HYGIENE G E N E K A L E
Il faut se conformer, autant que possible, aux habitudes , aux usages et au régime des habitants auxquels la constitution atmosphérique les a fait instinctivement adopter. Mais le voyageur devra se garder du souper, périlleux surtout dans les lieux humides ou voisins de la mer, et que la sagesse des anciens avait évité. Un déjeuner matinal, un diner peu tardif suffisent; les trois ou quatre repas du logis , sans compter les libations de thé avec
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tartines du .soir, sont de trop, et produisent (les déranp:ements d'estomae , des fièvres , des dyssenterics et autres malaises. L'alimentation surabondante du nord ne convient point au climat de l'Italie , à la fatij^ue et à l'aj^itation du voyage. Elle est modifiée par les Italiens riches qui vivent à la française. Le diner de 4 ou 5 francs, imposé dans les grands hôtels avec ses sept ou huit plats, est trop copieux. Le chocolat pris au café forme un salutaire et économique déjeuner qui, avec le pain et le beurre, ne revient pas à 10 sous. Il est impossible de ne pas appeler de l'arrêt dont le spirituel auteur de la Physiologie du Goût a frappé les chocolats d'Italie, quand il déclare que « ces chocolats conviennent peu aux Français ; en général , le cacao en est trop rôti , ce qui rend le chocolat amer et jieu nourrissant, parce qu'une partie de l'amande a passé à l'état de charbon. » Les chocolats de Milan, de Turin, de Rome et de Naples sont très bons; le caraque en est aujourd'hui beaucoup moins brûlé que jadis. Les amateurs font préparer chez eux le chocolat, et l'on doit avertir les personnes scrupuleuses (pi'il ne rompt i)oint le jeûne.
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Les excellentes salaisons italiennes, plus naiurelles, moins ëj)ieées que les nôtres, n'ont ])oint l'inconvénient de produire, comme dans le nord, les maladies de la peau, attendu la transpiration plus abondante excitée par la chaleur du climat.
Les vins d'Italie , que le Tasse convenait avoir le mauvais goût de préférer à ceux de France dont il reconnaissait la supériorité , ces vins, doux et piquants, coïnme au temps du poète , sont encore chauds , généreux , digeslil's. La manière de les faire se perfectionne chaque jour ; beaucoup supportent maintenant la navigation , et ils vont , soit réchauffer les sens pesants et froids des Allemands, soit rafraîchir, en dépit de Mahomet, les gosiers altérés de l'Orient '.
Mais si les repas trop fréquents sont inutiles ou nuisibles , on ne doit point s'abstenir, dans les courses à la campagne, de ces bonnes collations de raisin, de figues, d'oranges, offertes pour quelques baïoques ' par les paysans , et
' V. les chap. V et XI.
' Le baïoqiw est le sou ronioin et vaut un peu plus de h rentimc-s.
U HYGIÈMi CÉNÉKALE.
mangées sous la treille ou sur la J^ilustrade en marbre de la terrasse de quelque villa en majiuiiique vue. Ces eliampêtres lunclicons sont rafraîchissants , réparateurs , et je leur dois d'avoir impunément parcouru à pied et par le chaud , les environs de Naples.
Quoique les étranji;ers soient plus dormeurs et restent au lit plus lonjr-temps que les Italiens, ils feront bien, pendant l'été, de leur emprunter la sieste. On laisse ainsi tomber la chaleur ; on écha-ipe à l'inconvénient de faire des visites à des gens qui n'y sont point, car ils dorment ; et l'on reprend ensuite ses courses avec une vigueur nouvelle.
L'hiver n'est point aussi bénin en Italie qu'on se l'imagine communément ' , et l'instinct populaire y a naturalise le manteau. La seule différence ne consiste guère qu'à jouir du printemps trois semaines plus tôt , et de l'automne trois semaines plus tard. Le célèbre docteur, conseiller et professeur émérite Valeriano Brera , dans son livre intitulé : Isckl e Venczia , ]nil)1i('' <'n 1838. classe ainsi, pour
' V. les Voyages, liv. Il , c!ia|). S) : Dr l'époque du voyage en Italie.
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les a>antaj;es du tlimat en hiver, les prineij)ales villes d'Italie : Rome, iNaples, Niée, Pise. Venise, Florence, Padoue. Il n'est pas indifférent, sans trop grossir sa malle, de partir liabillé et ehaussé à neuf; le drap, les étoffes du pays étant le plus souvent chers ou médiocres , et les bottes peu solides , assez mal faites , même dans les capitales.
II faut que les malades se gardent bien de croire que ce climat soit une panacée qui suffise à les délivrer de leurs maux. Les médecins nationaux estimés seront préférés : beaucoup ont étudié en France, en Allemagne, en Angleterre ; ils sont au courant des doctrines thérapeutiques du dehors, et ils connaissent mieux la qualité des produits du sol , les variations de l'air, la convenance du régime et l'effet des remèdes. La médecine italienne est douce, expectante , conliante dans les ressources de la nature; elle se rapproche de celle-ci, elle cherche à l'aider, et elle a le bon sens de ne pas droguer plus que la médecine de France. Les étrangers rétablis ne devront pas trop se confier aux apparences : la guérison , pour se corroborer, a parfois besoin d'une prolongation de séjour, et l'on s'expose à des rechutes
G VOITURIN. BATEAUX A VAl'ELH, P(>STJ:.
en quittant trop tôt le pays. L'épreuve d'un second hiver sera souvent utile pour s'assurer si le retour du sommeil, de l'appétit, des torées, de la eliak'ur et du teint sont défmitifs. 11 serait alors convenable, après un hiver de Pise, de passer le ])rintemps à Rome, l'été à Naples ou dans ses frais environs, pour rentrer l'automne à Pise. Le voyage au printemps, de l'Italie du nord et surtout de la Suisse, comme il est troj) fréquemment d'usage, ne peut être que ])érilleux à des convalescents nouveaux, traités par le soleil.