MUSIQUE ET MUSICIENS
votre vie licencieuse pour une vie de continence. » Le train d'existence accoutumé avait repris dès le retour de Titien; mais avec une nuance d'onction qui seyait à des amis sur le retour *. Titien, le plus âgé, le plus robuste, avait encore fait un voyage à Milan, pour régler ses affaires d'argent, qu'embrouillaient les désordres de ses fils et le mariage de sa fille Lavinia •. Aussi ne pouvait-il point admirer, « avec Querini, le Sansovino et Lorenzo Lotto, la réplique du buste de Bembo par Danese, et ce Ganymède aussi, assez beau pour être attribué à Phidias, s'il avait été découvert dans les fouilles en Orient ' ».
Quand on faisait de la musique, après souper, chez l'Arétin, les belles mains des célèbres chanteuses comme la Franceschina trouvaient des instruments dignes d'elles. « Maître Gaspard, écrivait au Longo l'Arétin reconnaissant, le buffet d'orgue que vous m'avez peint çst délicieux, beau à souhait: très gracieuse est la danse des enfants en clair-obsour, la chasse des nymphes au bois attire tous les yeux, les lévriers et les sangliers sont animés comme par la vie môme. Mais au reste il serait étrange que l'ouvrage fût autrement, étant de la main d'un élève de rUccello, au nom duquel vous faites honneur, d'autant plus que, bien que vous soyez âgé à peine de vingt et un ans ou peu davantage, il est nombre de peintres qui, bien qu'avancés en âge, ne vous
1. Lctl., V, "3, 78. — 2. Lett., V, 81-82. — 3. Lett., V, 85.
atteignent certes point. A présent, je vous envoie avec celte lettre la demi-livre de laque de carmin, la plus fine qui se puisse trouver, laquelle je me suis procurée par le courrier de Florence, à cette fin que vous Tacceptiez en don, ainsi que moi avec courtoisie j'accepte la peine que vous a coûtée un pareil ouvrage. » Titien joignait ses éloges à ce remerciment. L'Arétin venait de consentir à prêter son Ecce Homo et le portrait du duc de Florence : Molino en prenait copie et les restituait promptement. Mais TArétin grondait, lorsque, prêtant une « relique », un portrait de Jean des Bandes Noires, il ne le revoyait qu'après trois mois et plus *.
Vasari n'avait envoyé d'Arezzo que de méchantes copies ; il avait manqué le portrait de la « modeste dame ». Titien faisait mieux son devoir; il admirait l'Arétin dans sa mère et dans sa fille : « Ce peintre miraculeux affirme que jamais il ne vit jeune bachelette qui ne laissât paraître quelque lasciveté en son visage, — hormis Adria, laquelle, en son front, ses yeux, son nez, a tellement la ressemblance de Tila (ainsi se nommait ma chère dame de mère), qu'elle paraît plutôt née d'elle qu'engendrée de moi *. » Peintre et homme de lettres couraient tous deux après les dots de leurs filles : « Au Boccamazza, qui vous tient pour un Dieu, disait l'Arétin à Don Luis d'Avila, comme il me contait récemment que
i. Lelt., V, 86, 87, 176.
2. Lett., V, 113-Hi. Voir les médailles publiées par Mazziichelli.
• ■ .1 11 I ' I yi ,,
J f. ' 1 ^mm u- Ljiijji^ju ■»..,« ^y'^W., -■•■