LA PROCLAMATION DE RIMINP
(rRAGHBNT DE CANZONE).
toi qui t'apprêtes à la grande entreprise, Prince! toi qui as proféré la parole
* Proclamation par laquelle Joachim Murât appela les Italiens à l'unité ({ui se réalise aujourd'hui.
9it L'ITALIE DES ITALIENS.
Que depuis tant de siècles attendait en vain Htalie,
Alors que ceux qui redoutent de la Toir unie,
Enchaînaient son bras vaincu, -
Et après l'avoir morcelée, la repaissait d'outrages.
Tandis que nous entendions les avides et longues querelles
Des rois, tout haletants pour lui faire injure»
Dans toi seul un rayon unique
De notre espérance survivait, en pensant
Qu'il était encore une contrée indépendante
Et que là veillait une épée libre.
Cependant de toutes parts retentissait un cri :
Liberté des peuples, gloire et paix !
Et le Congrès de l'Europe s'ouvrait ;
Et cette reine de tant de mers.
Cette antique et belle guerrière /
Ne fut pas trouvée digne d'y siéger!
A l'écart, le doigt posé sur la bouche,
Elle dut attendre son destin de ses ennemis.
Tel le mendiant est assis
Sur le pavé, à la porte du riche :
Aucun passant ne l'appelle son ami,
Et ne pas l'insulter paraît généreux.
Est-ce que les flancs glorieux de cette mère illustre Sont devenus inféconds? Est-ce que Le lait antique est aujourd'hui tari dans ses veines? Ou nourrit-elle des fils qui pour elle hésiteraient A verser leur sang ? Est-ce qu'il s*en trouve
A qui il parait plus beau de se combattre et de s'injurier entre eux? Blasphème insensé! les forces étaient éparses Et non les volontés ; dans tous les cœurs Tressaillait cette pensée :
« Nous ne serons jamais libres si nous ne sommes unis ! • Mous resterons un vil troupeau entre des mains moins fortes que les nôtres, « Jusqu'à ce que Surgisse un homme qui nous rassemble. »
11 a surgi cet homme suscité par Dieu, oui...
Par ce Dieu qui soumet parfois au joug étranger
La valeur d'un peuple qu'il châtie,
Hais qui un jour brise enfin l'épée de l'iniquité,
Confond les oppresseurs.
Et inspire à celui qui combat pour la patrie
La furie et la joie des périls.
C'est d'accord avec Dieu même, prince.
Que tu ramasseras les tronçons épars de l'Italie
Et n'en feras qu'un faisceau dans ta main.
Ces vers, si g]oricu.K pour la mémoire de Murât, ne furent qu'un chant qui retentit sur sa tombe. Murât, mort, emporta avec lui sa
dynastie ; mais il a mieux fait que de léguer des prétendants à ritalie, il lui a légué des défenseurs. Ses petits-fils, les comtes Rasponi et le marquis Pepoli, ont concouru à réaliser la proclamation de Rimini.
L'homme vraiment suscité par Dieu, Thomme prédit par Manzoni, dans ce chant qu'on dirait fait d'hier, c'est Vittorio Emmanuele (nom prophétique), archange de la victoire envoyé pour libérer ritalie et, suivant l'expression du poète, pour en faire un faisceau dans sa main.
L'autre pièce qui est complète a pour titre : Mars 1821.
C'est un hommage à l'héroïque entreprise vaincue qui jeta dans Texil ou dans les cachots tant de généreux Italiens et détermina Santa Rosa, Paul Bonaparte, lord Byron et Pietro Gamba à aller mourir en Grèce. La traduction ne saurait rendre le mouvement haletant, précipité de ces strophes sublimes, dont chaque vers est un cri d'indignation et d'espérance.