LES FARNESE ET TITIEN
que « jamais on ne vil pareille délicatesse dans les objets faits sur mortier ou sur marbre », c'est-àdire dans les mosaïques vénitiennes ou florentines. Pourtant, Vasari s'oubliait parfois jusqu'à retarder l'exécution de ses promesses : un billet assez sec venait les lui rappeler. L'Arétin, qui était en froid avec le duc de Florence, avait la sévérité facile pour les artistes florentins* : un dessin du Moretto et une lettre autographe de l'Arétin, c'était apparemment trop peu pour le duc Cosme, car il n'en avait môme pas remercié.
Titien connaissait trop bien son compère pour laisser s'amasser entre eux une seule de ces « nuées ». Aussi, l'Arétin avait beau trembler la fièvre dans son lit, il arrachait à sa veine un sonnet pour l'image de <( magnifique dame Isabella Massola, au front altier ^ ». C'était l'année où Titien peignait cette famille Farnese dont la grandeur était à son comble. L'Arétin , qui avait poussé une pointe jusqu'à Vérone , écrivait à Titien l'éloge du portrait de Paul III ' : (' La renommée, mon compère unique, se plaît si fort à publier le miracle fait par votre pinceau dans le portrait du Souverain Pontife, que, s'il n'y avait pas obligation de publier de par le monde la générosité montrée par votre caractère en refusant l'office du Plomb, qu'en récompense de