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A LA RECHERCHE DU PROGRES ECONOMIQUE

Les socialistes et les réformistes. — L'émigration. — Son évolution récente, ses oscillations, ses résultats. — Les interventions étatistes, les interventions municipales et les anciennes coutumes. — La participanza, son caractère archaïque, son analogie avec les biens communaux et les biens de bourgeois, ses écueils. — La boaria

Il convient de suivre ici les eflforts très divers que fait l'Italie pour améliorer celte situation. Commençons par les groupes qui se flattent de s'ouvrir un large champ d'action, un champ national et peut-être même mondial. Nous descendrons ensuite aux œuvres plus régionales et à certaines œuvres locales, puis enfin au parti qu'en tirent ici et là des énergies individuelles.

D'abord, que propose et que s'efForce de faire le socialisme italien ? Doctrinalement il s'associe toujours volontiers aux évolutions les plus récentes des sectes européennes. H le fait avec des démonstrations très

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ambitieuses, très amies des vastes programmes et des grands mots, mais aussi avec cette prudence avisée qui un peu plus tôt, un peu plus tard, le fait reculer devant les tentatives inutiles, à plus forte raison devant les risques trop périlleux.

Pendant une assez longue suite d'années, de 1877 à 1908, se sont succédé des congrès fort agités; de session en session la majorité changeait de camp. Aujourd'hui encorelesformesde l'agitation et ses méthodes paraissent très diverses. Les « Chambres de travail » diffèrent beaucoup les unes des autres. Un grand nombre, il est vrai, se groupent, mais pas autour des mêmes centres 1 Celles-ci sont affiliées à la Confédération générale du travail, celles-là vont à la Fédération des métiers : mais d'autres ligues encore aspirent à jouer le rôle de forces directrices. Il est toutefois deux grands partis entre lesquels se partagent à peu près à l'époque présente ceux qu'on s'était habitué à dénommer socialistes : ce sont le parti réformiste et le parti syndicaliste révolutionnaire.

Les réformistes ne voient plus dans Karl Marx qu'un précurseur compromis par des erreurs manifestes en histoire et en sociologie. Ni sa théorie trop absolue de la plus value, ni ses prophéties sur l'accroissemnt indéfini de la misère en régime capitaliste et sur la catastrophe soi-disant inévitable, ne peuvent plus se prendre au sérieux. Mais ce qui subsiste et se propage, c'est l'esprit matérialiste du système. C'est pourquoi, tout en se proclamant fort modérés, ennemis de la violence, partisans de la liberté des croyances, les réformistes

voient dans le christianisme un ennemi, à écarter insensiblement, insinuent les plus habiles, à combattre ouvertement, déclarent les plus sincères. Les uns lui reprochent d'accepter une discipline spirituelle ; les autres lui en veulent de retarder par l'espérance d'une autre vie et par la résignation qu'elle inspire, l'élan émancipateur des prolétaires. L'Eglise aura donc beau créer des œuvres pratiques; non seulement ils ne lui en sauront aucun gré, mais ils s'en feront contre elle un grief nouveau. Ils l'accuserontde plus bellede prétendre à la domination politique, c'est-à-dire de mettre obstacle à la leur. On le voit, il n'y a là rien d'original, rien qui les différencie de leurs émules européens. Ajoutons que les réformistes italiens attendent beaucoup, eux aussi, de la législation et de l'action de l'État. Ils ont donc un programme électoral et qui, dans l'état actuel des esprits, n'a rien d'inattendu. Ils réclament l'indemnité parlementaire, la laïcisation des écoles, le dégrèvement des objets de consommation, la protection contre les accidents, la réduction des dépenses militaires, le service de deux ans, des pensions de l'État pour les invalides et les vieillards, enfin une révision des impôts en vue de frapper plus fortement les familles riches.

Devant ce programme qu'il juge tout à fait insuffisant, le syndicalisme s'écrie que c'est là delà démocratie, du radicalisme, du socialisme même, si l'on veut, mais que toutes ces choses sont terriblement arriérées. Un syndicaliste italien, collaborateur d'une publication française, les enveloppe toutes dans un môme mépris. « Le parti socialiste italien, dit-il, est un parti quasiment

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radical, avec, en plus, une nuance de ridicule qui, en démocratie, ne gâte rien *. Il ajoute : « Le parti socialiste est devenu un amorphe ramassis de professionnels de la pensée, de déchets de la bourgeoisie, d'ouvriers politiciens. Le parti chante des hymnes à l'anticléricalisme, refuge facile des démocrates de tous les pays... La démocratie socialiste italienne est le dernier asile de toutes les scories delà démocratie radicale ^1). »

Qu'est-ce donc, de son côté, que le syndicalisme de la péninsule, et quels projets met-il en circulation pour son propre compte ? En Italie comme en France, le syndicalisme est bien loin de se réduire purement et simplement à ce que les allemands appelleraient la politique syndicale, c'est-à-dire à l'essor libre et pacifique des syndicats professionnels. Avant tout il est révolutionnaire et, malgré la dénomination dont il se couvre, il est non pas le défenseur, mais l'ennemi des syndicats indépendants. 11 ne veut pas de partis, car la classe laborieuse doit se suffire à elle-même et trouver en elle-même ses moyens d'action ; il ne veut pas et, il le dit expressément, de corporations fermées, se distinguant de la grande masse anonyme du prolétariat. Seulement, cette masse anonyme n'est pas destinée à se gouverner et à se conduire elle-même comme une démocratie où tout le monde se réclame également des

(1) Labriola. Voir la brochure : Syndicalisme et Socialisme. Paris. Marcel Rivière, 1908. Les publications plus récentes du mouvement prolétarien «(cette dernière épithète substituée depuis peu à l'épithète de socialiste »)ne font qu'accentuer ce mouvement d'idées.

droits du citoyen : elle eâl faite pour (Hre entraînée par des minorités d'hommes résolus et violents.

Malgré les imprécations méprisantes ou tragiques qu'elles se lancent l'une contre l'autre, ces deux sectes ont cependant, au fond, cette même théorie, que la classe des non capitalistes doit profiter de toutes les circonstances, quelles qu'elles soient^ pour prendre tout ce qu'elle peut prendre. Point déprogramme trop arrêté ; car ce mot môme d' « arrêté » ferme trop la porte à l'imprévu, aux aventures, aux «ecooisses subites et la veille encore inespérées. Un journal turinois du 10 août 1909 résumait ainsi à ce sujet, d'après une conférence de Bernstein, les idées commune* à tous ces agitateurs : « les travailleurs modernes ne sont pas — comme les autres classes qui craignent toujours de perdre quelque chose — conservateurs du passé ; ils cherchent à aller sans cesse de l'avant. » Ici, sans doute, il y a une nuance. Les réformistes, disent-ils, ne veulent pas seulement aller de l'avant, ils entendent aller plus haut, car ils seproposent de constituer des forces organisées et organisées scientifiquement, Les syndicalistes révolutionnaires professent que l'essentiel est d'agiter, de troubler, dedissoudre toute organisation particulière et permanente afin de laisser la voie libre à celle qu'en un moment donné ils imposeront aux masses ; mais les uns et les autres ont en commun cette fausse idée que les prolétaires n'ont rien à perdre atout ce qui inquiète, moleste ou appauvrit la classe capitaliste, et que rien de ce qui la frappe n'a contre eux de répercussion I qu'on la frappe donc, si on le peut, sans re-

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garder aux conséquences, et que l'on profite hardiment des occasions, toutes sont bonnes 1

Telle est la théorie. Sans parler de l'expérience acquise ailleurs, les résultats constatés des dernières grèves de Parme et de Ferrare sont assez de nature à l'ébranler, puisqu'ilsdémontrent que ceux qui attendent le plus d'avantages des troubles provoqués par euxmêmes sont rarement ceux qui ont le plus à se louer des conséquences. Ils prouvent surtout que ni la production industrielle ni la production agricole n'ont rien à gagner à de semblables méthodes. Mais en Italie le théoricien, comme l'orateur, comme le politicien, est toujours souple, même quand il proclame très haut son intransigeance. Dans les moments où il rencontre trop d'obstacles, soit dans les résistances extérieures des classes possédantes et du pouvoir, soit dans les divisions et dans la fatigue des masses, le syndicaliste révolutionnaire a une façon assez commode de se tirer d'embarras. Il distingue entre la vérité destinée à triompher... un jour, parce qu'elle est la vérité, et les nécessités contingentes et transitoires qu'il ne faut pas prendre la responsabilité de braver... quand on n'a pas encore les moyens d'en venir à bout 1\

Le peuple italien en général doit bien avoir le senti-

(1). La théorie du syndicalisme révolutionnaire qui a été résumée plus haut était développée par Labriolaen 1907 dans une grande réunion internalionale. La distinction présente a été défendue par lui-même dans un article d'un journal de Rome {La Propagande du 21 août 1909) intitulé : La crisi del sindicalismo.

ment de ce que cette distinction a de prudence commandée ; car, au lieu de s'obstiner à poursuivre par la guerre des classes et par la grève systématique un impossible nivellement, il demande de plus en plus à l'émigration l'allégement de ses plus grosses misères.

Le développement de l'émigration italienne est certainement un des phénomènes les plus curieux de la démographie des peuples contemporains. L'Italien n'a pas à fuir une patrie opprimée et découragée comme le sont l'Irlande et la Pologne ; il ne peut pas désespérer des ressources de son sol et de son climat. Voici cependant le mouvement ascendant de ses départs.

En 4872, on comptait hors de l'Italie environ 455.000 Italiens. En 1894, le nombre de ces expatriés était estimé à 1.983.000. En 1901, les calculs arrivaient à 3.350.000, dont plus de 2.500.000 hors d'Europe. De 1901 à 1904, cette foule d'émigrés s'accroissait d'environ 500.000 par an. Puis le flot monte encore : il atteint 726.000 en 1905 et 782.000 en 1907.

Faire la part du refoulement exercé par la misère intérieure, celle de l'entraînement de l'exemple et du désir qu'ont de se retrouver en quelque lieu que ce soit des familles ayant vécu de longues années côte à côté, discerner d'un autre côté l'action exercée par l'appel intéressé de l'étranger, puis par ces combinaisons usu-

raires, grâce auxquelles parlent d'Italie des gens qui s'imaginent faire une bonne affaire, parce qu'ils se laissent embarquer sans bourse délier, tout cela est difficile. Il est toutefois hors de doute que chacune de ces causes a son action. Les provoquer, les organiser, les amener à leur complet effet est devenu comme une industrie nationale. Dans un discours qui obtenait la chaleureuse approbation de tous ses coUègueg, M. le sénateur Villari affirmait qu'il n'y avait pas en Italie moins de 12.000 agents d'émigration. Le métier est facile : sous une forme ou sous une autre il se fait paver des deux côtés, peut-être de trois (1) ; il permet des déplacements qui ne coûtent guère ; car on voit continuellement de ces agents qui, après avoir été chercher leur clientèle, l'accompagnent jusqu'au port d'embarquement, non sans l'aider à se divertir.

C'est un spectacle qu'on a souvent dans les gares.

Après 1906 cependant, le mouvement parut devoir s'arrêter. En 1907 et 1908, il diminua : les deux années comptaient en effet, la première 84.000. la seconde 308.226 émigrants de moins que l'année 1906. La cause de ce ralentissement momentané est tellement connue qu'il suffit de le rappeler d'un mot : c'est la crise économique des États-Unis. Dans ces deux années, c'est surtout l'émigration dans l'Amérique du Nord qui faiblit. L'Europe souffrait sans doute elle-même de la crise universelle, et elle aussi diminuait ses demandes

(1) Du côté des partants, du côté de ceux qui les attendent et enfin de ceux qui les transportent.

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d'ouvriers supplémentaires ; mais elle soufFrait moins et décourageait moins ceux qui s'oIVraient. Si l'émigration totale se réduisait à 500,000 en chiffres ronds, on devait faire la distinction suivante. Alors que l'émigration italienne transocéanique tombait de 511.435 à 238.578 (soit une diminution de 273.362) l'émigration pour l'Europe et le bassin de la Méditerranée ne baissait que de 27.041, tombant de 276.041 à 240.101. Enlin, dans l'émigration pour l'Argentine, pour la Plata, la baisse était plus faible et durait moins que dans l'émigration pour l'Amérique du Nord.

La crise de ces derniers États étant close, l'émigration péninsulaire ne tardait pas d'ailleurs à reprendre son mouvement ascendant. Dans les sept premiers mois de 1909, l'émigration transocéanique enregistrée dans les ports italiens et dans le port du Havre, présentait sur les sept premiers mois de 1908, un accroissement de 159.426, presque tous à destination des États-Unis. Le premier trimestre de 1910 ne voit pas ce double mouvement s'accentuer, il voit même, semble-t-il, diminuer légèrement les départs pour l'Amérique du Sud, sinon pour celle du Nord. Nous ne sommes pas encore en mesure de dégager la véritable signification de ce dernier mouvement ou de cette oscillation probablement momentanée. Quelques symptômes cependant donnent à croire que le gouvernement italien n'est pas aussi satisfait qu'il eût voulu l'être de la politique suivie à son égard par la République Argentine. Les journaux qui en vantèrent le plus la prospérité ont commencé k y dénoncer avec énergie de nombreux abus. Il est à

croire qu'il y a un mot d'ordre pour refréner l'enlhousiasme avec lequel les sujets du royaume se portaient dans la république Sud-Américaine.

En regard des départs, il faut, il est vrai, noter les retours. Alors que l'Amérique appelait moins et retetenait moins, la force relative du rappel de la métropole devait augmenter d'autant. Aussi, dans les sept premiers mois de 1908, avait-on vu débarquer dans les ports italiens 174.290 émigrés revenant dans la mère patrie et, dans les sept premiers mois de 1909, la vie économique reprenant son essor aux États-Unis, n'en revenait-il plus que 22.298 émigrés. C'était 11 1.518 de plus qui restaient dans la grande république, devenue plus hospitalière.

De quelle nature sont ces retours ? Il ne faut pas y voir uniquement, ni même principalement (tant s'en faut) des suites de l'insuccès ou des conséquences de départs trop mal préparés. Sans doute les États-Unis deviennent sévères : ils ne tiennent pas seulement à la quantité, ils tiennent à la qualité des immigrants. Chaque année ils repoussent à l'arrivée plusieurs milliers d'Italiens frappés trop visiblement de tares diverses (1), auxquels se joignentplusieurs autres milliers (2) de leurs compatriotes trop pauvres que les consuls font vite rapatrier avec des billets à prix réduits; mais, somme toute, l'immense majorité de ces retours sont volontaires. Pendant longtemps on put supposer que l'émigra-

(1) On en cnmptait 4.030 dans les sept derniers mois de 1909. (•2) 4.313 dans la période qui vient d'èlre indiquée

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lion transocéanique était une émigration délinitive et l'émigration en Europe et dans le bassin de la Méditerranée une émigration temporaire. C'est là une distinction qui va s'elfaçant de plus en plus : le pays de destination a cessé d'être un indice sûr du caractère plus ou moins permanent de l'expatriation. Presque tous ceux qui se rendent de Sicile en Tunisie, se fixent dans ce dernier pays si voisin. Beaucoup d'émigrants qui sont restés de longues années en Suisse ou en France finiront par s'y établir en s'y mariant. En 1901, la statistique officielle du royaume comptait en Europe 654.053 Italiens ; sur ce nombre il y en avait en France 291.886, sans compter les naturalisés qu'on estimait être 300.000. D'autre part, les facilités croissantes des communications maritimes font que des escouades de travailleurs vont en Amérique exécuter des travaux saisonniers, comme les Belges et — depuis quelque temps — les Polonais viennent dans la Brie, dans la Normandie, uniquement pour y faire la moisson et s'en retournent chez eux. On en rencontre qui, suivant les appels des camarades ou ceux des entrepreneurs et des agents, ont travaillé dans des chantiers de construction ou dans des usines de Lorraine, puis de Provence, puis d'Algérie : peut-être repasseront-ils par Buenos-Ayres avant de rentrer dans leur Piémont ou dans leur Pouille. Beaucoup meurent, soit d'accidents de travail, soit de tuberculose. Un très grand nombre reviennent au bout de six, sept, huit, dix ans. Gomme il y a un va-et-vient continu de départs et de retours, il est difficile d'arrêter le bilan à un certain jour et de supputer les pertes

définitives dont a pu souffrir la population du royaume. 11 est certain qu'elles sont considérables (1).

Mais le mot de perte est-il ici le mot qui s'impose ? Il est très discuté. Au point de vue même de la population proprement dite, l'économiste peut dire que ces pertes préservent l'Italie du surpeuplement ou du moins d'une disproportion calamiteuse entre un accroissement très rapide des naissances et un accroissement très lent des ressources métropolitaines. Mais ce n'est point encore là ce qui fait trouver à l'émigration le plus de vertus aux yeux mêmes de ceux qui restent. Les émigrés italiens sont habitués à la sobriété : ils économisent donc au loin, et comme beaucoup sont partis en laissant leur famille jeune encore, ils envoient régulièrement des subsides à ceux dont ils ont gardé la responsabilité. Ces envois qui étaient estimés, dans une période antérieure, à 300 ou 350 millions, ne sont pas très loin, dit-on, d'atteindre aujourd'hui 500 millions, d'aucuns prétendent qu'ils vont plus haut encore.

(1). En une année — l'année 1908 — la statistique officielle donnait ainsi l'analyse des professions relevées, chez 372.000 émigrés du sexe masculin :

Agriculteurs 122.6ÎJ5

Journaliers et terrassiers 129.109

Maçons, manœuvres, tailleurs de pierre. 36.009 Ouvriers d'industrie 40.213

Les professions libérales (en y comprenant les artistes de théâtre) n'atteif.'naient pas 4.800. Le reste se composait de domestiques, de gens adonnés à des professions... changeantes... ou inconnues. On remarquera qu'entre les deux premières catégories, la différence est difficile à établir. En somme, les unet et les autres sont enlevées à la terre.

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Ces centaines de millions, ce milliard, ont le don d'hypnotiser la plupart des calculateurs. II est relativement facile de faire en peu de temps le total des envois par la poste ou par les banques : et alors on a sous les yeux cette grosse somme qui dit beaucoup en peu de mots. Calculer ce que le travail bien dirigé de tous ces hommes aurait pu produire en Italie môme est à coup sur moins aisé. Ce qui présentement fait pencher la balance en faveur du rendement économique de l'émigration, c'est que, dans les conditions actuelles précisément, le travail de l'ouvrier restant dans le royaume ne produit ni pour lui ni pour le pays ce qu'il produit dans la plupart des États européens ; c'est aussi que, ni les progrès agricoles, ni ceux de l'outillage industriel ne suffisent à employer et surtout à rémunérer convenablement un assez grand nombre de bras. La situation du trésor public est excellente; car elle est aménagée avec cette habileté traditionnelle et cette obstination dans la prudence à laquelle tous les hommes compétents rendent hommage; mais on sait comment ces résultats auxquels on ne veut sacrifier aucune des dépenses caractéristiques des grands États, ne sont possibles en Italie qu'avec un système d'impôts grevant tous les consommateurs et n'en laissant échapper aucun. De là pour tant de prolétaires la nécessité ou de réclamer une élévation de salaires que le pays ne peut pas supporter — ou de s'en aller. Si l'émigration se ralentit, la concurrence y ajoute ses inévitables effets. Aussi en 1906 et 1907, années où la crise américaine forçait un plus grand nombre de travailleurs à rester

sur le sol natal et à s'y disputer les emplois, les grèves industrielles se multiplaient-elles. On n'en avait compté que 628 en 1905 : elles atteignaient 1964 en 1904 et 1543 en J908, pour retomber à 952 en 1909, année où l'émigration remontait. Les pauvres gens ne comprennent pas beaucoup la loi de l'offre et de la demande. Ils ne se rendent compte que de leurs besoins et de l'insuffisance de leurs salaires : ils se révoltent ou du moins ils essaient de peser sur les patrons et de vaincre leur résistance.

Pour le moment donc toute l'Italie du Nord semble d'accord sur les avantages économiques de l'émigration. On y voit tout à la fois un canal de dérivation pour les misères que le travail national ne suffit pas à soulager et comme une source de capitaux à faire déverser sur la métropole. Sur les autres genres des conséquences les avis sont beaucoup plus partagés.

L'émigrant italien qui séjourne et celui même qui se fixe en pays étrangers accroit-il, autant que le patriotisme le voudrait, le trafic et, par suite, l'industrie de la mère-partie ? Non ; car il est généralement trop pauvre et trop ignorant. Il est de plus en conflit avec des organisations commerciales trop puissantes et d'une organisation trop supérieure encore. Ni le prestige du génie national et de ses grands souvenirs, ni l'action sociale de ses représentants actuels ne sont à la veille d'y suffire. Ce sont des hommes tels que le vénéré sénateur M. Villari, ou que les rédacteurs si consciencieux de la fiivista internazionale qui nous le disent : les émigrés italiens, qui comptent tant d'illettrés, ou-

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blient d'autant plus vite la langue maternelle qu'ils n'en parlaient chez eux qu'un dialecte dégénéré ; puis, ils acceptent trop volontiers des emplois dont les autres émigrés ne veulent pas. Ils touchent des salaires qui leur paraissent considérables. Ils en économisent une grosse part ; puis ils prennent de petites entreprises; ils prêtent aux nouveaux venus contre bons intérêts. C'est par ces moyens peu compliqués que la masse se tire d'affaire. Pendant longtemps on a été jusqu'à dire que l'émigration de tant d'Italiens, comme aussi de tant de Slaves indigents remplaçait tout simplement pour les Américains la traite des noirs et leur produisait même davantage. Depuis quelques années, il y a eu certainement bien des progrès réalisés par les efforts des sociétés italiennes, comme la société Alighieri, et par les voyages périodiques de certains prêtres allant fonder, puis inspecter des groupements avec un zèle patriotique et une charité digne des plus grands éloges (1). Mais dans ces immenses régions, le rayonnement de pareilles tentatives a de la peine à aller bien loin. On peut dire d'elles ce qu'un recueil italien disait des consuls auxquels plus d'un politicien effecte de reprocher leur insuffisance : entre l'un et l'autre il y a très souvent aussi loin que de Naples à Vienne. On fait

(1) On aime à citer, par exemple, Don Pietro Bandini, fondateur à New-York, de la société de Saint-Josepli. Ayant trouvé toute une colonie agricole de compatriotes travaillant un pays horriblement malsain et avec un régime des plus durs, il avait acquis pour eux une vaste tenure, il les y avait transportés et leur avait partagé ce nouveau séjour en le subdivisant par parcelles.

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observer enfin qiié toutes ces organisations rudimentaires et dissémirtées ont pris surtout les allures de sociétés de bienfaisance, allant — ce qui est très compréhensible — • au plus pressé, selon ce que leurs ressources trèâl limitées leur permettent. Les organisations économiques préparant des bienfaits plus lointains, mais plus étendus et plus durables, sont encore beaucoup trop râfes.

Que dirons-nous maintenant de ceux qui reviennent? J'ai rappelé l'opinion avantageuse qu'une revue américaine prétendait donner de l'influence de la nouvelle race ; elle nous montrait le nouveau monde régénérant l'ancien, en lui renvoyant des organismes reforgés, retrempés< tout prêts pour des œuvres de plus grande envergure. J'ai dit aussi combien il fallait en rabattre. De l'aveu général des Italiens, la plupart de ceux qui reviennent de la grande fournaise en rapportent surtout de la f£ltigue et un impérieux besoin de repos. Un comité de Florence a conduit à ce sujet une enquête (1) dont les résultats sont significatifs. Les rapatriés, est-il dit textuellement dans les réponses faites à son questionnalfe (2), « reviennent incapables de reprendre le travail des champs, très méprisants pour leur pays et très patesseux ». Ils affectent, à l'égard de ceux qu'ils retrouvent, cette supériorité de l'homme qui a vu d'autres pays, d'autres mœurs, d'autres habitudes ; mais

(i) voir la Rivista intcrnazionaîe de décembre 1909.

(2) II est vrai qu'il s'af^issait particulièrement du Midi. J'ai montré plus haut qu'il en était un peu autrement dans lé Piémont.

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dans leur cas c'est là une supériorité toute apparente sous laquelle ne se sentent ni connaissances mûries ni fortes volontés. Ceux qui se sont élevés aux unes et aux autres sont probablement demeurés là où ils avaient appris de plus l'art d'en faire un usage fructueux. On en cite en efiet quelques-uns ; sur de tels nombres, il serait surprenant qu'il n'y en eut pas. Quant à ceux qui ont voulu revoir le sol natal, ils se bornent à prendre en dérision les bas salaires et les longues journées de travail de l'Ilalie. Si les cinq ou six mille francs qu'ils

; rapportent avec eux et dont la plupart de leurs camarades se contentent, ne leur suffisent pas, ils aiment

ï encore mieux se reposer quelques mois et repartir pour l'Amérique, afin d'y compléter définitivement de quoi s'assurer le classique farniente pour le reste de leurs jours.

Nous touchons ici aux résultats d'ordre moral. Toute l'Italie les juge sévèrement. On peut même dire qu'elle est encore plus d'accord pour les trouver détestables que pour juger avantageux les résultats financiers. Or il est impossible qu'à la longue, une action de cette nature ne réagisse point sur la situation économique pour l'aggraver. Mais on nous permettra de réserver cet examen pour l'instant où nous aurons à analyser le mouvement de la criminalité dans l'ensemble du royaume.

Ce n'est pas seulement dans les jours de difficultés graves et de luttes aiguës que l'italien réclame Tinter-

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vention de l'État et des municipalités ; il la réclame même pour bien des choses ; il voudrait des pharmacies municipales, des boucheries municipales, des maisons à bon marché municipales ; il voudrait aussi que le pouvoir entreprit sur un grand nombre de points ce qu'il appelle la colonisation intérieure, c'est-à-dire l'installation de familles agricoles — ou soi-disant telles — sur des territoires encore incultes ou négligés à cause de la trop grande étendue des domaines dans la péninsule môme. Jusqu'ici ces différentes tentatives n'ont pas eu grand succès.

Les échecs les plus lourds ont été — comme on aurait pu s'y attendre — ceux des boucheries municipales. Celle de Cesena en arrivait au bout de peu de temps à vendre la viande plus cher que les boucheries libres. A Vicence, ce fut un véritable désastre.

Les espérances que quelques-uns tenaient quand même à concevoir sur les méthodes industrielles de l'État ne trouvaient pas beaucoup d'encouragement dans l'expérience des chemins de fer. Les dépenses d'exploitation du réseau se sont accrues de 13,26 pour 100 en 1907-1908 et de 5,53pourl00 en 1908-1909, alors que les recettes annuelles n'augmentaient que de 9,97 et de 2,77(1).

La construction d'habitations ouvrières aux frais des budgets publics ne semble pas avoir mieux marché. Une organisation de comités locaux liés à un comité central sous l'autorité du ministre de l'agriculture a fait

(1) L'Êeonomista de janvier 1910.

bien vite éclore une bureaucratie « compliquée, impersonnelle et naturellement coûteuse » — ce sont là les termes d'un journal très modéré. Les membres de la commission centrale touchaient des jetons de présence de dix lires — sans parler des « facilités » de déplacement. Or, le plus clair effet de l'action de ces comités était de décourager les initiatives privées, personne n'osant affronter la concurrence d'un corps qui puisait à volonté dans la bourse des contribuables et n'était que trop enclin à ces combinaisons électorales d'où la corruption est si rarement absente. Aussi, malgré l'obstination de la municipalité de Florence, la seule qui veuille continuer encore ces expériences, proclamet-on de divers côtés la faillite de l'utopie.

La colonisation intérieure est une chose plus compliquée et où l'intervention de l'action publique se comprend mieux. On a donc essayé de coloniser la Sardaigne en y transportant des groupes entiers de travailleurs. Mais il se trouva que le nombre des disoccupati s'accroissait parmi eux de jour en jour : les résultats furent à peu près nuls. Quelques journaux des Romagnes avaient annoncé le départ pour la Basilicate d'une grosse bande de colonisateurs à qui le gouvernement fournirait des terres en cette contrée qui se dépeuple; on semblait même donner la chose comme faite. J'en ai demandé des nouvelles un an plus tard, et voici ce que, de Ravenne même, on m'a répondu : « 11 est vrai qu'un comité de personnes nommées par le gouvernement a été envoyé en Basilicate pour examiner la question et pour étudier la qualité des sols ;

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mais jusqu'à présent on n'a entendu parler d'aucun résultat. »

Ce n'est pas que l'État ne puisse et ne doive avoir ici un rôle et une action. Personne ne songe à nier l'utilité des travaux publics, quoique les grandes compagnies qui ont « bonifié », comme on l'a vu, les lagunes des embouchures du Pô ou les maremmes de la Toscane, aient suffi à faire par elles-mêmes des œuvres si considérables. Beaucoup néanmoins voudraient que des transformations de cette envergure fussent exécutées par l'État; car alors le passage de la grande à la petite propriété serait plus facile, la première n'ayant plus dès lors les exigences — légitimes d'ailleurs et d'autant plus difficiles à écarter — de ceux qui ont mis des capitaux dans l'entreprise et entendent bien les y laisser tant qu'ils s'en promettent une productivité croissante. Ce raisonnement est des plus spécieux. Mais ces aménagements par la puissance publique ne sont bienfaisants que quand le personnel des colons est tout prêt et n'attend, pour se disputer les lots, que la création ou tout au moins l'ébauche de tout ce qui constitue un centre de population (chemins, rues déjà tracées, eau potable...) Ainsi présentement, en Tunisie et en Algérie, l'administration dessine, pour ainsi dire, le squelette d'un village, et les colons qui étaient aux aguets viennent bientôt lui donner la vie.

Lorsque l'État prend l'initiative sans être ainsi sollicité, sans avoir le droit de compter d'avance sur des hommes munis, non seulement de bonnes volontés, mais de moyens d'action de nature à les soutenir, il a

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beau dépecer de grande domaines, il a jjeau dépenser beaucoup d'argent ; parmi les gens auxquels il délivre des terres, il en est trop qui les revendent peu à peu, de gré ou de force ; bientôt au latifundium d'Église ou d'État, se substitue, par toute une série de spéculations, un latifundium privé plus « capitaliste » que l'ancien. D'autre part, quand les conditions sont favorables, l'amour de la propriété et le désir de la stabilité savent bien se frayer la voie où l'État n'aura qu'à les aider comme il doit aider tous les contribuables par des secours utiles àtous.Cemouvement spontané, il est aussi difticile de le remplacer que de l'arrêter. C'est pourquoi, comme on n'a pu faire autrement que de l'observer, le raidi de l'Italie attend depuis des siècles une évolution agraire qui, dans une région limitée du Ferrarais, s'est accomplie d'elle-même en trente ans. Il est vrai qu'à côté de ceux qui ont bénéficié de l'évolution, s'agitent des milliers de mécontents qui — faute d'activité, de connaissances ou de crédit — n'ont pas pu s'agréger à cette élite ; mais c'est toujours aux méthodes de cette dernière qu'ils devront s'initier et s'habituer à leur tour, en quelque endroit qu'ils recherchent ou qu'on recherche pour eux un nouveau champ d'expérience et, s'il se peut, de dédommagement.

En a-t-on trouvé un dans le système de la participation (pflr/ici;7an;z«) ? Il ne s'agit pas ici précisément de propriété communiste et de collectivisme. On désigne simplement sous ce nom des concessions emphythéotiques faites dans la seconde moitié du xni® siècle par des seigneurs ecclésiastiques aux familles paysannes qui

les avaient aidés dans les défrichements. Le bénéfice en était réservé à leurs descendants légitimes et à eux seuls. C'est donc une institution archaïque qui rappelle un peu certains de nos biens communaux et beaucoup plus les « communes bourgeoises » de la Suisse. Gomme en Suisse, les descendants, dits privilégiés, formèrent un jour ou l'autre une minorité dans leurs villages. On cite, par exemple , San Giovanni in Persiceto où sur les 18.000 habitants d'aujourd'hui on ne compte plus que 1.287 « participants ». Ces minorités ne tardèrent pas à exciter la jalousie des immigrés qui réclamèrent leur part à titre de citoyens de la commune proprement dite, mais rencontrèrent une résistance très vive. Pour donner quelque satisfaction aux nouveaux venus, on consentit à les admettre à la participation, ici au bout de dix ans, là, au bout de cinq ans de domicile ; puis, les progrès de la culture aidant, on réduisit l'étendue des lots de manière à en avoir davantage à distribuer, lors du renouvellement des partages périodiques. En Italie comme ailleurs se sont fait jour à ce sujet deux opinions opposées : l'une tout individualiste, réclamant la vente de tous les biens, de manière à les faire rentrer dans le régime delà propriété privée, forcément plus productrice ; l'autre voulant, au contraire, étendre le système et en faire tout de suite comme une préparation au collectivisme pur et simple. Somme toute, c'est là une institution qui mérite d'être respectée pour ce qu'elle offre d'avantages, partout où les mœurs du milieu où elle subsiste s'en accommodent. 11 est même intéressant de savoir que là

OÙ elle fleurit encore, elle semble assurer une natalité plus forte, une population plus dense, une grande ardeur de chacun pour la culture de son petit lot, souvent agrandi par la sous-location d'un lot voisin ; il est à noter aussi qu'on voit quelquefois des émigrés venir d'Amérique expressément pour prendre part au tirage, quand les vingt années sont révolues ; n'oublions pas enfin que cette population résiste mieux que beaucoup d'autres à la propagande pour la grève et à la contagion du socialisme. On peut, il est vrai, se demander si c'est bien cette institution qui favorise de pareilles mœurs ou si ce sont ces mœurs qui la font aimer et qui lui valent son succès. Il parait bien, en tout cas, que de pareilles combinaisons doivent surtout leur persistance aux traditions locales et aux habitudes héréditaires dans lesquelles elles se sont insérées. Les ressusciter là où elles sont mortes, les implanter artificiellement là où elles n'ont pas de racines anciennes, faut-il y compter de notre temps ?

L'honorable M. Niccolini, auquel j'emprunte ici encore de très précieux renseignements, voudrait qu'on trouvât un intermédiaire entre la grande propriété servie par salariés et d'un autre côté les combinaisons variées du métayage et du fermage. 11 estime — rien de mieux admis du reste — que ni toutes les terres, ni toutes les cultures, ni toutes les populations ne se prêtent également à la prédominance du métayage. Aussi propose-t-il avec une certaine complaisance l'extension de ce qu'il appelle la boaria 'littéralement beuverie, soit une sorte de gérance confiée à un bouvier). On dé-

signe ainsi l'ensemble de tous les soins culluraux par l'un d'eux, de même que dans plus d'une région de la France on appelle simplement basse-courier celui qui joint à la charge de la basse-cour celle de la propriété tout entière. Le bouvier donc, dans le système de la boaria, n'a aucune responsabilité, n'encourt aucun aléa. On lui fournit une habitation, un jardin potager, un traitement annuel avec un intérêt sur les récoltes, et on lui assure de plus, pour toute l'année, du travail à prix réduit. Ce régime est-il bien différent de celui qu'on nous désignait à Turin comme une sorte de servage ? Il a, semble-t-il, cette supériorité que s'il exclut toutes chances de perte, il laisse avec l'intérêt sur les récoltes quelques chances d'un gain croissant. C'est donc là, réellement, un système intermédiaire, supérieur au pur salariat, sans appeler toutefois autant que le métayage et le fermage tout cet ensemble d'efforts personnels et d'actes de constante vigilance qui caractérise la gestion d'un métayer ou d'un fermier. Le métayer est associé au capital et traite en quelque sorte avec lui d'égal à égal ; le bouvier est nettement subordonné au capital. Il est possible que dans bien des cas cette subordination soit nécessaire, inévitable, et môme bienfaisante : mais il ne faut pas nous la donner comme un pas fait en avant et comme devançant le métayage du côté d'une émancipation des travailleurs de la terre.

Les réponses faites au questionnaire de la Société des agriculteurs italiens font remarquer aussi que le bouvier est moins réfractaire à la grève que le métayage, pour cette raison facile à comprendre que la grève com-

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promet moins ses intérêts ; il ne tient pas avec la môme âpreté à assurer l'intégralité de la récolte. Si c'est là une raison pour que les socialistes le tolèrent, ce n'en est pas une pour que les hommes d'ordre et de paix voient dans ce système autre chose qu'un expédient.

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