‹ L'Italie du XVIe siècleChapitre 154 sur 227 · ACTIVITÉ DE L'ÉPISTOLIER · texte numérisé non relu

ACTIVITÉ DE L'ÉPISTOLIER

Titien et la Zaffetta dans ce palais où les prieurs des Carmes fréquentaient en même temps que les Morosini *. Parfois, ces relations brillantes induisaient TArétin à des naïvetés : il était facile en affaires, il prêtait sur parole! il refusait un gage solide : et bonnement, il s'étonnait de se voir trompé *. Il se consolait en veillant aux honneurs que l'on rendait à Tombre de Bembo : l'infatigable Querini l'honorait de toutes les manières, le faisait peindre, sculpter, publiait ses ouvrages '.

Le mariage de Vasari se concluait. Le seigneur Bacci, peut-être parent éloigné de Pierre l'Arétin, en tous cas « son frère aîné « de cœur, donnait sa fille au protégé du cardinal di Monte et de l'illustre écrivain qui rendait Arezzo célèbre. « Le même enchantement, écrivait l'Arétin au beau-père, que vous montrez pour avoir uni Giorgio, peintre fameux, en mariage avec votre fille très aimante, je l'éprouve aussi. Tellement, que mon âme peut jurer à votre cœur que nous ne faisons qu'une pâte ensemble. Vraiment, la conclusion d'une telle affaire vous a donné plus de gloire, que son retardement, de soucis.... Il vous a paru bon d'élire pour vos gendres deux personnages, l'un rare dans les armes, et l'autre illustre dans les couleurs. Vous en aurez des petitsfils qui, en génie et en valeur, deviendront tels qu'il en souloit jadis être beaucoup, et qu'il en est, présentement, bien peu, dans Arezzo *. »

1. Lett., V, 198, 199, 203. — 2. Lelt., V, 203 \\ — 3. Lelt., V, 209-210. — 4. Lett., V, 215.

L'Arélin n'avait eu garde de laisser se perdre les anciennes protections qui Tavaient autrefois élevé jusqu'à régner sur Venise. Il envoyait un panégyrique de Titien à M*' Ridolfi, protecteur du grammairien Priscianese, patron de Lodovico Becci et du del Riccio qui devait éditer les sonnets de Michel- Ange, collectionneur aussi des opuscules écrits par TArétin «.

Il était passé maître dans le maniement du protocole. 11 avait des formules pour toutes les occasions. Voici un modèle de rupture : Premier billet. — « Puisque le peu que je vous donne ne contente pas vos désirs, que chacun de nous deux revienne au premier point. Bonne santé. >» Second billet. — « Si vous me comprenez aussi bien que je vous ai compris, pourquoi ne vous résoudre point à cela que j'ai résolu? »> Chacun doit vivre à sa guise. C'est le moyen de souper gatment le soir, « avec cet aimable appétit dont Titien peut rendre témoignage* », dans une de ces réunions « intimes vraiment », qui finissent par une petite débauche de fruits où l'on compare savamment la saveur de chacun. D'autres fois, le Sansovino rapporte d'Esclavonie « un chevreau de lait, des confitures parfumées, des poissons exquis, des dorades qu'on accommode avec des sauces épaisses ». Titien, le secrétaire de Florence,

1. Cf. D. Giannolli, Dialogue^ rééd. de Florence, 1859. — Guasti, Rime di M. A. Buonat^^oti^ Florence, 1863, — et ci-dessous, chap. VI, Appendice.

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