‹ L'Italie des italiens (volume 3)Chapitre 5 sur 7 · A MA F1I.I.E · texte numérisé non relu

A MA F1I.I.E

Un jour sortit de l'arche un oiseau fatidique Qui sur la terre en deuil plana d'un vol pudique; Mais rencontrant partout le péril et la mort Vers l'asile sacré, chaste, il reprit l'essor; l’lutét que de ternir la blancheur de ses plumes subit ses liens et sa prison de brumes.

I/ITAI.IE DES ITAMENS.

S«* renrprmant craintive en l'épaisseur ües bois,

Où la cruelle Taim vient l’assiéger paifois,

Ainsi la blanche hermine aux regards se dérobe;

Craignant de se souiller aux fanges de ce globe,

Elle reste cachée en ses abris déserts Kt n'ose s'élancer dans les sentiers ouverts.

Comme la blanche hermine et la colombe antique,

O vierge de quinze ans, conserve-loi pudique!

Cache 4 tous les regards la candeur de ton front,

Tour ne pas l'eflleurer de l'ombre d'un affront !

Dose, n'entr'ouvre pas ta corolle vermeille;

Lis virginal, oh! crains les baisers de l'abeille!

Le lecteur connaîtra bientôt les superbes sonnets italiens que la guerre de l'indépendance inspira à la princesse.

Ainsi ia poé.sie et le culte des lettres nous lièrent dés ce premier voyage » Paris, et efîacérent entre nous les inégalités de la fortune. IkI princesse Marie s’en retourna en Italie, où elle habita tantôt Florence, tantôt son palais de Pérouse ou la jolie villa qu'elle s'est fait construire dans le voisinage du lac de Trasimène. J'entretins avec elle une correspondance qui me charmait et qui semblait lui inspirer le même attrait; je lui écrivais les nouvelles littéraires de Paris; elle me faisait part des espérances patriotiques de l'Italie. En 1859, quand l'armée française franchit les Alpes, et que la nation martyre, si longtemps morcelée, revendiqua sa grande âme à l'antiquité païenne, pour se lever, pour combattre, pour s’unir, pour n'être pins qu'un peuple fort et respecté, la princesse Marie eut un tressaillement de joie immense qui éclata en poésie et en chaleureuses adhésions à toutes ces villes qui brisaient leurs chaînes. L'âme de son frère, le prince Charles, et celle de son mari, le noble citoyen Valentini, semblaient tripler ses élans généreux. Tous deux, découragés, déçus, ils étaient morts trop tôt jgour voir ce beau jour; mais elle le voyait à travers leur souvenir, et elle faisait sans crainte ce qu'ils auraient fait; elle applaudissait aux chaînes rompues: elle aidait de toute la puissance de son esprit et de son nom à la fondation de la liberté et de l'unité italienne.

On sait qu'au lendemain de nos victoires en Lombardie, les Romagnes et les liégstrohs se soulevèrent spontanément, et que Pérouse, avant d'être noyée dans le sang, eut aussi son jotn* de délivrance et d'espoir. Voici la lettre que je reçus de la princesse à propos de cet événement heureux, que des représailles sinistres devaient si vite aæombrir :

1, 'ITALIE DFS ITALIENS.

• Pérouse, 1S juin 18S9.

« Je suis bien heureuse de vous écrire, chère madame Colet, le lendemain d'une journée glorieuse pour le pays que j'habite, car ce fut hier que cette bonne ville de Pérouse a fait sa révolution pacifique, mais unanime, et, à l’exemple de Bologne, s’est soustraite à la domination du pouvoir temporel du (lape, ainsi que toute l'étendue des Romagnes et des Légations.

« Le drapeau italien flotte sur les vieilles tours de l'hôtel de ville et à toutes les fenêtres des maisons particulières. Hier soir la ville, illuminée comme par cncliantement, retentissait des cris les plus vifs et les plus sympathiques pour la France, pour l'Empereur et pour le roi Victor-Emmanuel. Plusieurs milliers de personnes se groupaient sous mes fenêtres aux cris de ; Vive l'Empereur! et je fus obligée de me montrer au peuple pour le remercier et lui dire à mon tour ; F/wi l'independenza ilaliana!

• C’a été un beau moment pour tous, et surtout pour moi, de voir et d'entendre cette grande voix du peuple s'adoucir pour crier avec exaltation le nom de l'Italie et de l'Empereur. Mon nom aussi fut couvert d'applaudissements par ce même peuple si heureux et si modéré ; je fus obligée de me montrer trois f^ois pour obtenir enfin qu'il se retirât.

« I>e gouvernement provisoire vient d’étre nommé; il est composé des personnes les plus respectables et les plus éclairées, parmi l«‘squelles sont mes amis, le comte Faïna et l'avocat Berardi ; ce dernier, que vous avez connu à Paris, est secrétaire du gouvernement. Les autres villes environnantes ont suivi l'exemple de Pérouse ; elles offrent toutes la dictature au roi de Piémont, comme l'a fait la Toscane.

« Les esprits fàclieux se plaisent à répandre le découragement en disant que, malgré la dernière proclamation de l'Empereur, les Ëlats romains ne seront pas soutenus dans leur révolution par la France et le Piémont. Mais moi je penst^ le contraire, et je ne veux pas imaginer un seul instant que les troupes françaises renouvelleront jamais les déplorables scènes de 1848 à Rome. L'Empereur est trop grand et trop juste pour cela, et l’élan italien des provinces est trop inagniflque et trop héroïque.

a Je vous connais trop bien pour croire que vous resterez indif-

L’ITAI.IE DES ITALIENS. 4i

férenlp au récit que je vous fais d’un des plus heureux jour.s de ma vie.

t Le vent qui agite en ce moment à ma fenêtre l'adorable drapeau tricolore, semble joyeux et fier de mêler son souRIe harmonieux au grand murmure lointain de la foule, qui se réjouit et acclame le nouveau gouvernement.

« Je vais vous adresser quelques exemplaires de mes sonnets italiens, qu’on vient d’imprimer à Florence. Je vous prie de les donner à MM. Alfred de Vigny, Babinet, Antony Deschamps, et aux amis que j’ai rencontrés chez vous. Je tiens à ce que M. Henri Martin soit du nombre, et je désire aussi que votre charmante tille en reçoive un exemplaire particulier de ma part.

< Je suis heureuse de vous renouveler l'expression de toute mon amitié.

« Votre affectionnée, ^ .

« Marie Bonapautb Valentisi. • '

Ainsi que le pressentait la princesse, cette lettre si noble et si émouvante me remplit de joie; mais, héhisl les horribles massacres qui décimèrent Pérouse firent presque aussitôt rentrer sous le joug papal la pauvre cité un moment libérée. Le farouche et sanguinaire colonel Schmidt, à la léte de ses bataillons suisses et autrichiens, rapporta la mort et la proscription dans la ville en deuil, et l'on revit, comme au temps d’Auguste ;

' Pérouse au sang des siens tout entière noyée ' .

La princesse M.arie s’échappa à grand’peine de la cité saccagée : elle se réfugia à Florence, où je lui écrivis, et, un mois après sa lettre précédente, je reçus d’elle celle qu'on va lire :

• Florence, tu juillet 1859.

■ Ma chère et bien lionne amie,

« L’inspiration ne vous a point trompée, et votre lettre m'a rejointe ici, où je suis venue m’abriter en sortant de Pérouse. M. Henri Martin m’a rendu un grand service en vous indiquant où vous pouviez m’écrire, car vTaiment votre lettre et vos lielles poésies ont soulagé mon cœur encore désolé des scènes aTreuses dont j'ai

• Vers de Corneille dans le monologue de Cimu.

1,-lTAI.IK DES ITAI.IKNS.

été le témoin. Mes amis du gouvernement provisoire ont réussi à se sauver: l’avocat Bcrardi vient de publier ici le récit fidèle de l'insurrection de Péro«ise: je sais qu’il vous a envoyé un exemplaire de cette brochure. Vous l'aurez sans doute reçu. Cet ami dont vous gardez le souvenir est en ce moment à Turin, où il a été envoyé par le gouvernement pour faire connaître au roi le véritable état des choses dans les Etats romains. Tous les journaux ont retenti des événements survenus dans la malheureuse ville que j’ai quittée après sa défaite sanglante, et presque tous ont parlé des dangers de pillage et de mort que j’avais courus. Pour dire la vérité cependant, je n’ai pas eu personnellement à souffrir, ma maison a été res()6ctée, même des Suisses ivres. Ce qui ne nous a pas empécliées, mes tilles et moi, d’assister à une horrible fusillade qui a duré plus de deux heures. Les balles que nous entendions siffler auraient pu nous atteindre; heureusement il n’en fut rien, et, qu<arante-huit heures après la prise et le sac de la ville, je pus quitter cette ville ensanglantée qui demande au ciel vengeance et liberU'.

« Parmi tous les journaux, VUnivcrs est le seul qui se soit permis de parler de moi sans égards; il m’appelle la comtesse Valentini, sceur du prince Canino ; mon nom de Bonaparte aurait sans doute brûlé la plume du bilieux Veuillot. Ses mensonges à lui n’incendieront personne; il affirme que ma maison était le centre de tous les révolutionnaires, et il invente, à l’appui de son insertion, de faux télégrammes, que le duc deGramont m’aurait écrits de Borne pour désapprouver la part active que j’aurais prise à l'insurrection. Les journaux italiens me dédommagent amplement des sottises de VVnivers, auquel j'ai dédaigné de répondre. A Florence, je suis entourée de mes amis de Pérouse qui ont pu s’échapper, et de toutes les personnes considérables de la Toscane qui me sont dévouées. Je compte rester ici encore un ou deux mois, puis aller à la campagne et revenir après passer l’hiver à Florence. — Je dois vous dire que le bruit s'étant répandu partout que le colonel suisse avait refusé de me laisser sortir de Pérouse, après le massacre, je fus fétée sur toute la route, et principalement à Arezzo, encore plus que je ne l'avais été à Pérouse, il y a un mois. Durant vingtquatre heures que je restai à Arezzo, je reçus plus de cinq cents cartes de visites ; le peuple jouait des fanfares sous mes fenêtres. Pour éviter la suite de ces démonstrations, je partis le lendemain plus têt que je ne l’avais annoncé ; ce qui n’empêcha pas, le télé-

graphe aidaiil, que je trouvai la route d’Arezïo à Florence bordée de monde et toute pavoisée de drapeaux français et italiens; toutes les autres villes et villages que la route traverse envoyèrent à ma rencontre leur musique militaire, jeunesse et munici()alité en tète; les femmes et les enfants remplissaient ma voiture de fleurs. Enfin, ma chère amie, ce court voyage fut un véritable triomphe, mais il était attristé pour moi par les affreux souvenirs de l'avant-veille. Les plus bruyantes et sympathiques acclamations accompagnaient cet élan si spontané du bon peuple toscan. Le nom de l'Empereur, de l'Italie et mon propre nom étaient portés au ciel par la foule.

• Hélas! après la conclusion de la paix, l'enthousiasme italien a bien perdu de son énergie, et si je traversais demain la même route, je n'y rencontrerais pas les mêmes ovations. Le thennomètre populaire suit les changements atmosphériques. La paix avec l'Autriche a singulièrement fait baisser le nôtre. On attend la décision du congrès pour se réjouir ou pour recommencer l'œuvre interrompue de la révolution, car les populations sont bien décidt^s à ne plus vouloir du gouvernement temporel du pape, et dans toute la Toscane on ne veut plus entendre parler de la maison de Lorraine.

« Je n'avais pu jusqu'ici vous envoyer mes sonnets italiens ; l’édition entière qu’on m’en avait envoyée de Florence à Pérouse, et qui y arriva le jour du massacre, fut brûlée par la personne timorée qui s'en était chargée.

« J’en ai retrouvé ici quelques exemplaires que je vous fais passer. J’ose à peine vous adresser ces vers, à vous, noble muse de France, qui chantez si bien les malheurs de notre sœur l’Italie, et que les plus illustres poètes traitent d’égale. Rappelez-moi au souvenir de vos amis et de votre fille, et croyez-moi de bien bon cœur votre affectionnée , M.vnie Bonaparte Vacrntini. »

Antony Deschamps, le grand et fidèle interprète de quelques chants de la Divine Comédie, a traduit en vers français le premier des cinq sonnets que m’envoyait la princesse ' :

' Voici les sonnets italiens de la princesse Marie;

bUCtCA bCL OCÜERAL BO.^APARTL lE ITAUA.

raiiinlo deir Alpi alia famosa cre&la L'emitlalor di <',esare f»rmo»tie

Quand il fut arrivé sur la faineusu cime Kt que la noble terre eiiHn se dévoila,

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