VILLA BORGHESE
Des cyprès centenaires, avec les mille fusées de leurs branchettes montant en l'air, couchées l'une contre l'autre, sur le vieux cœur de l'arbre, d'où jaillissent des lézards, qui filent comme les éclairs verts d'une lumière électrique; des leccio des chênes verts, à la lumière grésillante sur leur feuillage grêle et serré, et comme piqué, à coups d'épingle, de lapis par le bleu translucide du ciel, des leccio aux troncs trapus, ra-
massés, épatés sur le sol, et où, à travers leur colonnade tourmentée et pressée, une bande de gazon, vert comme du velours, semble attendre la sieste d'une bacchante.
Et dans des prés, où des vaches noires au museau blanc, couchées sur l'herbe, la queue repliée, leur grande ombre devant elle, ruminent dans leur éternelle pose de sphinx, ici, les gradins ruinés d'un petit cirque, là, des eaux noirâtres dans une blanche cuve de marbre blanc, plus loin un tombeau antique, sur lequel se penche un rosier aux roses effeuillées, et partout sur le sable roussâtre, l'ombre passante, à tout moment, des corbeaux volant.
Une verdure dense, que ni le vent, ni la brise ne remuent, ne font bouger, et un paysage auquel une certaine immobilité du décor, avec son immuable soleil, qui semble arrêté et fixé par un Josué, donne une tristesse intraduisible.
Ces noces aldobrandines, la plus étonnante révélation de la peinture antique, la plus savante et la plus heureuse exposition des attitudes de la femme, et où Prudhon a puisé l'inspiration de la grâce de ses tableaux.
Et voici d'après un texte latin, imprimé au bas de deux planches gravées1, la description de ces Noces