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mourir! Maintenant il fume pacifique devant nous, comme si- la pluie avait éteint sa flamme. Un grand nombre de tombeaux subsistent encore; un des plus remarquables est celui d'Arius Diomède, sans doute le père ou l’aïeul du possesseur de la villa voisine. Une autre sépulture, appelée Tombeau rond, se compose d'uue haute tour sur une base carrée, une étroite porte percée ras de terre introduit dans le caveau; de petites pyramides couvertes de bas-reliefs en stuc s’élèvent aux angles de ce monument; un de ces bas-reliefs exquis représente une jeune mère posant un filet sur le corps d’un enfant. La plupart de ces tombes sont d une conservation parfaite. Sur l’une est sculpté un gladiateur combattant un ours : -d'une main il tint un glaive et de l’autre un voile qu’il va jeter sur la tête de l’animal ; on dirait un toréador espagnol; les lleurs, les ronces, les broussailles et les arbres s’enchevêtrent aux sépultures ;.un cyprès gigantesque se découpe dans l'air au-dessus de la tour du Tombeau rond. Cette voie des Tombeaux est un des plus beaux aspects de Pompeï. Kn face des tombes dont je viens de parler se dressent les grandes arches d’une vaste construction qui fut, dit-on, une hôtellerie, et de l’autre côté de la voie des Tombeaux, l’enclos qui renfermait la villa de Cicéron. Cicéron s’y retira après la bataille de Plurale; il y reçut Auguste et y écrivit ses Offices. Sénèque passa sa jeunesse h Pompeï; Phèdre le fabuliste s’y retira pour luir Tibère et Séjan. Les anciens ne redoutaient pas le voisinage des sépultures, ils traitaient la mort cavalièrement, ils n’en faisaient pas l’épouvante perpétuelle et énervante de la vie; mourir était pour euxunefonction naturelle des êtres. La villa de Cicéron n'aété qu imparfaitement fouillée; on y a trouvé des fresques et des mosaïques fort belles. Celte villa de fauteur des Calilimiires était plus élégante encore que celle de Diomède, que nous verrons bientôt. Près de la villa de Cicéron est le tombeau de Proscius et celui de la prêtresse Mamia, sa tille; puis les sièges publics, formant deux demi-cercles adossés à un tertre ombreux, couvert d’arbustes e d’oliviers; un énorme cyprès se dresse derrière ces ruines, ou de beaux papillons s’ébattent en ce moment, séchant au soleil leurs ailes qu’a mouillées la pluie; en face est {'hémicycle couvert, autre banc demi-circulaire abrité par une voûte. Sous le beau ciel de Grèce et d'Italie on vivait plus au dehors que chez soi; les maisons étaient petites; elles suffisaient aux heures des repas, du sommeil, de l’amour, de l'élude; elles avaient des horizons splendides qui tes .
agrandissaient; les atriums, les temples, les. théâtres, les cirques, les forums, les gymnases, les palestres, les thçrmes et les sièges publics ufTraicnl aux habitants des cites des lieux de réunion. Les demeures privées if étaient que pour la famille cl quelques amis. La maison de Diomède, qu'il nous reste à visiter, est la plus célèbre et la plus connue, c’est aussi la mieux conservée; elle domine presque entièrement la voie des Tombeaux; elle a trois étages qui reposent sur un niveau différent : on arrive à la porte par des marches encadrées de colonnes; le péristyle, sorte de cloître, est soutenu par îles colonnes en sluc peint; les bains, les salles et une grande chambre à alcôve demi -circulaire donnant sur le jardin, étaient revêtus des plus belles fresques dont les bordures décoratives subsistent encore; les fresques à personnages ont été enlevées ainsi que les statues. Sous les portiques sont les celliers où nous retrouvons alignées les amphores qui contenaient l'huile et le vin: on découvrit dans ces caves un grand nombre de squelettes, dont un de femme a empreint le moule de son sein superbe sur la lave; on conserve cette empreinte au Museo Rorbonico. Au milieu du jardin entouré de portiques est une piscine et un jet d’eau; une treille, rejeton d’une vigne antique, enlace aux fûts des colonnes ses pampres verts; les volubilis, les roses, les dahlias et les fleurs du cotonnier s’enchevêtrent sur les plates-bandes; le custode m’en compose un bouquet charmant; j’en aspire les parfums, assise sur la margelle de la piscine et rêvant aux belles mortes qui ont aspiré les mêmes fleurs; la mer se déroule lumineuse et calme; le soleil, qui décline en perçant les nuages, darde sur nous ses rayons réchauffants; ils empourprent les portiques et les chambres vides de la villa; on dirait qu'elle s'illumine pour une fête; les mêmes lueurs rouges se projettent sur la voie des Tombeaux comme un sang ambiant qui court ranimer les squelettes. Le sang de l’homme se tarit à jamais; le lluide de la nature éternelle a des sources toujours vives; n’en serions-nous pas une émanation fugitive? Pompeï semble renaître à celle lumière qui la transfigure un moment.
Nous sortons de la voie des Tombeaux par l’issue nommée Auquel us Félix, emportant la mélancolique empreinte de la ville morte dont on a profané la sépulture; on pouvait la ressusciter, on I a fouillée brutalement et comme évenlrée à coups de sape. Quand le hasard la fit apparaître intacte et si belle dans sa tombe oubliée, au lieu d'y loucher avec ce respect qu’on doit à l’art divin, on la
mulila, on lui ravil la grâce de ses ornements, la splendeur de sis tableaux el de ses statues; ou recoucha dans une sépulture nouvelle le spectre qui pouvait revivre. Oh ! si la France et l'Angleterre . avaient eu cette bonne et grande fortune de découvrir aux portes de leurs capitales une ville antique si miraculeusement conservée et offrant, pour ainsi dire, la résurrection d'un fragment intact du monde païen; avec quel souci religieux elles auraient veillé sur cette merveille inespérée, garantissant de l’intempérie des saisons l'ensemble des constructions, respectant leurs détails comme des reliques de l’art, laissant en place les statues, les bustes, les basreliefs, les peintures, les mosaïques, les vases, les candélabres, tous les meubles et tous les ustensiles; conservant les bijoux aux vertèbres et aux crânes des squelettes, el les squelettes eux-mêmes, hôtes silencieux et éternels, dans les chambres et dans les souterrains où ils furent découverts; remplaçant les toitures consumées par un dôme colossal de verre, semblable à celui du palais de Sydenham, entourant la cité unique d’un inur d'enceinte défendu par des soldats et des canons; rendant ainsi impossibles le vol el la dévastation; dépensant glorieusement des millions pour cette œuvre libérale et pacifique qui eût été l'admiration du monde entier. Mais l'ancien gouvernement de Naples ne songeait qu’à thésauriser les revenus de l'État; il bornait les dépenses publiques à l’entretien d'une police vexatoire et d’une armée mi-partie étrangère. Espérons qu’un système nouveau sera appliqué aux fouilles qui se continuent, et que la partie de Pompeï qui reste à découvrir sera préservée de cette profanation barbare.
Tandis que je rêvais ainsi avec tristesse aux dévastations de la ville antique, nous nous en retournions à Naples par une de ces soirées tiédes et douces où la nature semble se pacifier et communiquer aux êtres une sorte de mollesse tranquille; le ciel était d'un blanc nacré sur toute sa surface; le soleil avait cessé de l'éclairer et les étoiles ne perçaient point cette brume légère qui est aux brouillards de Londres el de Paris ce qu'est une mousseline vaporeuse à un drap noir opaque. C'est à ce jour crépusculaire que nous apparut la longue file d'un enterrement, comme nous traversions Torre del Greco : les cierges brûlaient vacillants aux mains des pénitents qui portaient des bannières et des croix; le Miserere retentissait dans l'air, les habitants s'agenouillaient sur le seuil des portes. Notre Voiture avait dû s'arrêter pour laisser défiler le convoi. La bière
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nous loucha on passanti elle était drapée de velours rouge à crépines d'or et montrait le corps du mort étendu et roidi ; la face était à découvert, pôle et superbe, une couronne de roses ceignait les cheveux bruns; c’était un jeune homme de vingt ans, on eût dit qu il dormait ; quel profil pur! quelle sérénité dans la mort! Les belles lignes de cette tête immobile faisaient penser aux marbres grecs de Pompeï.
M. Tedaldi regarda longtemps le jeune trépassé, puis me dit en souriant :
« Dans huit jours, peut-être serai-je ainsi; mais on me jettera sans pompe à la terre avec mes amis, tutis dans la bataille. »
Je lui reprochai ce triste présage.
« Il ne m'effraye point, répliqua-t-il gaiement, j'ai vu Pompeî ; demain j'irai à San Caiio entendre un peu de musique; si je meurs, ces souvenirs seront mon cortège. »
Esprit énergique et charmant ! jeune héroïsme empreiut de poésie ! J'ai dit dans mes pages sur Caserle «pie j'ignorai toujours si la mort l'avait atteint.
L',nspect de la table d'hôte avait changé depuis le jour de mon installation à l'hôtel de Rome, les garibaldiens y étaient moins nombreux, presque tous partaient pour le camp, quelques-uns seulement faisaient à Naples de courtes apparitions dans les intervalles d'un combat à l'autre; les places qu'ils laissaient vides étaient occupées par les voyageurs que les affaires ou l’attrait des événements attiraient à Naples, lin jour j'eus le plaisir de trouver à dîner M. Mauro, avec qui j'avais fait connaissance à Milan; ancien patriote de la Calabre, ami de l’oërio, de Leopardi et des frères Romano, exilé depuis bien des années par les Dourbons, M. Mauro revenait à Naples avec la liberté; il y amenait sa tille unique. Intelligente et sympathique nature, esprit ferme et éclairé, mademoiselle Mauro avait reçu de sa mère, (iénevoise et protestante, une éducation parfaite, exempte de préjugés et basée sur la morale pure. Cette jeune personne accomplie, dont le souvenir m'attendrit encore, se nom-
mait Henriette comme ma fille, ce qui contribua à me la rendre plus chère; dès le premier jour, nous nous Mmes, et elle devint bientôt ma compagne habituelle. On a vu que. ce fut avec elle, sou père et leurs amis, M. et madame Homano.que je fis l’excursion de Capoue. M. Joseph Romano, durant celte promenade, me parla beaucoup de son frère, letropcélèbre Liborio, «à qui les journaux de Naples, et particulièrement l'hidependcntc, d’Alexandre Dumas, reprochaient depuis quelque temps l'ambiguïté de sa conduite politique; ministre île François II au moment de sa chute, il était devenu quelques jours après le ministre du Dictateur, avec qui, disait-on, il était en relation avant la fuite -du roi; rédacteur emphatique du manifeste attendri que le jeune souverain avait laissé aux Napolitains en quittant sa capitale, il avait le surlendemain adressé à Garibaldi un discours empreint de la même faconde et de la même émotion apparente. Aujourd'hui, visant à devenir de nouveau ministre de Victor-Emmanuel, il ne quittait pas les antichambres de M. Farini, gouverneur de Naples; il s'occupait, médit son frère, à écrire un mémoire qui serait la justification de ces-actes publics et prouverait que toutes ces variations politiques étaient basées sur un patriotisme stable; il avait fallu et il fallait encore affranchir et reconstituer son pays à tout prix, même au péril de sa réputation et de sa vie; Liborio Romano se proposait de montrer jusqu'à l'évidence comment il exposa l’une et l'autre pour un but si pur, et qu'il y avait ingratitude à lui reprocher des subterfuges auxquels sa conscience et son orgueil n'avaient souscrit qu’avec répugnance. Sans cet holocauste dont il s’était fait la victime, Naples aurait été mise à feu et à sang 1 il s’était décidé à contre cœur, mais fatalement, à conjurer tous les dangers par les seuls moyens qui pouvaient en triompher. Il y avait, comme on le verra, quelque chose de vrai dans cette explication que me donna M. Joseph Romano de la conduite de son frère.
« Il désire, .ajouta-t-il, vous lire ce mémoire et vous consulter sur l’effet qu’il produira en France, où vos journaux répètent les attaques des journaux italiens; vous aurez un de ces jours sa visite. »
Parmi les personnes que je connus à la même époque à table d’hôte, étaient M. George Lévy, banquier à Alexandrie, et MM. Eslève et Rendit, fabricants de produits chimiques : ils m'accompagnèrent, ainsi que je l'ai dit, à Ca>erle et à Saut’Angelo, cl nous projetâmes
ensemble d'autres excursions dont je parlerai. Deux grandes tables parallèles se déroulaient dans toute la longueur de la salle à manger de l'hôtel de Rome; celle où j'avais ma place depuis mon arrivée était remplie par les voyageurs, les officiers de l’armée régulière, les commissaires de guerre et les employés piémonlais qui précédèrent à Naples Victor-Emmanuel. L’autre table était réservée aux garibaldiens, peu d’Italiens (j'ai dit que presque tous restaient au camp sous les murs de Capoue), beaucoup de Hongrois et d’Anglais débandés, impatients des plaisirs de Naples et y accourant après chaque combat; ils étaient présidés par une sorte d'amazone de théâtre, qui revêtait tour à tour leur uniforme gelon que sa fantaisie du moment était uif lord ou un mnggiar; elle portait un justaucorps orné de passementeries; à sa ceinture de cuir pendait un long sabre; ses cheveux coupés courts se coiffaient d'un tricorne à plume; sa taille svelte s’enveloppait avec grâce d’un manteau pourpre ou d’un burnous blanc. Son visage aux traits réguliers était expressif, mais d’une expression méchante et dure qui épouvantait; les contours en étaient prématurément flétris; les plis de la bouche accusaient les passions hâtives et les appétits ardents; elle agitait sans cesse et fiévreusement ses petites mains osseuses; à chacun de ses doigts, excepté au pouce, scintillait une bague à pierre armoriée; elle renouvelait celle exhibition chaque semaine, ce qui faisait dire à un plaisant : « Voilà les alliances des derniers huit jours! » Elle parlait avec facilité toutes les langues, mais sans esprit, sans verve, sans aucun de ces traits vifs que la liberté absolue de sa vie faisait espérer à ses intimes; elle était froide et morne dans sa perversité, et plus ennuyeuse dans sa licence qu’une bourgeoise dans sa vertu; elle ne savait pour distraire ses compagnons de table et de logement que les griser de vins de Champagne et de Marsala ou leur dire des paroles cyniques à faire reculer un soudard; elle remplissait l'hôtel du bruit de sa voix et du cliquetis de son sabre battant à toute heure les marches de marbre de l’escalier. Un jour, s'étant imaginée que mademoiselle Mauro et moi l'avions narguée en dînant, elle ne songea plus qu'à nous jouer Quelque tour insolent qui déverserait sur nous un peu de l'éclat de ses aventures; elle envoyait frapper à nos portes des officiers ivres, se faisant l'enjeu du défi et se promettant pour récompense à leur grossièreté; bientôt elle tomba malade; tous ses chevaliers éphémères laissèrent le vide autour d'elle. Sa misère devint telle, qü'ôn
la relégua dans un cabinet de tains voisin des caves de l'hôtel . Mademoiselle Mauro, dans sa candeur angélique, me disait : * On ne peut pourtant pas la laisser mourir ainsi, si nous allions la voir, la secourir et lui porter de bonnes paroles, elle s’attendrirait et reviendrait au bien.
— Gardez-vous-en, lui répondit un de ceux qui avaient aimé l'amazone, elle vous recevrait avec des injures. » Le ministre Farini apprit son extrême détresse et lui envoya un secours. Celle déplorable créature était née d'une des plus nobles familles piéinontaises; lien paternel, lien coujugal, elle avait tout brisé avec . un scandale inouï; honte et ruine des siens et d’elle-mêmo, elle avait dans le mal une sérénité terrifiante, une insouciance qui tenait de la démence; ses actes les plus effrénés étaient d'un illogisme qui la faisait railler par les courtisanes de profession :
« Elle nous déshonore par sa bêtise, » disaient ces dames. Elle avait rejoint en Sicile les bataillons des volontaires et suivait le camp de ville eu ville; trois fois Garibaldi l'en fit chasser comme une pestiférée; la pureté du héros avait horreur de l'aventuriére. A Naples il la poursuivit du même ostracisme; mais elle enfreignait la consigne du Dictateur par la multiplicité de ses liaisons avec ses soldats. Ce fut ainsi que celle femme, désignée par tous les journaux italiens sous le nom de lu Comtesse, passa pour avoir été atLichée à l'armée de l'indépendance, tandis qu’elje en fut proscrite.
Madame Crispi et Miss Wliite représentèrent dans cette armée l'honneur, l'héroïsme et la charité de la femme; elles couvrirent de leur vertu la souillure qu'y répandit un moment cette saltimbanque impudique.
Une autre femme, qui contrastait par ses dehors décents avec celle dont je viens d'esquisser la figure, produisit un jour en s’asseyant à notre table un scandale d'un autre genre : elle était jolie et mignonne; elle avait à peine vingt ans, sa physionomie timide, vulgaire et douce intéressait presque par l’embarras qui s’y révélait; elle était mise avec l'exquise recherche d une Parisienne et semblait comme étonnée du luxe ruineux de sa toilette; on sentait en elle la grisette récemment parvenue que le velours cl les bijoux effarouchaient; c'était un composé de gaucherie et d'élégance qui avait son charme. A peine sp fut-elle placée en face de moi, qu'elle me rappela une jeune fflnme entrevue au bal du Casino de Flo-
rence, où clic avait dansé devant le cercle du roi clans un costume provoquant à la l’ompadour, cheveux poudrés, roses rouges piquées vers l'oreille, mouches au menton et aux coins des lèvres. Le souverain l’avait remarquée comme tout le monde, et ce n’était pas sans intention, préleudit-ou, qu'elle avait choisi cette toilette d une maîtresse de roi. Pauvre fleuriste génoise, un aventurier l'avait épousée pour spéculer sur sa heauté; depuis cette apparition au hal du Casino, il pourchassait les étapes royales en traînant sa femme après lui; il était assis à table à côté d’elle, superbe d’inl'amic et d’aplomb verbeux. C’était un homme de quarante ans à figure bouflie, le nez large en l’air, narines ouvertes, le front bas, les yeux gris, le crâne dénudé. Il portait une cravate en soie violette lixée par une grosse épingle à boule de malachite; sursoit gilet à fleurs pendaient une chaîne et des breloques; il avait aux doigts trois bagues de brillants; il critiquait les mets et les vins qu'il dégustait de ses lèvres épaisses; il donnait d'un tou lirfUL des nouvelles politiques et se disait l'ami de M. de Cavour. Les jours suivants, il conduisit sa femme au camp royal, mais il en fut, dit-on, renvoyé aussitôt. Victor-Emmanuel, en ceci comme en tout, évite le bruit et la mise en sçènc; les cléricaux ont calomnié les mœurs du roi; j'en citerai un trait qui fit du Ixuil à Naples; il imposa silence à bien des calomnies cl mit un frein aux spéculations basses. Il est des pères, comme des maris infâmes, surtout dans un pays tel que ce bon royaume de Naples, si longtemps régi par la tyrannie; le roi traversait un jour un village voisin de sa nouvelle capitale où demeurait un père possesseur d une fille fort belle, qui ne trouva rien de plus simple que d'aller la proposer au souverain élu; l'enfant pleura en se trouvant en présence du roi et elle lui i avoua qu elle aimait un de ses cousins, qu’elle voulait l’épouser et rester pure. Le roi lui accorda aussitôt une petite dot et lui dit avec bonté : « Va le marier et sois heureuse : Sei una brava ragaxza. » * , • < ’ . • £,*« - JmH}
Pour en finir ici avec l'homme à breloques que nous retrouverons à Païenne et à Home, un soir, connue j'arrivais pour diner, il faisait circuler autour de la table un écrin renfermant une mer- » veilleuse parure do corail rose que sa femme venait de recevoir en f cadeau : « Vedctccomè bellu, • disait-il à chacun sans se soucier L des cou imenl aires et des railleries; il .faisait parade de sa honte comme d'un succès. Quelques oflicieis piémontais étaient tentés *
de le chasser de la table d’hôte, et les jours suivants un ordre ministériel lui interdit d'y paraître.