VI PRÉFACE
sait avec tant d'aménité cordiale les honneurs de son beau lac, et dans le cabinet de premier ministre, où il sauvait à la fois la liberté constitutionnelle et l'indépendance nationale de son pays. Jamais homme d'État n'accomplit plus modestement de grandes choses et n'en parla aveo moins de prétention: « Eh ! oui, écrit-il au mo- « ment où il dépose le pouvoir, me voilà libre ; « et je pousse le cri d'un homme qui s'est dé- « barrasse du poids dont sa poitrine était char- « gée : ouf !
« J'avais accepté le gouvernail quand il m'était « démontré que j'y pouvais manœuvrer avec plus a de profit qu'un autre pour le pays. J'ai eu le « bonheur de le tirer d'un mauvais pas, et de « nous sortir des écueils sans trop d'avaries. Maintenant, le navire est radoubé, et j'ose dire que « les voiles peuvent flotter au vent; je quitte mon «banc de quart : à un autre! » (L. xxxi, novembre 1852.)
Ce qui, indépendamment de ses talents de premier ordre, avait assuré à M. d'Azeglio le rang qu'il occupait dans la confiance de l'Italie et dans l'estime de l'Europe, c'est que l'élévation de sa pensée jointe au sentiment le plus dé-
PRÉFACE. vil
licat de ce qui était vrai et juste, avait toujours préservé ce grand honnête homme des fanatismes et des partis pris qui ont égaré tant de ses compatriotes) et qui sont partout le péril des esprits généreux mais exclusifs.
M. d'Azeglio savait attendre et se maîtriser comme il savait agir. C'est lui qui, en 1847, écrivait dans son Programme pour l'opinion nationale ces paroles qui expriment si bien la modération dans la force : « Nous savons que l'occasion de reconquérir l'indépendance est peut-être éloignée. Nous l'attendrons avec une activité pleine de calme, nous appliquant non pas à troubler inconsidérément le repos d autrui, mais à réformer nos institutions dans le lambeau d'Italie qu'on nous a laissé, à nous réformer nousmêmes, à nous rendre dignes d'un regard de la Providence, et capables de mettre l'occasion à profit quand il lui plaira de nous l'envoyer. » Mais c'est lui aussi qui, Y occasion une fois venue, appelait l'Italie aux armes, et laissait tomber sur la Lombardie, comme l'étincelle stir la poudre, la parole de feu qui provoquait l'explosion ';