LE PORTRAIT DE TITA, ET VASARI
de le Pôle, arrachaient aisément TArétin à ces misérables ennuis, communs à toute renommée. On lui apportait des chefs-d'œuvre en orfèvrerie : les animau3c fantastiques entouraient Thuilier, la salière, grimpaient au long des vases, que fleuronnaient des joyaux *. On mangeait les fenouils, en compagnie de TAnichini et du Sansovino, sur une table où brillait cette argenterie. Adria se chargeait d'égayer le repas. Un autre soir, Madonna Franceschina jouait de la musique, « avec ses belles mains charmantes ». « Si les mains des filous leur ressemblaient, à ces mains-là, ce sont les cœurs, et non les bourses, que les gens se laisseraient prendre '! » Mascarille ne dira pas mieux.
Don Luis d'Avila reconnaissait le bon vouloir de TArétin en se chargeant de présenter ses sonnets à Charles-Quint : sonnets sur des peintures, naturellement; car Messire Pietro ne vivait qu'au milieu de ses amis les peintres : on l'invitait au baptême de leurs enfants, mais il restait chez lui. Il s'occupait de marier ses filles. On en parlait à souper. En dissertant sur la peinture on égalait Paris Bordone à Raphaël : c'était sans doute après boire '.
Au commencement de l'année 1549, l'Arétin revenait à la charge auprès de Vasari, pour ce portrait de sa mère, qui lui tenait au cœur. « Si vos lettres, disait-il, par elles seules, m'ont ranimé l'âme par la
1. Letl., V, 19, 27, 29. — 2. Lett., V, 53. — 3. Lett., V, 59, 63, 65.
tendresse que portent si doucement les pages écrites aux pères par leurs fils, quelle consolation croyezvous qu'eût sentie mon cœur et mon âme, si j'avais reçu encore, avec elles, le portrait de celle de qui je naquis, là-bas, en Arezzo? Je vous supplie, car vous prier, ce n'est pas assez ! par tout ce qui est en vous d'amour et de talent, qu'il vous plaise mettre de côté tout autre soin, et copier, au-dessus de la porte de Saint Pietro, où se trouve l'image de la Vierge recevant l'Annonciation de l'Ange, cette image, et me l'envoyer par le courrier Lorenzetto, de Florence. Car cette image de ma mère, sous la grâce de votre pinceau, prendra une si vive et si spirituelle beauté, qu'il me semblera presque, à la voir peinte, me réjouir tout ainsi que je me réjouissais à la voir vivante. Si son mérite n'eût été reconnu, le fait de la représenter, en peinture, sous les traits de Marie mère du Christ, témoigne bien de l'honnôteté de si modeste dame '. » Le fils de la « modeste dame i> oubliait qu'un peintre sait faire, d'une drôlesse, une madone, avec plus d aisance encore que le pape n'aurait tiré, de l'Arétin, un cardinal.
Mais l'Arétin était dans une veine de vertu. Il en voyait partout. « Venez demain dîner, écrivait-il à cette Zafîetta pour laquelle il a composé certains manuels, très spéciaux ; il y aura vos vieux avocats» Titien, le Sansovino et moi. Car leur amour envers vous est redoublé, d'autant que vous avez changé