VILLA PAMPHILE
La villa : l'apparence d'un coffret de Benvenuto Cellini, en argent bruni, avec au-dessus de son toit, dans le bleu du ciel, de petites statues blanches qui ont l'air de sentinelles de l'Olympe, au milieu d'arbres noirs penchés sur des eaux d'indigo, et dans Fentour de
jazons, tout blancs du fleurissement des marguerites.
Et des coins comme celui-ci. Sous des pins-parasols, sous ces baliveaux joliment violacés de soixante pieds,
et dans leurs ombres remuantes sur les terrains, un morceau de vieille terrasse, aux balustres ventrus, surmontée de vases cannelés, portant des aloèsà la verdure bleuâtre, et où, de distance en distance, entre les pilastres, un œil-de-bœuf est presque masqué par de grands camélias en fleurs. Au centre, une petite fontaine, décorée d'un Amour, porté sur un pavois de marbre blanc, par quatre launins, parmi un semis de fleurs de lys en bronze, plaqué sur la muraille : petite fontaine entourée d'une petite pelouse, où s'élèvent des pots bleus, garnis de plantes grasses, et bordée d'entrelacs de violettes embaumantes, dont les dessins sont pareils aux dents d'une broderie verte sur le sable jaune.
Je me rappelais ces tigres antiques du Musée de Florence, je me rappelais leur puissante râblure, l'élancement de leurs muscles, le flottement de leur peau élastique sur les os, leurs bâillements d'ennui du désert, enfin cette représentation en bronze, si réussie, si exacte, si nature. Mais ces animaux de Florence, qu'est ce auprès de cette panthère du Vatican en marbre, le corps tout aplati, la tête dressée rugissante, et tous les muscles, traités en cette matière dure, à la façon de l'ébauche d'une terre glaise, et cependant ayant une nervosité, une force, une colère dépassant les plus forts animaliers, — et encore cet aigle-phénix, les ailes étendues, les
deux serres sur un brasier, dont les flammes lui lèchent le ventre, l'œil à la fois douloureux et férocisé, le bec entr'ouvert, et la langue battant furieusement Tintérieur de ce bec.
Est-ce surprenant que ce bel et original art de l'animalité, n'ait point été remis en honneur à la Renaissance, au dix-septième siècle, au dix-huitième siècle, et qu'il a fallu attendre, pour assister à sa résurrection, Tébauchoir et le ciseau de Barye, en ces dernières années.
Il est à Rome une société protectrice qui manque à Paris : la Société en faveur des femmes en péril, des perHcolanti.
Une femme est-elle menacée dans sa vertu ? elle va trouver un membre de cette pudique société, et lui dit : « Je n'ai pas de pain... un signore m'offre deux écus pour coucher avec moi.... Me voici forcée de le faire.... Donnez-moi trois écus, je n'irai pas. »
Le membre de la société lui demande une preuve. La femme apporte une lettre, un billet. Et les trois écus donnés, la plupart du temps, la femme va toucher les deux autres.
Dans une audience, accordée à notre ami et compa-
gnon de voyage Louis Passy, le cardinal Antonelli lui racontait cette anecdote de jeunesse :
Un jour qu'il se promenait, badaudant dans le Vatican, il se trouva en face la porte de la salle des Archives, qui par hasard était enlr'ouverte. Il entre. L'archiviste de lui faire mille amabilités, et lui de tourner, de virer à droite à gauche, de regarder partout. Le lendemain, il avait une audience de Grégoire XYI, et le voilà qui se met à dire :
— Saint-Père, les carreaux de vos Archives sont en bien mauvais état.
— Vous êtes entré aux Archives ?
— Oui, Saint-Père, la porte était ouverte!
— Mais vous ne savez donc pas que vous êtes excommunié?
— Mon Dieu!
— Allons, ne vous troublez pas... Je vous donne pour pénitence, de remettre tous les carreaux qui manquent. »
Dans les armoires de la bibliothèque du Vatican, une petite curiosité, une poupée antique, ou plutôt l'armature, le squelette en bois de la poupée. Une toute petite tête, un long torse qui va des épaules au bassin en s'élargissant, avec une indication du nombril, deux longs bras figurés par des petits bâtons, deux très longues jambes, au haut desquelles, il y a une échancrure à
la place des os iliaques, et au bout, une ébauche de la forme du pied. A l'emmanchement de chaque bras, pour le mouvement et la gesticulation, une vis, à tête saillante, une vis, qui se retrouve à l'emmanchement des deux cuisses. L'amusant et suggestif bibelot pour l'imagination! . l__j