Voy. les lettres des 27 décembre 1859 et 15 janvier
personnels et ceux de mes compatriotes pour les bons coups d'épaule que vous nous avez donnés dans la presse parisienne. Vous avez au mieux compris la situation, et, du premier coup, saisi la note.: puissions-nous, en France et en Angleterre, avoir beaucoup d'amis tels que vousl D'après ce que m'écrit cet excellent Doubet, j'ai espoir de vous voir prochainement soit ici, soit à Rome, oii je retournerai bientôt. A l'avance, soyez le bienvenu, et comptez que vous serez traité en amico dicasa.
Je suis venu ici après un séjour de quelques semaines dans la Romagne, et j'ai trouvé le comte Ralbo fort irrité contre le gouverneur piémontais, qui ne marche pas, et contre l'ambassade de France, qui l'encourage à ne pas marcher. Je ne suis pas, moi,, très-inquiet de de retard du Piémont : je pense que c'est affaire de calcul et de préparation. Le roi veut prendre son moment, et, une fois lancé, il ne reculera pas, sauf à mécontenter la France, ou du moins le gouvernement français, — il faut bien, vous le dire, — au moins autant que l'Autriche. Gela est fâcheux, mais cela est.
Bon gré mal gré, il faut absolument que les Élats d'Italie se mettent à l'unisson avec Rome. Maintenir des dissemblances de principe entre les divers États est aujourd'hui chose impossible, comme vous l'avez très-bie»! compris et dit, aussi impossible que d'empêcher l'eau de prendre son niveau dans des tubes différents alimentés par une même source. Pie IX a pris les devants; tant mieux pour la papauté, et tant pis pour les autres souverains d'Italie, qui désormais doivent faire le saut périlleux.
Tout va très-bien à Rome ; de mieux en mieux, m'écrit-on. D'un jour à l'autre va paraître le Motu propno 8ur la municipalité de Rome, et un second sur l'assemblée des représentants des provinces sous le nom de Consulte d'État. Le cardinal Ferretti a promis, et on compte sur
DE M. D'AZEGLIO. ?n
sa parole. La seconde de ces institutions est de la plus haute importance ; elle va de pair avec la grande affaire de la ligue douanière à laquelle va accéder le Piémont. Voilà Pie ÏX promoteur de tout le mouvement libéral, et la papauté à la tête du siècle. Qui l'eût dit il y a dixhuit mois! Maintenant, je ne donne pas trois mois à tous les princes d'Italie pour qu'ils se soient mis au pas^. Si Pie IX continue, et pourquoi non? il devient le chef moral de ^Europe, et il fera ce que n'ont pu faire ni Bossuet ni Leibnitz : il rétablira l'unité du christianisme*.
1. Le 28 septembre 1847, au moment où M. d'Âzeglio écrivait ces lignes prophétiques, le grand-duc de Toscane remplaçait le ministère de la résistance par le comte Serristori et le marquis Ridolfi ; le 1 1 fé^ vrier suivant, il promettait une représentation nationale, et quatre jours après accordait une Constitution. — Le 28 octobre, le roi de Sardaigne Taisait publier un programme contenant la promesse d'une loi sur la presse, d'une nouvelle organisation communale, d'un nouveau code pénal, de rétablissement d'une cour de cassation, etc. ; le S février 1848, il promulguait le « statut fondamental destiné à établir dans ses États un système complet de gouvernement représentatif. » — Le 29 janvier 1848, à Theure même où le ministère français, étrangement renseigné par ses agents, déclarait h la tribune que, de dix ans encore, il ne serait pas question de régime constitutionnel pour les États d'Italie, le roi de Naples promettait, dans une proclamation, la création de deux chambres, la liberté de la presse, l'organisation de la garde nationale ; et la Constitution était publiée le 1 février.
2. Les réformes inaugurées par Pie IX avaient excité l'enthousiasme en Angleterre et aux États-Unis. Un grand meeting^ en l'honneur du pape, eut lieu, à New- York, au mois d'octobre 1847 ; ce meeting composé de dissidents de toutes les nationalités vota une adresse à Sa Sainteté Pie IX, On y lisait : « .... Nous vous offrons ce témoignage de respect et d'une sympathie sans bornes, non point comme catholiques, mais comme fils d'une république et amis de la liberté. Nous vous saluons comme l'insfrumenl envoyé par le ciel pour opérer la régénération d'un peuple et nous prions Dieu de vous accorder des jours assez longs pour qu'il vous soit donné de voir le complet développement de la politique féconde qui doit rendre votre nom immortel, n
On se rappelle que le sultan Abdul-Medjid avait voulu nouer dcî5
J*ai toujours pensé que les plus grands événements religieux étaient liés à la régénération politique et morale de mon pays.
Ce n'est pas ainsi malheureusement que parlent en France les journaux semi-officiels. Pour Dieu! qu'a donc le Journal des Débats ? Que peut gagner votre ministère à faire ou à laisser insulter par le principal de ses organes un peuple qui fait les efforts les plus méritoires pour se tirer de Tétai d'abjection où l'avaient réduit ses détestables gouvernements? Et penser que c'est un ex -Italien, le signor Libri, qui broche, on ne sait sous quelle impulsion, les articles les plus perfides et les correspondances les plus venimeuses! M. Guizot, — ce grand esprit, — peut-il croire servir les intérêts de la France en s' aliénant ainsi tout un peuple qui renaît? Comment acceptet-il de tels instruments? ou comment est-il si mal renseigné sur nos affaires ? Toute votre diplomatie paraît, en Italie, s'inspirer du mot de Louis-Philippe : Pie IX travaille sur le vide. — Sur le vide I non, mille fois non I nous le montrerons. Le roi serait-il jaloux de la ))opularité du pape? A-t-il peur d'être entraîné et débordé par Pie IX? Ce n'est pas impossible; mais nier le mouvement, ce n'est pas l'empêcher.
Nous reprendrons la conversation siir ce sujet-là et bien d'autres, puisque vous venez ^lous voir, mon cher Monsieur. A bientôt donc.
relations diplomaUques avec le chef de la chrétienté, et quMl avait député, en grande pompe, un ambassadeur à Rome. Depuis Bajazet et Innocent VIII, aucun envoyé musulman m'avait foulé le sol du domaine de saint Pierre.
AU MÊME
Rome, i9 décembre 1847. ^
Mon cher Monsieur,
Depuis votre départ de Rome, la Consulte a eu plusieurs réunions; la plus importante a eu lieu samedi W courant; on a discuté la question de la publicité de ses actes; c'est la grosse affaire. Le comte Luigi Mastaï, neveu du pape, a dit que, dans sa pensée, la Consulte était une institution analogue à votre conseil d'État, et que, livrer ses délibérations au public, c'était altérer son caractère. Lauri a répondu qu'une telle assimilation était inexacte : une représentation consultative du pays est fort au-dessus du conseil d'État, délégation pure et simple du pouvoir. — Alors le comte Mastaï s'est tourné vers le cardinal Antonelli, qui préside, comme vous savez, et lui a rappelé une conversation qu'il avait eue, disait-il, avec le pape, en présence de Minghetti et de quelques autres*. Minghetti a aussitôt fait observer qu'une conversation n'était pas un élément officiel de discussion, et a exprimé le regret qu'on eût prétendu peser sur les délibérations de la Consulte en y faisant intervenir, sans une volonté formelle de sa part, l'opinion présumée du Saint-Père. — Le cardinal a approuvé les
1 . Les principaux membres de la Consulte (choisis par le pape sur une liste dressée en nombre triple par chaque conseil provincial, lequel lui-même avait reçu les présentations des conseils communaux) étaient : pour Bologne, Silvani et Marco Minghetti; pour Ferrare, Gaetano Recchi ; pour Ravenne , le comte Pasolini ; pour Âncône , ie prince Simonetti; pour Macerata, le marquis Amico Ricci; pour Frosinone, l'avocat Pascuale Rossi.
paroles de Mingketti, et la Consulte, à la majorité de 21 voix contre 4, a voté pour la publicité.
Cela n'est pas sans importance. La Consulte est appelée à jouer un très-grand rôle dans les affaires romaines.
Eh bien, que vont faire vos chambres? On dit ici que le discours du trône gardera un complet silence sur les affaires d'Italie et de Rome ^ De la part du roi très-chrétien, ce serait bizarre; mais je n'en serais pas étonné, à voir ce qui se passe : savez- vous que votre chargé d'affaires de Turin est allé l'autre jour avec les ambassadeurs d'Autriche et de Naples trouver notre ministre des affaires étrangères pour protester contre les manifestations qui ont eu lieu à Gênes lors des fêtes du i décembre^ ? Que dites-vous de cela? et dès lors que peut-on attendre du discours du roi?
Si vos députés trouvent que tout va pour le mieux, c'est leur affaire; seulement il ne faut pas être surpris que votre gouvernement s'enfonce chaque jour ici dans la déconsidération ; que le Journal des Débats devienne, en Italie, la bête noire; et que lord Minto, pendant que votre ambassadeur reste chez lui, crie à tue-tête, au milieu d'applaudissements frénétiques : « Vive la ligue italienne ! vive Pie IX ® l » — A qui s'en prendre ?
Tout à vous.
A MONSIEUR DOUBET.
Rome, b j aimer 1848.
Mon cher ami , Je suis en retard avec vous à cause de la grippe qui