‹ L'Italie du XVIe siècleChapitre 16 sur 227 · VENISE AU XVI« SIÈCLE · texte numérisé non relu

VENISE AU XVI« SIÈCLE

le plus mystérieux et le plus raffiné des charmes par lequel Venise enchante certains artistes, cette magie subtile que les Primitifs connaissaient, et qui peutêtre pénétra de nouveau le Véronèse, se soit révélée tout entière à Titien; mais la splendeur du spectacle, Télégancc de la vie, cet éblouissant décor, à peine terni même pour les yeux de notre siècle attristé, apparaissait au peintre comme un trésor de féerie : clarté du ciel, couleur des choses, beauté des femmes, son génie vivait par toutes ces parures, et TArétin savait montrer qu'il les appréciait aussi. Récitons les vers du poète français qui a senti le mieux les noblesses de Tltalie * :

Venise était puissante, et les vagues, alors, Comme au grand Salomon lui roulant des trésors, Sous son manteau doré, sa pourpre orientale, Le front tout parfumé de Técume natale.

Elle voyait ses flls, épris de sa beauté, Dans ses bras délicats mourir de volupté.

Le Titien n'y devait mourir que bien près d'être centenaire ; et la Venise du xvp siècle n'était plus la cité que viennent maintenant chercher les esthètes*, à Torcello, à Chioggia, dans les églises plus qu'à demi byzantines, l'énigmatique fleur des lagunes vraiment digne d'être figurée sous un symbole « délicat » : c'était, bien plutôt, la robuste, la triomphante Venise dont Palma le Vieux semble avoir

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