‹ L'Italie du XVIe siècleChapitre 118 sur 227 · JULES ROMAIN · texte numérisé non relu

JULES ROMAIN

Pour se consoler de cette incivilité, il partageait avec Titien et Sansovino le régal de deux couples de francolins, un joli gibier, envoyés de Vicence par un ami *. Cependant, malgré ces récriminations, la vie artistique était trop intense pour que les racontages ne fussent pas nombreux; on faisait mourir Jules Romain ; puis , bientôt , la nouvelle était démentie. L'Arétin écrivit au peintre des Gonzague pour exprimer sa douleur ensemble et sa joie de la fausse nouvelle et du démenti; sans scrupules, il régalait, le préférait à Raphaël, « l'homme divin ' ». La mort ne fit crédit que d'une seule année au maître brillant et hardi. Jules Romain , à celte époque, devait moins que jamais regretter Venise; l'Arétin avouait lui-môme à Titien que les seigneurs, « à cause qu'ils étaient nés sous le signe de Tarc-en-ciel, avaient les cervelles changeantes ' ».

C'était, cette année 1345, l'ère des nouvelles mensongères et des fâcheux incidents. Tandis que se préparait la grave disgrâce du Sansovino, et que Ton publiait, à Venise, le trépas de Jules Romain, Milan retentissait du bruit que TArétin était mort ; Leoni, que le marquis del Vaslo avait fait nommer maître et graveur des coins de la monnaie impériale, avec cent écus d'or par an, et qui avait revu l'Arétin durant un séjour à Venise en 1544, apprit la rumeur, et s'en émut : l'Arétin se hâta de le rassurer ; son épître badine montrait bien

4. Lett., III, 93. — 2. Lett., III, 95, — 3. Lett., III, 98-99.

vivant celui que tant de gens auraient voulu voir

enterré *.

Il y avait eu cependant quelque fond de vérité dans

les nouvelles alarmistes que Ton répandait au sujet de Jules Romain. Tandis que Titien et TArélin faisaient, avec une imperturbable vigueur, les affaires de leur fortune, Jules Romain avait ressenti les atteintes du mal qui remporta bientôt '. L'Arétin lui parlait de son « heureux rétablissement », mais ce n'élait, par malheur, qu'une apparence décevante.

Le jeune Jaco[)o Robusti commençait à illustrer son surnom de Tintoret ; tout rempli de la « fureur pittoresque » célébrée plus tard par son admirateur Pierre de Cortonc, il brossait sur les murailles de TArélin Thistoire d'Apollon et Marsyas et celle d'Argo et Mercure '. Celui-là n'avait point l'étoffe d'un complaisant ; quand l'Arélin l'employait, il mit sa fougue habituelle à le satisfaire ; quand il le louait, il accepta ses éloges. Mais à la première attaque, il lui prit mesure avec un pistolet; leur amitié devint alors inébranlable *. O^s^ï^I^ ^ Vasari il célébra surtout les talents musicaux de son confrère ; il trouvait le Tintoret « senza disegno » ; le pauvre Vasari, par malheur, a laissé force peintures; et le Tintoret a créé le Miracle de saint AJarc^ la

\. Lett., III, 100-101. — Cf. Eug. Pion, chap. ii, p. 18-20.

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