‹ L'Italie de 1847-1865;Chapitre 85 sur 102 · Voy. la lettre du 23 janvier · texte numérisé non relu

Voy. la lettre du 23 janvier

2. « Quelques journaux m'ont fait l'honneur de s'occuper de moi, et d'indiquer, inexactement du reste, quelle était mon opinion au sujet de la convention du 15 septembre.

« N'étant point ami des équivoques, je trouve opportun de parler net et complètement.

a Je pense qu'il y aurait beaucoup à dire sur la convention, mais les circonstances étant données:

u Vu qu'elle semble acclamée par le pays;

« Vu que nous, Piémontais , avons particulièrement à en souffrir ;

« Vu qu'en Italie la question capitale n'est point celle de la Capitale, mais celle de la concorde ,

« J'opine que nous les premiers devons. pous résigner, et accepter le traité.

« Seulement, je ne voudrais point avoir à l'entendre parler de compensations. Je me sens disposé au sacrifice ; mais à présenter un compte, non !

« Massimo d'Aieglio. »

voie qui conduisait à Rome. Ne croyez rien de ce que disent à cet égard nos journaux ou même nos déclarations officielles qui ont en vue les passions qu'on a soulevées et avec lesquelles on n'ose pas rompre. C'est langage de convention, sans calembour, réputé nécessaire par nos politiques du jour; langage de transition, pour arriver ensuite à ne plus parler du Capitole. Et l'Empereur nous en aura délivré! Vos évoques pourraient l'en remercier.

A propos d'évêques, j'ai vu avec intérêt la brochure que vous m'avez envoyée 1 ; j'ai toujours plaisir à lire l'évêque de Poitiers. On ne peut pas être plus séparé que je ne le suis de lui sur nos grandes questions; mais d'abord il écrit avec esprit et finesse. Et puis, je ne sais si je me trompe, le moi me semble jouer chez lui un rôle moins turbulent que chez son émule en mandements et en brochures an ti -italiennes; et l'arrogant je ne figure pas en tête de chacun de ses alinéas comme un sergent-major à la tête de sa compagnie; il est moins journaliste et plus évêque. De plus, je lui sais un gré infini de l'amitié qu'il vous conserve malgré de profonds' dissentiments; c'est d'un homme d'esprit et d'un homme de cœur. Dans sa lettre à M. de Persigny, il s'en tire avec vous fort gracieusement, et on ne peut esquiver avec plus de dextérité aimable la tâche peu facile, quoi qu'il en dise, de vous répondre 8 : après cela,

1. Lettre de Mgr l'évêque de Poitiers à Son Excellence le comte de Persigny, ministre de l'intérieur.

2. « Les meilleures intentions, servies par d'incontestables talents, n'ont pu aboutir à aucun dénouaient sérieux ; à l'heure où je trace ces lignes, un jeune publiciste, à qui de très-profonds dissentiments ne peuvent m'empêcher de continuer le titre d'ami , vient d'offrir sa solution avec un bon vouloir et une sincérité que je reconnais ; mon affection pour lui ne peut m'égarer jusqu'à prêter à son travail une valeur pratique qui fait défaut ; toute cette étude, d'ailleurs

il déclare bien entendu toute conciliation impossible. Il la faut cependant : M. de Persigny, dans sa réponse fort habile ! , le démontre assez clairement 3 . Que veut donc l'évêque de Poitiers ?

brillante de style et d'érudition, porte sur une idée fixe, et sur deux ou trois méprises dont quelques traits de plume auraient facilement rai8on,si mon cœur, engagé de ce côté par une vieille et incorrigible tendresse, ne me commandait de laisser le soin de cette réfutation à d'autres. »

\ . Réponse à Son Ém. le cardinal-archevêque de Bordeaux , citée dans la lettre à M. de Persigny.

2 . « Nous avons été en Italie, parce qu'un intérêt de premier ordre, l'intérêt vital de la France, ne lui permettait pas, sans un grand péril pour elle-même, de livrer la Péninsule à l'Autriche. Puis, vainqueurs, nous avons proclamé l'indépendance de l'Italie, parce que, outre la grande considération du respect des peuples, la France ne pouvait, sans s'exposer encore à de plus grands périls, se donner le rôle odieux, dangereux, fatal, d'asservir à son tour ce pays. Malheureusement, cette double nécessité, pour notre politique en Italie, de détruire la domination autrichienne et de ne pas la remplacer par la nôtre, devait amener une situation fâcheuse pour la cour de Rome.

« Ne pouvant depuis longtemps gouverner son petit État sans que l'Italie fût sous le joug de l'Autriche ou de la France, le gouvernement temporel du Pape se trouvait frappé d'impuissance à tous les yeux, et ainsi, de ces circonstances indépendantes de toute volonté, de tout calcul individuel, est sortie la grave difficulté qui nous préoccupe.

« C'est là, en effet, une situation étrange ; car, tandis que d'un côté l'intérêt de la France veut que l'Italie se gouverne librement, sans que nous ayons à dépenser notre argent et à sacrifier le sang de nos enfants à une mission odieuse ; de l'autre, l'intérêt de la religion, c'est que le Pape (qu'il puisse exercer ou non son pouvoir temporel) soit également indépendant. De là cet intérêt mi-politique et religieux pour la France de ne sacrifier ni l'Italie au" Pape, ni le Pape à l'Italie; delà cette double cause, si difficile, si délicate, mais non pas impossible à concilier ; de là enfin cette espérance criminelle des partis , que l'Empereur se laisserait entraîner ou à trahir l'intérêt de la France en sacrifiant l'indépendance de l'Italie, ou à trahir l'intérêt de la religion en sacrifiant l'indépendance du Pape. »

Sa solution est évidemment celle de M. Veuillot cité par vous : « Qu'il n'y avait pas de question d'Italie « quant aux peuples italiens; que partout, en Italie, le « peuple était gouverné suivant son génie et son bon sens x , » et qu'il faut en revenir au statu quo ante..., en priant l'Autriche d'avoir la bonté de restaurer les ducs. Admirable ! Et il parle d'idée fixe!

Enfin, laissons faire au temps. Lui seul et le bon Dieu peuvent faire germer les solutions, et rendre possible ce que les uns et les autres déclarent inacceptable. L'Empereur voit cela, et c'est une partie de sa force.

GXXXVIII AU MÊME.

Turiu, 18 novembre 1864.

Cher ami, il me semble décidément que la lubie du Capitole commence à faiblir; ceux qui n'en ont pas besoin ou qui n'en veulent point comme échelle ne parlent plus aussi bas qu'autrefois. Ce serait le moment de mettre en avant l'idée de transformation par la souveraineté nominale, autrement dit la suzeraineté. Pour ce qui me regarde, je pense formuler nettement mon opinion au Sénat. Comme mon gosier n'est pas dans l'état le plus confortable, je vais préparer quelques pages que je prierai un collègue de lire à ma place.

Je vous dis ceci, parce que si le moment vous paraît opportun, et si votre opinion ne s'est pas modifiée, il pourrait être utile, à mon sens, de prendre occasion de notre discussion au Sénat pour rouvrir la question chez vous, et pour faire ajoute)* la souveraineté honorifique y souveraineté analogue, on ne peut trop le dire, à ce qu'elle

Page 1