‹ L'Italie du XVIe siècleChapitre 139 sur 227 · LE TINTORET · texte numérisé non relu

LE TINTORET

bien appris, comme Pasqualino degli Angeli le ciseleur : « Le miroir à deux faces que vous m'envoyâtes hier, montre en lui, par le talent de Tadmirable artifice, la très belle invention du génie avec lequel vous l'avez fait; mais quel miracle dû à la facture et au style ne peut-on pas voir, aujourd'hui, sortir de la main des jeunes gens comme vous? Je m'émerveille de la modestie de notre époque, qui aussi bien a tant de motifs pour s'enorgueillir, en raison de toutes les imaginations élégantes de l'esprit humain, et qui cependant n'a point d'ardeur à se nommer divine *. » La « facture », sinon toujours « le style », c'était bien, et ce n'était que trop, le don delà génération nouvelle; si en revanche le « divin » lui faisait très souvent défaut. Mais il ne faut point demander à l'Arétin de s'élever jusqu'à la notion du divin, en art ou dans toute autre sphère.

Cependant, parmi les peintres qui montaient derrière Titien, il y avait un créateur d'un puissant génie, ce solitaire qui vivait entre sa maison du Campodei Mori et les toiles immenses ou les pans de murailles qu'il couvrait avec furie. Jacopo Robusti, le Tintoret, venait de faire, en avril 1548, le Miracle de saint Marc. « A mon sens, a dit un critique ami des formules tranchantes, aucune peinture ne surpasse et peut-être n'égale son Saint Marc *. » Devant le

i. Lett., IV, 180.

2. Taine, la Peinture vénitienne, Voy» en Italie, II, p. 361. — Il y a cependant, et à VAcadémie môme, des Tintoret plus beaux encore, comme la Mort cTAbeL

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saint, jelé du ciel dans un prodigieux raccourci, TArélin se répandit en éloges, mieux trouvés qu'il n'avait coutume. Il se permettait seulement de conseiller au Tintoret de « ramener la prestesse de Tcxécution à la palience du faire. Mais au reste peu à peu les années y pourvoiront *. »

Les années retenaient de plus en plus le Sansovino chez lui. L'artiste redoublait aussi de travail, il voulait effacer par de nouvelles œuvres l'impression de sa mésaventure. Maître de son art, il lui sacrifiait toutes choses ; quand il apparaissait chez l'Are tin, il fallait s'attendre à le voir arriver « à sa commodité », souvent au milieu de la nuit *. Pendant ce temps, Titien accumulait portraits et travaux pour « César, seul digne que les marbres, les métaux et les toiles respirent le souffle de Tûme de Sa Majesté ' ». Il négligeait l'Arélin, qui ne s'y résignait point : « Vous savez bien que je me rirais même de l'Empereur, s'il se moquait de moi. Deux mots seulement! moyennant quoi le Sansovino vous baise la face, et moi le front. » Les reproches se croisèrent avec une lettre de Titien, dérobée aux instants où « l'immortel retraçait les traits de l'immortel * ».

La gloire, « cette ombre du talent * », on se l'acquérait dans l'officine de l'Arétin, en le courtisant, en offrant des anneaux de turquoise à ses filles •.

1. Lelt., IV, 181. — 2. Lell., III, 187-193. — 3. LeU., IV, 195-196.

4. Lctt., IV, 202, 205. — 5. Lelt., IV, 197. — 6. LetL, IV, 199.

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