MISE EN LIBERTÉ DU SANSOVINO
aulremcnt, les unions se font sous le plus triste augure *. »
Enfin, en février, il pouvait écrire à Titien : « Vous ne seriez ni un homme de talent, ni un homme de chair, M. Titiano, si, touchant le Sansovino, vous ne vous étiez en môme temps affligé et réjoui puisque l'accident qui lui est arrivé est digne de douleur et d'allégresse ; car en un même coup il fut prisonnier et mis en liberté ; et, ce qui doit encore pénétrer le cœur de plaisir, c'est qu'il pouvait mourir là-dessous infiniment de gens, et que personne n'a eu de mal, ce qui témoigne de son innocence *. » Titien cependant se faisait décerner le titre de citoyen romain : il prolongeait son absence. En dépit de certains biographes, il n'apparaît pas que l'affaire de son ami l'ait extrêmement préoccupé ; elle s'est dénouée sans lui, très vite, et grâce à l'Arétin.
Le Sansovino se retrouvait libre, prêt à oublier avec son fidèle compère les dangers des deux derniers mois, à se réjouir du mariage que faisait un de leurs amis, « à qui la grâce de Dieu, par un vrai miracle, donnait une femme frappée au coin de son désir ' ». Il devait beaucoup à l'Arétin, qui avait passé de mauvais moments dans cette crise : un jour, en rentrant chez lui, n'avait-il pas trouvé, en même temps qu'une lettre de Titien, la nouvelle que le Sansovino était mis aux fers? Toute la nuit, « il avait songé à quel terme de cruelle ignominie la fortune avait
i. Lett., m, 346. — 2. Lelt., III, 3i8. — 3. Lett., III, 353.
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réduit un homme de si grand talent, et si honnête ; jugeant combien le sort était rigoureux et bizarre, qui avait voulu que celte œuvre, tabernacle de la renommée de notre frère, fût devenue le cimetière de sa gloire M » Il s'était un peu consolé en pestant contre les modernes, qui veulent copier Vitruve au lieu d'être originaux.
Celte insomnie, et ses efforts pour sauver Tami dans la disgrâce, sont un titre d'honneur pour TArélin : d'autant mieux qu'il ne songea point, lui le vantard par excellence, à se targuer de ces mc'^iles. Il prépara ses lettres nouvelles, qu'il dédiait sans grand préambule à « Magnanime seigneur Jean- Charles Affaetati, gentilhomme sans pareil ». Son train habituel d'éloges et de dissertations reprenait, l'alerte passée. Il envoyait à Don Luis d'Avila un témoignage d'admiration pour ses annales. « Vos commentaires incomparables ne sont pas moins les images des gestes de Charles-Quint, que ne sont les vifs exemplaires de ses ressemblances les ouvrages de Titien *. »
Il y avait eu un long silence entre Leone Leoni et l'Arétin, qui ne répondait plus aux lettres du sculpteur. Leoni avait encore défiguré un homme, par procuration cette fois. Martino Pasqualigo, qu'il avait emmené avec lui à Venise, ne voulait
i. Lett., 111, 359-361.
2. Fénelon exprima le môme sentiment dans la Lettre sur les occ. de VAcad. — Lett., IV, 6. — Voir, sur d'Avila, Mignet, CharleS'Quintf etc., p. 281 et sniv.