INCARTADES DE LEONI
orfèvre allemand au service du pape *. Le fougueux Leoni avait répondu à des diffamations en coupant la figure de son calomniateur. Paul III, dans cette occurrence, se montra moins indulgent qu'il ne Tavait été dans le meurtre de Pompeo Capitaneo par Cellini. Leone devait, d'après la sentence, avoir la main coupée, et aller aux galères, bien que ce ne semble pas être d'abord la place d'un manchot; sa main fut sauvée par le cardinal Archinto et monseigneur Durante. Mais il alla ramer durant toute une année sous les gonfanons de saint Pierre. L'Arétin eut beau faire, il ne fallut pas moins que l'influence de l'amiral André Doria pour rendre Leoni à la sculpture. Le sculpteur était encore à Gênes, avec sa mère, sa femme et son fils lorsqu'il annonça la fin de sa peine à l'Arétin, « grâce au prince de Melfi ». Mais l'artiste s'ennuyait à Gênes, et, se tenant quitte envers Doria par la belle médaille qu'il avait gravée pour lui, il demandait à l'Arétin de lui faire quitter l'amiral, le neveu de l'amiral, tous les Génois du monde, pour un poste plus en vue. En attendant il se riait de ces « prêtres p..., priant Dieu de faire crever les tristes' ».
L'Arétin se hâta de répondre avec maintes paroles gracieuses pour les Doria, que César faisait toutpuissants alors, et force méchancetés à l'adresse de la cour romaine, dont il se plaignait. « Je sais que
i. Boltari, V, 247; Bertolotti, Artisti lomb. a Borna, I, 300. 2. Pion, op. cit., 13-15.
je n'ai pas autrement besoin de vous attester par serment, et que vous croirez très aisément que ma joie, à la nouvelle de votre mise en liberté, fut aussi grande que Tavait été ma douleur.... La bonté du seigneur Francesco Doarte vous arracha des fers auxquels vous avait fait enchaîner une prôtraille impie, pour une faute, c'est vrai, mais pour une faute nécessaire; vous avez été recueilli par la clémence du prince Doria; cela vaut mieux que toutes les faveurs et bienfaits qu'une cour sans intelligence eût pu vous octroyer, vous eût-elle confié en outre la charge de la Monnaie. Autre chose est d'être l'esclave de la fortune, autre chose de reconnaître le talent. Ainsi donc rendez grâces à Dieu, et, ce faisant, priez-le de vous maintenir, par l'effet de sa miséricorde, dans le service et la faveur précieuse de vos deux patrons. Pourtant, qu'il vous souvienne, si cela se peut faire, de m'adresser, sitôt achevée, un exemplaire de la médaille que vous exécutez de cet homme divin, afin qu'en voyant sa glorieuse effigie, je me puisse vanter d'être digne de la contempler *. »
Titien allait, dans l'automne de 1541, à Milan, auprès de Charles-Quint. C'est là que l'empereur lui donnait une pension de cent ducats sur le trésor de la ville. Quant à l'Arélin, il écrivait au prince de Salerne : « J'ai rappelé à Titien, qui s'en va à la
1. Letl., II, 216 v*-217. Lett. scr. ail' Aretino, I, 357. — Pion, op. cit., PI. XXIX, *.2,3. Armand, les Médailleurs iial, des XV" et xvi" siècles.