simson , in Chronic,
(3) Scymnus Cb. v. 238.
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OU Pouzzoly qui offrit un port commode à leur commerce (i) : à peu de distance , sur le même rivage , ils élevèrent avec une égale activité Parthénope ou Naples (2) , 4{ue nous voyons souvent, à raison de son origine , appelée Euboïque ou Chalcidienne, ainsi que la ville de Cumes (3). / D'autres colons de Chalcis et d'Erétrie, également Ioniens (4)> seloient établis dans Vile de Pithécuse, aujourd'hui Ischia, qui a dix-huit milles de tour, et où la fertilité du territoire et labondance des mines qui s y trouvent (5) leur
(i) Strab. V, p. 169. Eusëbe et Etienne disent avec peu de vraisemblance , qu'elle fut Touvrage desSamnites*
(2) Strab. y, p. 170. Parthénope , qui prit ensuite le nom de Palxpolis, et puis de Néapolis ou Naples , reçut dans son sein diverses colonies, et prit ainsi en différents tempsdes noms divers. Les Rhodiens , fameux navigateurs, s*attribuoient la fondation de Parthénope avant rétablissement des Olympiades. ( Strab. XIV, p. 4^0 ; Etienne de Byz, V. UnfUfiwn ) : d'autres veulent qu'elle oit été bâtie par les Phocéens (Scymn. Ch. v. 246).
(3) Lutatius , ap^ Philarg. ad Virg. Georg, IV, 564 ; Liv. VIIÏ, 22 ; Strab. V, p. 170; Plin. III, 5; Scymn. Ch. V, aSi.
(4) Hérodot. Vlîî , 46.
(5) Strabon dit des mines d'or; mais un naturaliste moderne doute qu'il y en ait jamais existé de telles. ( N. Ândria , Traitai, délie acq, miner, part. I > cap. t , p. 67. )
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procurèrent une existence heureuse, jusqu à ce que les dissensions domestiques obligèrent les Chalcidiens à passer sur le continent pour s'unir à leurs compatriotes de Cumes et de Naples (i). Mais comme cette ile devoit son existence et ses accroissements aux volcans , les tremblements de terre fréquents et les éruptions désastreuses de Tardent Épomce , contraignirent aussi les Érétriens k abandonner cette ile , et à se réfugier sur la terre ferme, où ils augmentèrent le nombre des colonies d'origine Euboïque (j). Les petites lies de Prochy ta et de Nisida furent également occupées par les Grecs , ainsi que Caprée , qu'on disoit , comme toutes les autres , avoir été détachées du contin|nt par une de ces révolu-» tions physiques qui ont bouleversé toute la contrée (3). Cumes, qui dès sa naissance parut
(1) Liv. VIII , 2a ; Strab. V, p. 171.
(2) Strab. V, p. 170-171. L'histoire a conservé le souvenir de plusieurs grandes éruptions volcaniques dans rile d'Iscbia. La plus terrible de toutes, rapportée par Timée (ap, Strab. Y, p. 171), comme survenue peu avant son temps ( l'an 384' environ ^v* J-'^^* ) 9 causa une telle frayeur aux habitants même de la Gimpanie, qu'ils abandonnèrent la côte, et se réfugièrent dans l'intérieur des terres.
(3) Strab. I , p. 41 ; YI , p. 1 78; Plin. II , 88. Les matières volcaniques dont elles sont couvertes , ne laissent
•j5o phemiebe partie.
destinée à jouer un grand rôle (i), non-seulement dominoit sur toutes les autres villes chalcidiennes de la Campanie (i) et leur Êiisoit envier sa prospérité, mais elle eut encore la gloire de donner l'origine à Zancle , qui devint ensuite si célèbre sous le nom de Messine (3). Les Etrusques virent d un œil jaloux Taccroissement de cette colonie, et ne cessèrent de tenter tous les moyens de l'assujettir; mais nous
aucun doute sur rorigine de toutes ces îles. Voy.Spallanzani , Fiaggi aile due Sicilie , T. I , p. i32 j Hamiltou, Observations on Mount Vesuvius , etc. p. 4/- (i) Stab. V, p. 170.
(2) Justin , qui'en peu de lignes a renfermé tant d'erreurs-(XX,' i ), compte Noie, évidemment d'origine étrusque, parmi les villes chalcîdiennes. Les conjectures de Martorelli ( I>e//c anL colon, di Napoli, Tom. II, p. 65) , que les Grecs occupèrent Noie lors de l'éruption volcanique d'Ischia , dont nous avons fait mention , acquièrent quelque degré de vraisemblance par l'inspection des médailles de cette ville empreintes de caractères grecs , et qui furent sûrement frappées à une époque ou les habitants de Noie étoient devenus un mélange de plusieurs nations. Toutefois Detïys {Excerpt. p. 23i5) se contente d'appeler les Nolans « un peuple voisin et ami
des Grecs. »
(3) Thucyd. VI, 4. Zancle ne fut dans le principe qu'un repaire de corsaires cumans. Périérèset Cratamène
V conduisirent ensuite d'Eubéc une nombreuse colonie.