‹ L'Italie du XVIe siècleChapitre 151 sur 227 · LE MARIAGE DE VASARI · texte numérisé non relu

LE MARIAGE DE VASARI

également pour celle-ci une grandeur que cette alliance. L'une dérive de Tautre, et celle-ci de celuilà. Ainsi donc, que les noces se concluent ! et puisse leur être de bon augure la joie consolante qui me pénètre les entrailles, seulement à y penser; jugez meshuy du contentement que je ressentirai dans mon cœur, dès que me viendra la nouvelle d'une alliance si chère, et de celui que je sentis le jour où Ton m'annonça qu'elle se négociait; et M. Tarlato (Yitali) peut dire, lui qui en fut témoin, quelle parole me sortit de l'âme, au sujet du retard mis à se prendre et à se donner. Et si je ne me suis point décidé à écrire aux deux parties, imputez cela uniquement à ce qu'il me paraissait être de la sagesse et de l'honneur, de terminer sans intermédiaire une telle affaire. Maintenant, que l'on procède à l'acte d'un si bon et si beau mariage, aujourd'hui plutôt que demain, afin que naissent d'un tel couple des héritiers noblement géniaux, et génialement nobles *. » Vasari avait en Arezzo, où il aimait à revenir, sa maison qu'il ornait ; maison et décoration subsistent encore ; et c'est un témoignage de plus, que Vasari fut un pauvre peintre. On lui conseilla de se marier; il le raconte dans un paragraphe fort bref, sans le moindre enthousiasme : « J'allai la même année (1548) voir le cardinal di Monte, qui fut ensuite le pape Jules III, mon grand protecteur, à Bologne où il était en qualité de légat; et, demeurant

i. Lett., V, 166-167.

quelques jours avec lui, au milieu de beaucoup craulres discours il sut, aussi bien, me parler, et me persuader avec si bonnes raisons, que je me résolus, pressé par lui, à faire ce que jusque-là je n'avais voulu faire * ; c'est-à-dire, à prendre femme : et je pris, ainsi, suivant sa volonté, une fille de Francesco Bacci *, noble citoyen arétin » '.

Ce quatrième livre des Lettres, qui absorbait l'Arétin, parut en septembre 1349: son pouvoir s'en accrut encore. Les grands d'Espagne lui offraient « des dessins et une grande médaille d'agate encerclée d'or, et ornée, dans son milieu, des images de Laocoon et de ses fils, martyrisés ensemble * ». Les dames le comblaient d'épîtres, qu'il lisait avec Titien; elles lui envoyaient pour son service domestique « des petites paysannes, qui auraient plutôt eu besoin d'être gouvernées qu'elles n'étaient bonnes à faire des gouvernantes ». Titien les recueillait : la maison de l'Arétin était trop pleine : aussi bien, les mots qui couraient sous sa plume et sur sa langue, les paysannes mômes en auraient eu peur '.

Rien ne l'arrêtait plus : son dédain, son audace devenaient transcendants : « Maître Antonio Anselmi,

Page 1