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Lett , IV

226 L'ITAUE du XVI* SIÈCLE.

phies', l'AnHin écrivait des lel 1res édiPiantes, comme celle où il racontait au frère Andréa d'Arezzo combien YEcce Homo de sa chambre lui sanctifiait Tâme '. Il méprisait la philosophie; il rendait au Doni ses manuscrits sans les lire : si c'était la traduction, pillée à Manilio, des Lettres de Sénèque, qui devaient paraître Tannée suivante, TArétin eut deux fois raison. « Le doute seul est sûr, à qui cherche à savoir la nature des choses, disait-il. Moi, qui me tends pour vivre résolument, je n'en ai nullement aflaire '. » Il renvoyait les « œuvres philosophiques », mais il gardait les estampes d'après Michel-Ange.

Sa renommée le condamnait à rester chez lui, comme un souverain : s'il venait à sortir par hasard, il manquait Georges Cor naro, le Schiavone, son protégé, ou Bonifazio de Vérone, Félève de Titien *. On lui donnait des aubades, avec les meilleurs musiciens; il fallait obtenir à force de présents et d'hommages, son approbation publique pour ce que l'on peignait, ou faisait peindre. Quand le sculpteur Tiziano de Padoue exposait à Venise l'esquisse de ses décorations pour les nouvelles noces du duc d'Urbin, c'est l'Arétin qui composait l'éloge ^ 11 ne voulait cependant point se restreindre à ce métier lucratif: Fauteur se réveillait souvent dans le libelliste. Cela nous a valu ses pièces, ses dialogues, ses vers, ses Vies des Saints : il n'en pouvait priver l'univers, qui

i. Voir ci-dessous, chap. v.

2. Lett., IV, 267-268. — 3. Lett., IV, 268-269. — 4. Lell., IV, 222, 270, 273. — 5. Lell., IV, 285.

les attendait. « Depuis plus de quarante années, gémissait-il, un jour de chômage, — mon esprit garde en lui-môme des idées qu'admirait même le grand Bembo ; lesquelles sont dignes d'être écrites en or, sur des feuilles de perle. Il- est meilleur de mourir en la grâce du Christ, que de vivre dans la faveur des princes •. »

C'était Giulio, le frère d'Antonio Bernieri, qui copiait les ouvrages de l'Arétin, sur le meilleur papier du Padovano, à défaut de « feuilles de perles ». Le miniaturiste Antonio faisait attendre ses présents; mais quoi î « l'art de la miniature est si lent, si long, qu'il semble que celui qui l'exerce imite les fourmis en voyage, toutes et quantes fois qu'il met son pinceau en mouvement pour travailler *. »

En surveillant les intérêts de Titien ', le compère menait large vie : fêtes, frairies, il tenait table ouverte : « car, manger sans la compagnie de l'ami, c'est une goinfrerie de loup ». Les amis affluaient, et les amies. « Quand bien même j'aurais mille fois cinq cents écus, je serais encore à Tétroit. Tout le monde accourt à moi, comme si j'étais le maître du trésor royal. Si une pauvre fille accouche, ma maison fait la dépense. Si l'on met quelqu'un en prison, c'est à moi de pourvoir à tout. Les soldats sans équipement, les étrangers malheureux, une quantité de chevaliers errants viennent se refaire chez moi *. »

1. Lett., ;1V, 286. — 2. Lett., V, 8. — 3. Lett., V, 5, 11, 13. - 4. Trad. de Taine, Voy. en Italie, lî, 334.

Il procurait Danese à Daniel Barbaro, pour les embellissements de la villa de Terre Ferme, à Masère. Le praticien, juge et partie dans Tart de sculpter, appréciait hautement cet élève de son ami Sansovino. Il envoyait à TArétin un chevreau gras, et ses compliments : « Les conclusions qu'exprime la sagesse de votre docte jugement, répondait TArélin, à savoir que les beaux génies de l'antiquité renaissent dans les compositions de Danese, me font autant plaisir que si cette louange s'adressait à mes œuvres mômes. Car, c'est pourtant grande honte qu'aujourd'hui (aije pas dit cela ailleurs?) il se trouve des interprètes en si grand nombre, et si peu de créateurs. Aussi avez-vous d'assez grandes obligations à la nature, puisque votre talent resplendit dans vos œuvres propres, et non par celles d'autrui ". » L'Arétin posait le doigt sur un des vices de la seconde Renaissance.

Au milieu de ses succès artistiques, Danese n'abandonnait point la littérature. Comme ses compositions n'étaient nullement philosophiques, l'Arétin les lisait et relisait '. Il lui donnait des conseils pour écrire et pour se conduire ; il lui fournissait des ripostes contre ses ennemis. « Quant aux menaces que faisait contre l'Arétin certaine bête, il faudrait, premièrement, qu'elle fût assez forte pour menacer. » C'était quelque jaloux, « de la multitude de ceux qui ne valent rien, et veulent tout ». Une intaille de l'Anichini, un fiasque d'argent ciselé par Gian Girolamo

i. Lett., V, 14. — 2. Lett., V, 14 v.

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