SIS
mon petit pot prisa Pompeï, il le retourna en tout sens en dissertant sur les potiers antiques étrusques et grecs. Quelque chose de métallique sonnait dans le vase tandis qu'il le retournait.
« C’est certainement, me dit-il, une médaille. »
L’objet arrondi et plat, venait jusqu’au bas du col de l’orifice; nous l'apercevions et le palpions à moitié du doigt; mais nous ne pouvions le retirer de sa prison séculaire. Liborio me laissa occupée à ce mystère; si c’est une médaille, penspis-je, elle sortira puisqu’elle est entrée; sans doute un peu de lave du volcan a épaissi les bords; il s'agit de la détacher par une secousse incessante. Je perdis une heure à cette expérience; je m'y olistinai en voyant tomber du vase une poussière noire qui avivait mon espoir. J'apercevais, jaillissant de son suaire, une médaille d’or à l'effigie de quelque belle déesse; je in’en faisais une broche ou un fermoir de bracelet; le pot de Pompeï devenait pour moi le pot au lait de Perrette. Le sommeil me gagna; je rêvai de mon trésor, et à mon réveil, je recommençai ma tentative en changeant de procédé; j'introduisis un ruban double jusqu’au rendement du vase, essayant de saisir la médaille et de l'attirer à l'ouverture, comme on fait d'uu bouchon dans une bouteille; bientôt je sentis l’objet engagé dans le goulot; j’eus le saisissement du triomphe; la médaille montait sans écailler l'argile; je la vis apparaître terreuse et noire; elle était, comme circonférence, d’une netteté irréprochable, mais, en même temps, d’une légéreté étrangère iï tout métal. Je la frottai d'un linge pour en faire ressortir l’effigie; oh ! stupeur ! la médaille se brisa en trois morceaux; elle avait, à l'intérieur, la blancheur du marbre: ce n'était qu’un petit amas de graisse durcie et arrondie au fond du pot depuis dix-huit cents ans! lue odeur de saindoux rance s'en exhalait; j’enfermai ce résidu éternel dans une enveloppe sur laquelle j'écrivis: Mystification d'un mystère de Pompeï, puis je replongeai, dépitée, la graisse et l'inscription dans le petit vase dont la bouche ouverte semblait me railler. Je le tenais encore à la main lorsqu'on frappa à ma porte; c’était M. Pascal Duprat qui, arrivé depuis quelques jours à Naples, venait me faire visite. Charmée de retrouver en pays étranger ce noble esprit, défenseur et martyr des généreuses doctrines de la révolution de Février, j'oubliai aussitôt la vague humiliation que nous cause toujours un désappointement sj petit qu’il soit. Le fier publiciste me rappela nos enthousiasmes républicains de 1818 ; espérances hâtives si vite évanouies; nous eau-