LES MEDAILLES ET JULES IIL
voir *, L'union pourtant, qui se préparait avec une demoiselle d*Urbino, manqua. Le mois suivant, une des filles de TArétin — il ne daigne dire laquelle,, mais c'était Adria — se mariait dans ce môme Urbino, avec une dot de mille ducats *.
L'été, qui brûlait Venise, fatiguait TArétin. Il fallait, pour lui arracher un sonnet sur une gravure d'après Titien, que le Todesco revînt à la charge deux et trois fois le jour '. Ou bien encore, un beau cadeau le ranimait, comme celui d'Agosto d'Adda; il payait de retour : «-Je vous envoie un tableau, qui figure l'image de sainte Catherine . De Raphaël d'Urbino est cette grande œuvre; de celui- là, dis-je, qui à tout jamais sera fameux dans l'univers. Je lavais destinée à la reine de France; mais, connaissant votre âme, et que votre cœur est aussi grand que celui d'un roi, je vous le donne, je vous en fais présent. Et, de cette œuvre née de la main d'un peintre plus que divin, faites-vous une jouissance, tout ainsi que moi je me vais réjouissant du cadeau que vous m'envoyâtes l'autre jour *. »
Pietro Camaiani, qui traduisait si bien les épîtres latines, devait remettre à Jules III les médailles de TArétin. On était en août : le cardinal di Monte était pape depuis six mois. « Deux médailles, de cuivre et d'argent, frappées à ma propre image, voilà ce que je vous envoie. De Leone d'Arezzo, unique en
1. LelL, V, 281-287, — 2. Lett., V, 299. Voir enc. VI, 112; elle fut malheureuse en ménage : v. Lett. Vï, 121, 281-282.— 3. Lett., V, 288. — 4. Lett., V, 293.
rc métier, vient l'œuvre; cVst lui qui a créé une si louable et belle forme *. Aussi mon image prend plus (1 orgueil, à naître du burin de celui qui grave les Rois, les Empereurs et les Papes, que du mérite (|ue je puis avoir ou montrer en moi. En somme, je vous prie (après que vous lui aurez baisé les pieds en mon nom) d'en faire un présent au grand Jules III. Afin que Sa Sainteté dise que même des plus minimes entre ses serviteurs la renommée brûle de garder la mémoire. Et, au cas où la bénigne mansuétude de la nature qui l'inspire daignera l'accepter par votre entremise, je demande une des siennes en échange. En l'obtenant, par ce moyen en qui la fortune me fait espérer, je la porterai au col, ainsi qu'une relique, consacrée sur Tautel que lui fera mon cœur de lui-même à jamais *. »
En vrai souverain, qui échangeait sa médaille avec les papes, l'Arétin lançait des proclamations. Il écrasait les tristes restes de l'humanisme dans une lettre « Aux Pédants. — Attendu que le paraître est aussi différent de l'être, que le dire, du faire, que vos paroles se convertissent en effets, si vous voulez que la doctrine, dont vous vous targuez d'être les maîtres, trouve créance. Moi, qui ne suis ni un
1. Voir le calai, des médailles de Leone, dans l'ouvrage de M. Pion, p. 253; et p. 50, la Iradurtion de la lettre de l'Arétin au sujet des médailles <le Qharles-Quint par Leoni; — et Aloys Heiss. Méd. de la Renaissance. — Iji médaille de l'Arétin, reproduite par M. Pion, figure aussi, en bronze, dans la collection Davillier, vitrine des méd. italiennes, l^i même vitrine conlient deux Jean des Bnndos Noires.