LES LUTTES 1)E LA GRANDE PROPRIETE DANS L ITALIE DU NORD
Les nouvelles propriétés conquises sur les lagunes. — Rôle du capital et de l'entreprise industrielle. — Succès et épreuves.
— Intervention des socialistes. — Illusions des braccianti.
— Les vieilles propriétés familiales héréditaires. — Abus signalés par les évêques. — Impopularité des fermiers. — Griefs fondés. — Les grèves de Parme. — Les ouvriers stables et les ouvriers instables : progrès lents des premiers.
L'Italie septentrionale offre de bien des côtés des types de ces trois formes si anciennes de la propriété terrienne : la grande propriété cultivée par des ouvriers avec engagements temporaires, — la petite propriété cultivée par le propriétaire lui-même et par sa famille — enlin le métayage qui, même dans l'ampleur d'un vaste domaine subdivisé, offre toujours une unité de culture de proportions moyennes.
II est plus d'une région où ces trois formes voisinent à peu de dislance l'une de l'autre. Dans le bassin du
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Pô, on trouve la petite, la toute petite propriété sur les hauteurs : là sont des familles sobres, laborieuses, envoyant à l'émigration le surcroît d'enfants dû à une forte natalité. Ami-côte fleurit surtout la moyenne propriété, le plus souvent exploitée par métayage et où les rapports entre les propriétaires et les travailleurs sont encore bons. Dans la basse plaine s'étendent à perte de vue les grands domaines où des fermiers conduisent des troupes souvent renouvelées de travailleurs et dont le rendement est décuplé parles arrosages des canaux, par l'emploi des machines, par l'introduction de maint procédé industriel : mais c'est aussi le lieu d'élection des manifestations bruyantes et des grèves qui, même quand elles paraissent terminées, laissent après elles des menaces redoutables de conflits nouveaux.
Si cependant l'on veut étudier avec plus de profit chacune de ces trois formes, il faut la prendre là où elle est dominante.
Or, la Toscane est bien le pays privilégié du métayage, comme le Piémont est celui de la petite propriété, l'Emilie et la Romagne le pays de la grande.
Mais la grande propriété même comprend dans l'Italie septentrionale deux groupes dont les origines et dont les caractères actuels mentent d'être distingués. L'un est celui des anciens domaines familiaux dont la valeur s'est accrue de siècle en siècle. On en trouve
de remarquables dans la région de Novare, surtout f. dans les environs de Verceil, puis dans le cours moyen du Pô. L'autre est celui des immenses territoires conquis sur les lagunes, « bonifiés » — c'est l'expression officielle — ou plutôt véritablement transformés,
Une monographie très complète (1) des premiers — où domine la rizière — établit que le fermage des terres (2) a subi des oscillations considérables. De 1740 à 1841, les baux n'avaient pas cessé d'y augmenter, comme ils l'on fait ailleurs : ils avaient passé successivement de 82à228 francs par hectare. Enl891-1892ilssubirentune baisse qui les ramena aux environs de 150 francs. En 1901, ils remontèrent au dessus de 167, pour s'arrêter enl90«, àl97.
D'après le même travail, le revenu net delà terre se serait, dans le môme laps de temps, élevé de 100 à 1.090, après avoir atteint un instant 1.290, et cela, bien que, dans les deux derniers siècles, le prix de la V main-d'œuvre se soit élevé de 125 pour 100.
Au premier abord il semble y avoir là de quoi servir de justification ou de prétexte plausible à ceux qui s'élèvent contre les plus-values imméritées des propriétés immobilières et qui prétendent que ces plus-values doivent revenir à la collectivité seule auteur de ces accroissements de prospérité, grâce aux progrès généraux réalisés dans la complexité de la vie sociale. Mais il suffît d'y regarder d'un peu plus près pour re-
(1) Pugliese, Deux siècles de l'histoire d'une province rurale.
(2) Riforma sociale, mars-avril 1909.
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cueillir de la monographie citée, la certitude que la valeur des capitaux successivement apportés et incorporés au domaine sous forme d'améliorations de toute nature, va aisément jusqu'à dépasser la valeur du sol proprement dit. En second lieu, il faut tenir compte de l'accroissement de l'impôt qui vient diminuer de plus en plus la distance entre les revenus du capital et ceux du travail : n'est-ce pas cet impôt qui paie à la collectivité sa part légitime ? Enfin, il est acquis que si le propriétaire voulait se borner à jouir tranquillement du revenu de ses terres en les abandonnant à leurs productions spontanées et à l'action des forces naturelles, il se mettrait bientôt dans un état d'infériorité proche de la ruine. Il ne peutdonc maintenirses revenus dans une juste proportion avec ses charges qu'en introduisant sans cesse dans son exploitation des améliorations scientiHques. Or, celles-ci réclament un autre travail que celui de la main-d'œuvre agricole proprement dite, el ce travail a droit, lui aussi, à une rémunération. La théorie ainsi présentée paraît difficile à réfuter.
Il est plus difficile encore de mal accueillir la délense des grandes propriétés nouvellement constituées dans la région de Ferrare. Comme il fallait s'y attendre en un pays où les grands mots et surtout ceux qui sont empruntés à l'antiquité ont plus de prestige que partout, les plus ignorants n'ont pas été les moins empressés ;i répéter le mot de latifundia et à l'accompagner de la phrase célèbre : latifundia perdidere Italiam. Mais la grande, même la très grande propriété n'est pas nécessairement équivalente aux latifundia d'autrefois. L'idée
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qu'on doit se faire historiquement de ces derniers se présente sousplusieursaspects on ne peutplusdifïérents. Le premier est celui d'un sol mal cultivé, donc peu productif à cause de la pauvreté des terrains et des énormes dépenses qu'il exigerait pour porter des cultures appropriées, ou bien encore une terre restant comme abandonnée par le propriétaire qui ne sait ni la cultiver lui-même, ni la vendre. Chaque portion de ce qu'il garde rend très peu ; mais toutes réunies lui constituent, par leur étendue, des revenus dont il se contente. Sous ces deux formes plus aisées à trouver dans l'Italie méridionale, les latifundia marquent une décadence profonde, laquelle appellerait des remèdes héroïques. Mais il est, d'autre part, des propriétés d'une étendue considérable auxquelles on peut encore convenir, dans son sens littéral et primitif, le mot latifundia, nullement l'ensemble des idées défavorables qui se sont peu à peu groupées autour du mot. Loin de marquer une décadence, la formation de ces propriétés est plutôt le signe d'un progrès et, comme ledit l'honorable M. Xiccolini, l'aube d'une ère nouvelle pour des régions qu'il s'agissait en quelque sorte de créer ou de refaire à nouveau avant de les cultiver. Près des em* bouchures du Pô, c'étaient d'immenses lagunes où disparaissait çà et là quelque misérable poste de pêcheurs bravant la malaria sous un ciel toujours chargé de nuages bas et lourds ; seuls émergeaient encore les clochers silencieux qui rappelaient les abbayes ruinées. C'est sur ces lagunes qu'après plusieurs insuccès corn* mencèrent, en 1879, les travaux d'où sortirent, en
trente années, 80.000 hectares de terre assainies et fertilisées : le prix du sol y est monté de 40 ou 50 lires à 4 et 500 par hectare. Pour attirer et fixer des familles de paysans là où il n'y avait encore ni centres ébauchés, ni routes tracées, ni adduction d'eau potable, il fallait recourir à des procédés modernes et scientifiques ; car il était bien évident que tout le travail destiné, par exemple, à creuser les canaux grands et petits exigeait une opération d'ensemble gigantesque. De cette entreprise se chargea la grande propriété si flétrie en certains milieux sous le nom de capitaliste. Elle fut représentée par de riches particuliers, comme le prince Torlonia, mais aussi par de puissantes sociétés comme la Société turinoise, la Banque d'Italie, la Société de Lodi et aussi une société suisse.
Plus récemment, la société connue sous le nom de Jnstituto dei fondi rusiici^ s'est fondée en 1906 avec un capital de dix millions porté ensuite à vingt-cinq. Les titres de propriété, qui n'étaient d'abord que 610, sont maintenant au nombre de 3.329. Jusqu'ici ces titres ont rapporté un intérêt de 3 0/0.
Le premier caractère de ces grandes entreprises devait être nécessairement la concentration de la technique agricole avec machinerie à longue portée et sous une direction maîtresse. Or, une fois établie à grands frais, une telle organisation peut difficilement se démembrer : elle représente des capitaux auxquels de petites et même moyennes exploitations ne peuvent se substituer, pas plus qu'elles ne peuvent s'en affranchir. Du moins faudra-t-il beaucoup de temps pour que ces
premières dépenses soient amorties, pour qu'on puisse réaliser par des servitudes ou des contributions particulières l'équivalent de la valeur créée. C'est ainsi d'ailleurs que des anciens latifondia des communautés ou des familles nobles de la Tunisie, nos capitalistes français ont fait des latifondia nouveaux, scientifiquement exploités. C'est peu à peu que peuvent s'en détacher ou se créer tout à côté, pour profiter des améliorations dues à un tel voisinage, de petites propriétés individuelles.
En attendant, il a fallu exploiter par salariés ; ce fut là le second caractère de l'entreprise : il n'avait rien que de normal.
Mais la démographie de la région en imposa bien vite un troisième, qui devait être le plus dangereux, de beaucoup. La population résidente était et est encore, dans les environs immédiats, absolument insuffisante : il fallut recourir à une main d'oeuvre d'immigration saisonnière. Une immigration définitive de familles venant s'établir à poste fixe eût été un bienfait pour le pays, si on avait pu la généraliser : car dans le bas Ferrarais la population rurale n'est que de 50 habitants par kilomètre carré, tandis que dans la patrie occidentale de la province elle atteint 700. Quant aux arrivages et aux départs périodiques d'ouvriers agricoles cessant d'avoir un foyer stable, on sait qu'ils ont partout des inconvénients nombreux. Le plus sensible en la circonstance fut que de Vénétie, de Romagne et d'ailleurs il en vint beaucoup et qu'une fois les grands travaux de défrichement et d'installation terminés, im-
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migrants stabilisés et immigïantg simploment saisonniers se trouvèrent trop nombreux. Là fut l'origine d'une crise qui devint très intense, et peu s'en fallut qu'elle ne s'étendit à presque toute l'Italie rurale.
Eût'il été possible de prévenir ces affluences périlleuses par une organisation méthodique du recrutement et de l'embauchage, quelques uns diront par des contrats collectifs de travail? Peut-être, mais cela on le dit encore au sujet de la grande émigration, de l'émigration en Amérique. Tandis qu'on en sent la nécessité, qu'on la proclame de tous les côtés, qu'on annonce qu'on va prendre enfin les mesures voulues, les espérances individuelles continuent cependant ici et là à ignorer ou à braver les difficultés. Celles-ci apparurent assez redoutables quand éclata l'inévitable crise.
Si la propriété eût pu décliner surtout les offres des ouvriers libres et témoigner efficacement ses préférences pour les engagés à l'année, la transition eût été facilitée. Ce fut le mouvement contraire qui s'opéra. Le groupe des engagés à l'année, c'est-à-dire des gens qui veulent de la sécurité, diminua de jouren jour.
La masse confuse des journaliers resta sur place et augmenta. Les exploitations ne pouvaient faire autrement que de décliner les demandes de travail d'un très grand nombre. Alors les inoccupés réclamèrent à cris de plus en plus bruyants ce que les foules réclament en pareil cas, c'est-à-dire des remèdes de nature à développer le mal et à l'envenimer. On exigea d'abord des secours qui devaient, là comme partout, attirer auprès des vrais travailleurs, regrettant leurs occupations de
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la veille, les gons qui accourent expressément pour obtenir d'emblée les secours de chômage. On voulut ensuite des travaux publics qui ne pouvaient ou que s'organiser avec lenteur, d'après un plan mûrement étudié, ou que s'improviser avec une hâte ruineuse et augmenter encore, par un appât exagéré, l'excès des immigrants. Les nouvelles idées, plus ou moins bien comprises, de solidarité aidant, on crut faire merveille que d'inventer la formule suivante ; ou les propriétaires feront travailler tout le monde ou personne ne travaillera ; l'alternative était également calamiteuse pour tout le monde.
De là les agitations et les grèves qui firent tant de bruit. Ce qui n'avait d'abord été qu'imprévoyance et ignorance devint bientôt, sous l'action des meneurs, un système armé et agressif.
Les socialistes ne pouvaient tarder en effet à s'emparer du mouvement, et ce fut bientôt comme un champ de bataille où tous les partis se rencontrèrent. Les difficultés avaient d'abord été purement économiques, surtout après les mauvaises récoltes de 1807. Mais -^ nous le savons tous — ce n'est pas quand les affaires vont mal pour le patron que les ouvriers s'agitent le plus, c'est quand elles vont assez bien pour lui promettre de gros bénéfices. Les années qui suivirent 1897 furent donc plus troublées encore, ainsi que d'ailleurs en font foi les statistiques criminelles. Les divergences des divers groupes politiques accrurent le désordre. Les purs conservateurs, demeurant dans une attente passive, se plaignaient de ne pas être assez défendus par
le gouvernement. Les libéraux, d'abord déconcertés, essayèrent de constituer des lignes défensives pour parer à l'action des ligues assaillantes. Les radicaux et les démocrates se divisèrent, les uns allant avec les libéraux, parce qu'ils craignaient pour les intérêts personnels, les autres se mêlant aux socialistes, mais avec la prétention de sauvegarder encore le droit de propriété. Les catholiques militants ou, si l'on veut, les cléricaux, fondèrent des unions professionnelles et adressèrent aux propriétaires des remontrances modérées. Devant cette dispersion des forces considérées comme ennemies, les socialistes redoublèrent d'ardeur. De 1901 à 1904 ils parvinrent à organiser des ligues qui prirent des proportions formidables. Loin de vouloir raréfier le nombre des ouvriers sans lendemain assuré, ils travaillèrent systématiquement à l'augmenter : car c'était chez ceuxlà qu'ils trouvaient les soldats les plus impétueux et plus dociles. Leur étaient suspects non seulement les petits propriétaires, les fermiers et les métayers, mais les travailleurs employés avec engagements annuels. Volontiers ils les eussent transformés tous en braccianti, c'est-à-dire en hommes ne disposant plus que de leurs bras, mais pesant sur les propriétaires par leur masse toujours croissante et par l'importance de plus en plus alarmante de leurs refus collectifs. Ce qui les perdit, ce fut surtout la tyrannie des meneurs, l'impossibilité où ils furent de tenir leurs promesses : d'un autre côté, l'attachement traditionnel à la stabilité des combinaisons rurales ramenait un grand nombre d'agités à une paix au moins relative et provisoire.
Ici, en effet, les socialistes avaient promis purement et simplement la possession de la terre à ceux qui ne l'avaient pas. De là même, en de certains endroits, un commencement de Jacquerie, mais qui ne pouvait à notre époque, aller bien loin. Ailleurs, dans la région de Ravenne, où la violence et on peut dire la perversité des sentiments s'allient à beaucoup de ruse et de calcul, il y eut des tentatives de coalition entre deux partis qui à l'heure actuelle sont littéralement à couteau tiré, les socialistes et les républicains. Les braccianti, journaliers instables, étaient gagnés au socialisme. Les colons partiaires, quelles que fussent les diversités de leurs contrats de partage, adhéraient plutôt au parti républicain qui, dans cette étrange portion du royaume, est généralement donné comme un parti bourgeois, attaché aux traditions de l'économie politique libérale. Là comme ailleurs, les socialistes souhaitaient la suppression du métayage, auquel ils en veulent de se considérer comme plus solidaire du propriétaire que de l'ouvrier.
Les uns et les autres cependant cherchèrent à s'entendre et ils parurent même s'être entendus, en paroles, dans un congrès tenu à Ravenne, les 25 et 26 mars 1905. D'après un ordre du jour, voté à l'unanimité comme tout ce qui est voté d'enthousiasme et à l'étourdie, les colons s'engageaient : 1° à limiter le terrain cultivé par chacun d'eux ; 2° à refuser tout travail de culture hors de leur propre fonds, de celui auquel ils étaient attachés par contrat ; 3° à faire cesser tout échange de travail entre familles de colons, de ma-
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niore à ce qu'une faraille stable moins occupée n'allât pas aider une autre famille stable à venir à bout de certaines tâches exceptionnelles, comme par exemple l'emploi des machines. Le but de ces trois stipulations était évidemment de réserver plus de travail aux journaliers, trop nombreux, mais désireux de se procurer quand môme des moyens d'existence plus satisfaisants. En retour, les braccianti s'engageaient à appuyer auprès des propriétaires les réclamations de leurs colons.
Comme il eût été facile de le prévoir, la combinaison votée ne tint pas dans la pratique. Le troisième article surtout rencontra d'invincibles résistances. Fidèlement appliqué, il eût rendu les journaliers seuls bénéficiaire et seuls maîtres des travaux les plus urgents, de ceux des moissonneuses et des batteuses ; il les eût par conséquentniis à memede faire capituler à volonté les propriétaire? ; mais les métayers firent semblant d'oublier leurs imprudentes promesses et continuèrent à prendre à leur compte des travaux qu'ils avaient promis de refuser. Alors les défiances, les jalousies des uns à l'égard des autres reprirent de plus belle. Cependant l'ère de la dé. cadence s'ouvrait pour les ligues socialistes. On a calculé qu'au moment du grand enthousiasme, dans l'été de 190i, ces ligues comptaient dans le pays ferrarais de 40 à 50.000 hommes. En 1907, le nombre n'en dépassait pas 10.000.
Toute cette agitation fut-elle sans résultats? Elle en eut, mais, ainsi qu'il arrive presque toujours, ils ne furent pas ceux qu'on attendait. L'honorable M. Niccolini, auquel je dois une bonne patrie de ces renseigne-
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ments, ol)serve que l'agitation profita surtout à ceux qui ne s'y laissaient aller qu'à regret, c'est-à-dire aux familles stables, déjà liées par des engagements et qui avaient par devers elles de quoi pouvoir bénéficier de l'imprévu. Dans ce tourbillon d'idées et de passions, ce qui disparut à jamais, ce fut cet ascendant indiscuté du propriétaire maintenant une sorte d'état patriarcal avec des traditions séculaires et quelques ententes verbales. La paix, un instant si compromise, ne se rétablit qu'avec des conventions discutées, révisées, et avec des contrats écrits. Partout les nouvelles conditions furent plus favorables aux métayers.
Les partis les plus avancés se félicitaient, cependant, de voir s'amoindrir l'ancien esprit de soumission et d'harmonie, et ils y travaillaient en hâtant la ruine des convictions et des pratiques religieuses, remplacées, se disaient-ils, par une instruction élémentaire plus répandue et par un esprit de critique devenu plus habituel. Bref, ils croyaient les circonstances favorables à une destruction en bloc du legs entier du passé. Mais si à ce jeu les propriétaires perdirent un peu, les journaliers, que les chefs socialistes avaient mis le plus en avant, y perdirent bien davantage, et ce furent eux surtout qui payèrent les frais.
D'abord fut enrayée la tendance socialiste à supprimer les contrats individuels, à transformer tous les travailleurs en salariés gardant à tout moment leur 11berté pour la lutte. Puis, les familles stables reprenant partout leurs habitudes et se réservant plus obstinément les bénéfices du travail à accomplir dans les terres
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à la culture desquelles leurs maîtres les associent, les journaliers en revinrent à sentir plus que jamais l'inconvénient d'être si nombreux et d'offrir plus de travail que les employeurs n'en peuvent accepter. De nouveau, ils réclamèrent des secours, des travaux publics, et ce qu'ils appellent la colonisation intérieure, autrement dit des terres à mettre en état dans telle ou telle partie encore arriérée de la péninsule. Ils ne réfléchissaient pas que l'on ne peut rien établir de tel que dans un sol déjà préparé, déjà pourvu des moyens d'exploitation et de communication nécessaires, et que là, précisément, est le rôle des entreprises capitalistes tant flétries.
Avant d'en venir à la situation tout à fait actuelle et aux efforts faits pour l'améliorer, remontons maintenant du côté de ce que les Italiens appellent les vieilles terres, autour des villes de Verceil, de Crémone, de Plaisance, de Parme, de Modène, et dans la partie occidentale des territoires de Bologne, de Ferrare. Là, ce n'est pas la nouveauté des créations et l'exagération des espérances récemment formées par des arrivants trop nombreux qui a fait le mal ; c'est un ensemble d'abus invétérés rendus plus cuisants par des excitations de plus en plus vives. C'est pourquoi il est nécessaire de revenir aux causes lointaines qui peuvent seules nous expliquer l'état d'hier et celui d'aujourd'hui.
Au moment où sévissaient les grèves du pays ferrarais, en 1902, un évoque très attentif aux questions sociales, Mgr Bonomelli, évêque de Crémone, adressait aux prêtres et aux fidèles de son diocèse une circulaire qui mérite de demeurer comme un document historique. Sans doute, les considérations religieuses y viennent au premier rang : avant tout, l'évoque tient à constater comment la lutte, qui avait paru à plusieurs être purement économique, se transformait véritablement en une série de luttes morales, religieuses, politiques, sociales. Il déplorait surtout que les uns et les autres, employeurs et employés, s'abandonnassent de plus en plus à un matérialisme brutal, oublieux de tout scrupule, insensible à toute idée de conciliation, exaspérant, en haut comme en bas, toutes les convoitises. Mais il ne s'en tenait pas à la phraséologie paternelle souvent usitée en pareil cas. Il prenait virilement la responsabilité de critiques franches et de conseils précis.
Aux ouvriers agricoles, il rappelait que si la grève est un droit, ce droit ne saurait être revendiqué avant l'expiration des engagements et l'achèvement du travail convenu : il condamnait plus encore la grève subite et perfide, en un moment où elle met le patron dans l'alternative de céder sans discussion ou d'être ruiné. Il ajoutait, bien entendu, qu'elle devait s'exercer sans violences et sans menaces, et que les griefs devaient toujours être soumis à l'arbitrage d'hommes compétents et désintéressés; car, disait-il, lorsqu'il y a un différend, nul ne peut équitablement se faire juge en sa
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propre cause : autrement ce n'est plus de la société, c'est de la guerre.
En face des ouvriers, la circulaire plaçait, non pas uniquement les propriétaires, mais les propriétaires et leurs gérants ou conducteurs de travaux, padronie condutlori di fondi : elle les unissait avec une insistance caractéristique et les enveloppait dans la sévérité des mêmes reproches. Toutefois, elle laissait voir aisément les nuances, c'est-à-dire ici l'absentéisme indifférent, là la dureté des exigences et de la cupidité. Mais les propriétaires étaient avertis que si le travailleur commençait par s'en prendre à leur représentant ou délégué, il ne tarderait pas, dans sa colère, à faire remonter jusqu'à eux la responsabilité de leurs souffrances.
Les griefs des paysans étaient-ils donc justifiés? Oui, disait la lettre épiscopale ; car on leur fait payer la semence de ver à soie au double de sa valeur ; car on les contraint de se servir uniquement du moulin du propriétaire ; car on ne les paie pas toujours au jour convenu, ou bien on les paie en grains avariés et on ne leur permet pas de vérifier leurs comptes : car on vend chèrement à de pauvres femmes, par des obligations fatigantes, le misérable droit de glaner dans les champs après la récolte ou de se reposer dans les étables pendant l'hiver ; car on force les ouvriers à travailler les jours de fêtes ; car on les loge dans des taudis humides, privés de lumière et d'air, si étroits que les sexes et les âges y sont mêlés honteusement ; car enfin, lorsqu'on engage un homme il est obligatoire que sa femme
soit engagée par cela môme, sans qu'on ait pris la peine de la consulter, comme l'exigerait le sentiment de la dignité personnelle. La circulaire épiscopale ne craignait pas de reprocher ensuite aux employeurs de donner l'exemple de la violation des engagements et de mettre tout d'un coup l'ouvrier dans l'alternative de subir des conditions plus dures ou de s'en aller sans ressources. Avec une grande perspicacité, que les événements paraissent de nature à justifier partout, en Italieet ailleurs, le prélat signalait le danger de laisser aller les choses au point où l'appel à la force armée devient nécessaire ; car disait-il, l'intervention de la troupe met le soldat en contact avec la foule dont il apprend les griefs, pour les partager en secret et ensuite pour les répandre à son tour quand il sera revenu dans ses foyers.
Avec moins de netteté dans l'articulation des sujets de plainte, c'est à peu près ce que répètent en 4908 les évoques de l'Emilie et l'évêque de Plaisance dans des lettres ou opuscules consacrés spécialement aux troubles agraires. Les salaires sont trop faibles, les logements trop insuffisants et trop coûteux, les patrons trop absents, les chefs de cuhure trop portés à abuser de leur autorité ; quant aux travailleurs, ils changent continuellement de résidence, de telle sorte qu'ils n'ont plus ni lieu fixe de travail, ni foyer, ni église, qu'ils vont de droite et de gauche comme un bétail, ici mené durement, là récalcitrant et prêt à se ruer aveuglément sur ceux qui abusent de la docilité.
Ces divers documents n'étaient sans doute accom»
pagnes d'aucune statistique et ne discutaient aucun chiffre ; mais il est certain que personne n'en a sérieusement contesté l'exactitude. Les autorités qu'on peut consulter le plus sûrement affirment qu'avant les grèves, le père de famille devait, pour travailler toute une journée dans l'eau des rizières, se contenter d'un salaire de 0 fr. 75 ou au plus 0 fr. 90. Sans doute le peuple italien se contente d'une nourriture frugale. Aujourd'hui même, dans la région la plus exigeante, dans celle qui a obtenu, de gré ou de force, les concessions les plus larges, à Ravenne, je vois dans les séries de prix qu'on veut bien me communiquer, que les salaires sont augmentésou diminués de 0 fr. 50 centimes pour les femmes et de 1 franc pour les hommes, suivant que la nourriture est comprise ou non. On estime donc que, malgré les hauts prix du sel et du sucre, un ouvrier peut se nourrir avec un franc et une ouvrière avec la moitié. Le taux d'estimation était beaucoup plus faible, il y a vingt ans, et pour cause ; mais si bas qu'on pût fixer alors d'après les habitudes courantes le cours de l'alimentation, et quels que fussent les très légers avantages qui étaient concédés ici ou là, c'était véritablement là salaires de famine. A qui s'en prenait-on ? Avant toutaux fermiers. C'était, et c'est encore un cri universel. Tout le long du Pô, on signale des fermiers devenus millionnaires en dix ans et achetant aisément les propriétés dont ils n'avaient d'abord eu que la gérance. « Le propriétaire va à pied, le fermier va en carosse », tel est le mot du peuple, en maint village. Toutefois on rend implicitement justice
à leur activité et à leur entente : car on affirme que ce sont eux qui ont supporté l'élévation des salaires et que la différence a été payée exclusivement par eux. Le taux des fermages n'a en effet point baissé, bien qu'à Verceil, le pays par excellence des rizières, les salaires aient monté jusqu'à 3 francs pour les hommes et à 2 francs pour les femmes. Peut-être faut-il se délier de certains chiffres officiels ; car on met quelquefois en avant les chiffres les plus élevés comme s'ils étaient les chiffres moyens. Dans une revue très sérieuse, la Rivisia internazionale di scienze sociali, je vois que des propriétaires se lamentent d'avoir à payer des ouvriers des champs 1 fr. 50 par jour. En tout cas, ce dernier taux serait encore le double de ce qui était courant avant les grèves. Gomment les fermiers ont-ils suffi à de telles variations ? Les uns ont surtout amélioré leurs cultures, les autres ont surtout fait des économies. Bref, on se dispute les fermes avec autant d'empressement qu'auparavant.
Tous ceux qui suivent de près ces mouvements dans l'esprit le plus pacifique ne se dissimulent pas que ces changements dans le sort des travailleurs ont été dus aux efforts des socialistes. Lesévéques, les professeurs de grands séminaires, les directeurs d'œuvres sociales que j'ai pu consulter depuis Turin jusqu'à Ravenne ne se bornent pas à l'avouer timidement ; ils le proclament et le déplorent avec une égale franchise et une égale vivacité. Ils sont désolés que l'initiative n'ait pas été prise à temps par les classes riches et par l'ancien clergé. Us en sont réduits à constater que, entraînés
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par leurs premiers succès, les socialistes multiplient leurs exigences et corrompent les mœurs du peuple sous prétexte de lui donner plus d'aisance et de l'affranchir encore davantage.
Cependant, si les hommes d'ordre et de bonne volonté désirent prendre leur revanche, les occasions ne sont pas encore h la veille de leur manquer. Les salaires majorés dont nous venons de parler ne s'appliquent guère qu'aux grands travaux ; mais ceux-ci sont intermittents, et tout le monde convient que les mois d'hiver sont durs à traverser, d'autant plus durs que si les fermiers se sont habilement retournés pour faire face à l'augmentation des dépenses, sans diminuer leurs bénéfices, ils l'ont fait surtout au détriment de la quantité et de la régularité de la main d'œuvre — c'est un point que l'enquête minutieuse faite au nom de la Société des agriculteurs italiens a solidement établi — ils ont suspendu ou ralenti des travaux qui s'exécutaient en mauvaise saison, et ils ont introduit plus de machines.
La fréquence des chômages vient donc bien atténuer ce que l'élévation de certains salaires avait paru apporter d'avantages. Aussi bon nombre de familles acceptent-elles la sécurité que leur offre une situation encore très connue dans toute la Haute-Italie, en particulier dans les provinces de Turin et de Novare. Le nom le plus répandu parce qu'il a les apparences les moins défavorables, est celui d'obligati. Mais on y substitue souvent celui de schiavandari, qui par l? racine même dont il provient réveille l'idé© d'une sorte de
ENQUETES SOCIALES^ ti$
servage. La fomilje est logée par le prppnétaiFe pu par le fermier, très rpgl logée, dn reste, plus pial que Jp bétail, il rp'a été aisé de m'en rendre compte, et un professeur de drojt de l'Université de Turin m'affirme que cet abus est général. Les pièces du rez-de-chaussée SQpt sur la terre nue. Avec cette habitation, la fapaille reçoit quelques hectolitres de p^aïs et de riz, un peu de bois de chauffage et un paiement annuel de 4 à 500 francs ; moyennant qijoi, rhomn^e doit, s^ins réservg, la totalité de son travail et celui de ses enfants de plus de 14 ans, Si cependant le nombre de ces derniers dépasse l.a moyenne, il pegt intervenir des stipulations spéciales. Lafenirpe p'est pastenuede çjonner son travail ; mais quand elle est einployée, elle ne reçoit que le tiers ou la nioitié du salaire courant du travajjjeur libre. Ajoutons qu'à ces familles est dénié le (droit de se grouper et de s'organiser. On estime qu'elles forment à peu près la moitié des travailleurs de la terpe ; car les travailleurs libres ayant à eu^,enplusde leurs l?ras, une petite propriété, oni aygflajerité. Ce n^ouvement sans doute est lent, mais il date de loin ; car il est établi que de 1750 à iî)05 les grandes propriétés ont d/mini^ié d'un tiers et que les propriétés de 100 à 5f)0 hectares ont aussi reculé, quoique dans de moindres propPF" tiens.
Les observations qui précèdent peuvent s'appliquer à toutes les parties irriguées rfe }a Haute Italie. Mais il est aisé de constater que plus on descend, plus on ya, par exemple, de Crémone à Plaisance, puis à Parme et à Modène, plus les plaintes ont été vives et la lutte des
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classes obstinée. Ce n'est pas que les misères de ces populations aient été plus grandes ; c'est que ces populations ont été plus travaillées par le socialisme contre lequel ne les défendait aussi bien ni le frein moral ni surtout le frein religieux. « Avez-vous beaucoup d'anticléricaux dans votre paroisse » ? demandai-je à un curé encore jeune que je rencontrais en chemin de fer aux environs de Mantoue. Il me répondit en riant : « 11 n'y a pas d'anticléricaux,parcequ'il n'y a pas de cléricaux». Et sur un ton plus sérieux, il ajouta : « Là où je suis, règne l'indifférence ; elle est pire que l'état de guerre » . Dans toute la basse région, la misère était vraiment intolérable ; comme elle n'a été soulagée que par la propagande socialiste, on n'y parle plus aujourd'hui que de lutte de classes et de partis politiques, et on a gagnés là beaucoup plus de colères que de satisfactions. Sans doute, la situation varie encore beaucoup de village à village, et lorsque dans une partie plus resserrée, la même circonscription administrative ou électorale comprend des fragments de pays montagneux, l'ensemble s'en trouve amélioré. Mais aucune organisation ne s'étant créée pour améliorer la situation des petites gens, le socialisme a trouvé là, comme on me le déclarait, un beau champ d'action. [I s'en est emparé, il y fait la loi avec une violence qui a produit les effets que l'on sait. Il est superflu de revenir ici sur les fameuses grèves de Parme, du printemps de 4908, si décrites, si commentées par la presse de tous les pays. Plus de 40.000 travailleurs des champs se mirent non seulement en grève, mais en révolte, et après avoir refusé le
travail, ils entendirent, selon les méthodes nouvelles, l'interdire à qui que ce fût. Ils défendaient de pourvoir au soin du bétail ; ils arrêtaient les troupeaux que les propriétaires envoyaient pâturer dans des provinces plus calmes, ils essayaient de faire rebrousser chemin aux trains de chemin de fer qui amenaient d'ailleurs des ouvriers. On vit des bandes de femmes se coucher à travers de la voie pour empêcher le mécanicien d'avancer. Donc là aussi, on fut à la veille d'une guerre civile et d'une jacquerie, les cultivateurs prétendant s'emparer purement et simplement des propriétés de leurs anciens maîtres.
L'ordre se rétablit cependant, au point que les conservateurs purent reprendre la municipalité de Parme, qu'ils détiennent encore au moment présent. Certes, la tranquillité règne dans les rapports extérieurs plus que dans les esprits. Mais enfin tout paraît aujourd'hui normal et pacifique. A quoi faut-il attribuer ce changement ? A bien des causes : d'abord à l'épuisement inévitable des forces un instant si surexcitées ; à l'impossibilité de ne pas s'arrêter soi-même ou de ne pas se laisser arrêter par la force publique dans les entreprises d'un caractère trop évidemment criminel. Puis, se produisirent deux phénomènes qui étaient plus ou moins faciles à prévoir. D'un côté les socialistes se discréditèrent par l'excès même de leurs excitations et de leurs promesses ; les déceptions arrivèrent donc et elles provoquèrent des récriminations d'autant plus amères que, parmi les meneurs, certains furent très embarrassés de rendre compte de l'état de leur
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caisse et que \eê indélicâtésgê§ de plus d'un Airent notoires, h'aiitre part les consefvateurs, surtout les pfopriétalt-es, s'entendirent; ils formèrent à leur tour une ligue où ils procédèrent avec un ttiélahge assez habile, îil'aiïlrme-t-on, de fermeté, pour ne pas dire plus, avec lés uns et d'esprit de conciliatiofi avec les autres.
Finalement, ici comme dans le pays fei'far&ls, on aboutit, malgré la dilférence deS points de dépâi*t, à Ce» deux conséquences, que lé sort des familles stables ou des obligati fut amélioré par la révision des contrats agraires et que le gôft des bt-dccianti, pour la plupart nomades, devint pire. Ces derniers luttent péniblement et avec peu de Sliecès, pafce qu'ils ne veulent pas voir les limites respectives dé ce qui est raisonnable et de ce qui ne l^ést pas. Ils réclament la suppression du travail à forfait, le paiement à la journée, l'emploi égal et itidistliict de tous les ouvriers qu'ils présentent. A ce que cette dernièfe pi*étetttioh a de difficile, pour ne pas dire d'impossible à accepter, ils croient obvier en boycottant les travailleurs venus du dehors et surtout ceux qui ne sont pas àflliliés à leurs ligues. On observe àUssi que la grande propHélé qui avait recours à eut par masses, tend visiblement à Se morceler. Des retours ou des envois de fonds d'émigrés facilitent la formation de propriétés moyennes. Plus d'un fermier enrichi et devenu propriétaire profite de son expérience poUr éviter les fautes de ses prédécesseurs : il travaille lui-même pour son propre compte. Les plus modestes, qu'ils opèrent sUr le bien d'autruî ou sur le leur propre, s'eftorCent de suffire âVec leur famille et de s'af-
franchir ainsi des braccianti ; ceux-ci diminuent donc peu à peu. C'est du moins ce que m'afïirme un membre instruit et attentif de notre Société française d'Économie Sociale, qui exerce son ministère en pays mantouan, 11 n'y a rien là qui puisse nous surprendre. N'a-t-il été établi chez nous par plus d'une enquête que la crainte des ouvriers syndiqués et de leurs exigences était peutêtre ce qui contribuait le plus à conserver, dans la petite propriété comme dans la petite industrie, des habitudes de travail familial, de modération et d'économie ?
Nous verrons plus tard quels sont, en dehors de l'émigration tant accrue, les remèdes essayés pour la consolidation de ces derniers avantages.