‹ L'Italie du XVIe siècleChapitre 134 sur 227 · LES FILLES DE L'ARËTIN · texte numérisé non relu

LES FILLES DE L'ARËTIN

« Les moindres parties de celte ville seraient tenues pour merveilles dans n'importe quelle grande cite du monde.... Ici, les yeux humains sont vaincus par la foule des spectacles offerts M » « Venez vous réjouir avec moi, disait-il à ses amis de la province; bien que, pour comprendre pleinement, il soit besoin d*un grand espace de temps. » La facilité des mœurs vénitiennes lui plaisait tant, qu'il la prêchait même à des nouveaux mariés, comme Orazio Vecellio, le fils aîné de Titien *. Pour lui, les Monna Cicilia succédaient aux Marietta, les Marina aux Lucrezia ', sans préjudice des dames imprudentes qui avaient compté sur Téternel « voyage du mari » : le mari revenait trop tôt de Casai , et trouvait TArétin sur son oreiller. « Va-t'en »', lui disait <il en le secouant ; l'autre s'en allait, avec un parfait savoirvivre.

Comme les fils de Titien, qu'il voyait de très près, lui semblaient difficiles à conduire , l'Arétin se réjouissait de n'avoir que des filles *. Il s'en reconnaissait deux, baptisées Adria et Austria ; charmantes personnes,. « de vive innocence ». La vie en somme était une bonne chose, et point malaisée, pour\'u que l'on eût « l'ingegno ». Il en avait à revendre. « A vrai dire, l'art est une façon innée de considérer les excellences de la nature ; laquelle façon vient au monde avec nous, dans notre berceau. L'art qui

1. Letl., lV^68-69. — 2. Lett.,lV, 79-80. — 3. Lelt., IV, 55, 83. — 4. Lett., IV, 100.

s'acquiert par la suite, c'est de Tart, si Ton veut, mais illégitime et bâtard *. «

Charles-Quint et Paul III se disputaient Titien. Le peintre avait promis au pape : il partit pour la cour de lempereur, à Augsbourg, en janvier 1548. Son départ, qui fut négocié par ses lettres d'excuse aux Farnèse, par des lettres de l'Arétin *, ne fut pas pour ramener le pape à de meilleurs sentiments envers l'empereur. C'était une gloire pour un peintre, comme le marque l'Arétin, d'ôlre aussi avant dans Tesprit de Charles-Quint, à ce moment de « tumultes » au plus fort des affaires d'Allemagne. Titien, après avoir donné à l'Arétin une réplique de VEcce Homo qui est présentement à Madrid, et portant une lettre de l'Arétin pour César, s'acheminait vers Augsbourg par Ceneda. L'Arétin restait pour le défendre : « J'ai rabroué pour les exterminer les langues malignes de ces envieux abominables, qui, dans un concert de voix insolentes, cherchaient à diminuer les rares honneurs de l'incomparable Titien votre oncle ', en attribuant à la bonne fortune et non au grand mérite d'un pareil homme le rang et la faveur qu'il possède auprès de Sa Majesté césarique : quoique les gens de son mérite devraient payer cette engeance-là, car, si l'envie n'existait point, il

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