LE MARIAGE DE VASARI
esprit admirable, à lire les veilles d'aulrui, à mettre sur le papier les vôtres.... — Post-scriptum. — Les deux pêches apportées pour moi ce matin par votre serviteur sont d une si étonnante beauté, que je ne me puis tenir de dire que si le susnommé Paris, après avoir donné la pomme à Vénus, eût fait hommage au couple des autres déesses de fruits pareils, nul doute que la douceur de leur goût n'eût transmué en plaisir le ressentiment de Tarrôt *. »
L'Arétin se ménageait Tamitié des Frères prêcheurs, de plus en plus influents par ce temps de luttes; il leur assurait que Titien brûlait d'entendre leurs sermons à Saint-Marc '. Aussi, les frati lui écrivaient et colportaient sa renommée. Il avait cette dévotion de parade qui va bien avec le cynisme et rehausse le pamphlétaire : vers obscènes et pieuses rimes, coups de plume et coups d'encensoir.
Tandis que toute sa prose artistique recommençait à célébrer Titien ', on lui envoyait, non plus des Raphaël, — l'époque était passée, — mais, avec un cadeau de fruits, une tête de Perino del Vaga : le temps des épigones était venu. Lui, sa théorie dos beaux-arts restait celle du premier jour : « Les pédants auront beau crier contre lui dans les maremmes de leurs écoles, rien au monde ne lui fera croire que l'art soit autre chose que le serviteur de la nature *. » Que n'a-t-il suivi celte voie dans l'art
{. LeU., V, 122-123. — 2. Lett., V, 12'». — 3. Lrtl., V, 135, 153, 159. — 4. Lett., V, IRS-fGi.
236 L'ITAUE du XVI' SIÈCLE.
littéraire? Le seicentisme, qui va venir, eût peut-être connu de moindres triomphes.
Vasari consulta Tûme paternelle de TArétin dans cette môme circonstance où Panurge consultait tout le monde, jusques et y compris les sibylles : « La double demande, écrivait TArétin à ce cher compatriote, que vous m'adressez par la bouche d'une de vos lettres, me force à vous répondre avec cette affection que les vrais fils trouvent en telle occurrence chez leur père. Pour ce qui est de prendre femme, vous recherchez le conseil de mon jugement, et pour le bien du livre que vous faites imprimer sur la peinture *, des vers de mon génie. Comme je suis entièrement absorbé, tandis que s'imprime le quatrième volume des lettres que j'ai composées, à fournir au cinquième, tellement qu'à peine je puis voler une somme de trois heures à chaque nuit, et que la nourriture bastante me manque à demi durant le jour, je dis que pour la première chose vous me devez excuser; attendu que, quant à la seconde (toute autre affaire cessante, et mise de côté cette considération que la fille de Francesco Bacci est aussi la mienne), je lui affirme à lui, qu'en ne vous la donnant point il se montrerait dépourvu de jugement, et, à vous, qu'en ne la prenant pas, vous vous montreriez peu raisonnable. Car il n'est point douteux que, de môme que c'est un ornement pour le talent que de s'allier avec la noblesse, c'est