LES PRATIQUES DE TITIEN
« S. E. se plaint que je n'écris plus. Elle se résigne aisément à me voir pauvre. Dites-lui que c'est ma pauvreté qui cause mon silence. »
Cette année 1540 était, semble-t-il, peu fructueuse pour TArétin. A TAnichini, il ne pouvait rien envoyer qu'un sonnet sur sainte Catherine, « sans aucun de ces présents convenables, à Tusage d'un talent loué, admiré ». Luigi Anichini venait pourtant de graver sur lapis-lazuli un Ganymède, « ouvrage aux inconcevables subtilités »,et l'Arétin aimait à la folie les Ganymède. Il accumulait les sonnets : sonnets pour le portrait du sénateur Vincenzo Capello, commandant général de la flotte, revêtu de son armure damasquinée, sonnets sur la vie de sainte Catherine et sur l'image que le Sansovino lui avait sculptée de la sainte ; Thomme qui avait fait depuis six ans (1334) la Paraphrase des Psaumes, célébrait le génie du Sansovino en des vers édiflants :
Au monde vous prouvez qu'aux bronzes et aux marbres, Vous donnez le sentir ainsi que le mouvoir!
disait-il, dans un style très médiocrement plastique *. Au besoin, il mettait Titien et lui-même au service des gens, s'offrait et offrait ses amis, sans hésiter. En remerciant, pour deux douzaines de couteaux, le capitaine Palazzo, il le priait d'avertir le seigneur Girolamo Martinengo « que le pinceau de Titien et la plume de l'Arétin sont prêts à perpé-