‹ L'Italie de 1847-1865;Chapitre 5 sur 102 · LuttidiLombardia — m&m · texte numérisé non relu

LuttidiLombardia — m&m

Vin PRÉFACE.

c'est lui qui, à Vicen.ce, se jetait sous la mitraille; c'est lui qui, après avoir cru longtemps et professé que l'Italie était appelée non pas à Y unité mais à Yunion, voyant cette unité sortir d'événements imprévus et s'imposer à tous les patriotes, se ralliait à l'idée devenue le drapeau national, et écrivait :

« Si un congrès européen entreprenait de dé- « faire l'Italie, qui se chargerait de l'exécution «- de l'arrêt? Car, il y aurait de Turin à Messine « un grand parti, celui qu'on appellerait le parti « de la dignité nationale , qui se lèverait pour la « défense de l'unité armatâ manu^ et, vous le « pensez bien, j'en serais ! » (Lettre du 22 septembre 1862.)

Cette inspiration chevaleresque, signe distinctif et, si je puis dire, marque d'origine des œuvres et des actes de Massimo d'Azeglio, n'est nulle part plus vive que dans la correspondance où, entraîné par une causerie intime, il se plaît à livrer le fond de son âme. On l'y trouve lui-même et tout entier; et je ne sais ce qu'il y faut admirer le plus, de l'intérêt des détails, de l'élévation des idées, ou de la distinction et delà supériorité de la forme. Ces lettres ont été

fe.

PRÉFACE. . ix

écrites par l'homme d'État italien, en français. Eh bien ! en même temps qu'elles offrent aux politiques une étude d'un puissant intérêt, elles sont un exemple pour les amis de la bonne et vraie langue française. On y sent un parfum de notre belle époque littéraire. Plusieurs sont des modèles du plus fin et aussi du plus grand style; dans toutes, on découvre les grâces d'un esprit qui prodigue, en se jouant et à son insu, les mots heureux et les hautes pensées. Voyez la lettre où il peint en artiste aussi bien qu'en soldat la marche de la petite armée pontificale de 1848, avec le gonfalone aux couleurs de l'Église et le carroccio ; celle où , sur le coin dune table de bivouac et sous le feu un moment interrompu de l'ennemi, il discute la situation politique de Pie IX et l'avenir du gouvernement papal ; lisez les curieux billets où il parle si allègrement de ses soucis ministériels : « Je ne puis plus vous écrire ces longues lettres comme dans le bon temps ; mais au moins un petit mot pour vous serrer la main et vous dire : Dieu vous garde de jamais devenir premier ministre ! » Lisez surtout l'admirable lettre écrite sous le coup de la bataille de No vare : « Vous le savez à cette heure, « tout est fini ! . . . Avoir travaillé toute sa vie dans

X PRÉFAOB.

« une seule pensée, sans espérer jamais qu'une « occasion se présentât; la voir arriver surpassant « toute prévoyance raisonnable, et puis sentir « tout cet édifice s'écrouler en un jour ! Après « de pareils coups, on ne garde plus que les <( apparences de la vie* L'âme et le cœur sont « morts; je ne verrai plus ma pauvre chère patrie « délivrée du joug : que la volonté de Dieu soit « faite!... Je suis à la Spezia, tâchant de me « rétablir; ma blessure est toujours ouverte. Je « ne vois plus rien à faire pour le moment. Il « faut rouler jusqu'au fond de l'abîme pour « voir où Ton s'arrêtera et pour se reconnaître. « Alors nous recommencer om\ Mais ce n'est pas « moi qui cueillerai le fruit; souvenons -nous « que l'amour de la Patrie est sacrifice et non « jouissance. »

A neuf ans de là, au mois d'août 1 858, à l'heure môme où de profonds desseins mûrissaient à Plombières, —de sa modeste mais délicieuse retraite de Cannero, cette villa posée comme un nid d'alcyon sur les flots du lac Majeur, — ne se doutant pas de l'explosion qui allait avoir lieu tout à coup de la grande question momentanément assoupie, mais toujours plein de la pennée qui

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