‹ L'Italie d'hierChapitre 39 sur 58 · DIMANCHE DES RAMEAUX · texte numérisé non relu

DIMANCHE DES RAMEAUX

Pendant que tous, dans Saint- Pierre, sont debout, les saints rameaux à la main, présentés comme les soldats portent les armes, trois hommes s'approchent de l'Évangile ouvert, et j'entends dire autour de moi :

« Voyez, celui qui a des lunettes, c'est la taille, — il chante le texte.... Le grand, c'est la bassetaille, qui fait Jésus-Christ.... Le petit, la haute-contre, qui est comme bossu, et qu'on appelle la servante... celui-là fait les philistins, les gentils.... Quant au chœur des juifs, quant à la tourbe.., ce sont ceux qui sont là-bas, derrière le grillage doré... oui, oui, ils ne sont plus que deux...

maintenant, vous savez, il y a la peine de l'excommunication....

Et commence alors, cet admirable et douloureux opéra de la Passion de Jésus-Christ : — le drame lyrique le plus émouvant de tous ceux qui ont été représentés sur aucun théâtre du monde, — joué, dramatisé, chanté par ces cinq voix.

La voix de la taille disant le solennel récitatif.

La voix du Christ : une voix comme roulant d'écho en écho, dans le lointain des montagnes ; un chant large et balancé, ayant quelque chose du bercement triste d'un enfant malade; des notes au plaintif planement au-dessus de la terre ; une mélodie trémolante, où les dernières syllabes de mots de douleur, longtemps suspendues sur les lèvres du chanteur, s'exhalent dans de murmurants soupirs; des vocalises angoisseuses, où se traduit l'humaine défaillance d'un Dieu.

La voix du gentil, du pharisien, la voix de la hautecontre : une voix caricaturale, un fausset supra-aigu, un organe muant comiquement, un chant de coq fêlé, — et que la large voix du Christ enterre sous sa basse profonde.

Et les voix de la foule juive, les voix de la tourbe, rendues par les voix colères, les voix assassines des castrats1.

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