‹ L'Italie du XVIe siècleChapitre 15 sur 227 · VENISE AU XV1° SIECLE · texte numérisé non relu

VENISE AU XV1° SIECLE

la cité des imprimeurs : contre 99 impressions milanaises, 47 florentines, 41 romaines, V^»nise, on dix ans, fait paraître 536 ouvrages *. Les héritiers des Alde-Manuce, et des imprimeurs de l'Age héroïque, ne tardèrent pas à s'attacher TArélin *, oe fécond improvisateur. Marcolini fut son ami particulier en même temps que son principal éditeur. Ortes les temps n'étaient plus où Venise se montrait réfractaire aux humanités : TAcadémie Aldine et ses publications des classiques grecs ou latins, Bembo, « le prince des médiocres », Navagero, des patriciens comme les Grimani et les Barbaro avaient porté jusqu'à son plus haut point l'humanisme vénitien. Il est permis pourtant de croire que dans la cité libre par excellence, la lingua volgare et son infatigable apôtre, Pierre l'Arétin, étaient plus certains de la vogue et du triomphe que dans pas une autre grande ville intellectuelle et littéraire de ritalie.

Lorsque l'on a vu TArétin familier dès ses débuts avec Jacopo Sansovino, Ton s'explique sans peine comment il se trouva tout porté vers Titien. Très peu de temps suffit à nouer entre eux une amitié, la plus étroite, et le Sansovino à son retour la trouva si bien établie qu'il compléta naturellement le duumvirat, et que le fameux triumvirat se trouva

i. Miintz, niât, de l* Art pendant la Renaissance. II, L'âge (l\)r, p. 286.

2. Voir Rënouanl, Annales de fimpr. des Aide, Paris, 183i, p. 149, 154.

fondé. Trois mois à peine après son arrivée incertaine et son laborieux établissement à Venise, TArélin pouvait écrire au marquis de Gonzague pour faire renvoi du portrait peint par Titien *. Celait le commencement de Tassocialion offensive et défensive, « la société de profit mutuel, où le grand artiste mettait ses œuvres admirables, et l'Arétin son habileté, son influence de journaliste médiateur avec les princes dispensateurs de renommée * ».

Titien avait compris tout le parti qu'il pouvail tirer du nouveau compagnon amené par le hasard. L'Arétin lui avait montré bien vile le sens de Tart, la connaissance personnelle du métier, et, ce qui était capital pour Tusage que Titien voulail faire de lui, un génie d'inlrigue tout à fait exceptionnel. L'écrivain possédait, pour plaire au peintre, celle double qualité, d'avoir « été du bâtiment » et de n'en élre plus ; pour s'attacher l'ambitieux, il montrait une dextérité, une hardiesse, une invention rare, dans la manière de faire donner au public tout ce qu'il était humainement possible d'en espérer.

Puis, l'Arétin aima bientôt Venise, d'un amour qui devait toucher Titien, lequel tenait à la cité par le cœur sinon par la naissance. Il n'est pas sûr que

1. Doc. Voir Reg. lelt. reserv. lib. 38. — Cavalcasclle et Crowe, Tiziano, la sua vita e i suoi tempi. Firenzc, 2 vol. in-8. 1877, I, 284. — Canonico Braghiroli, Tiziano alla Corte di Gonzaga, Atti dell'Acad. Vergil., Manlova, 1881 , p. 63. — Luzio, op, cit., p. 12.

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