‹ L'Italie du XVIe siècleChapitre 158 sur 227 · Lelt., V, 2ï)i · texte numérisé non relu

Lelt., V, 2ï)i

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LETTRE «C AUX PEDANTS ». 247

homme douteux, ni un incertain, ni un timide, je ne fais pas tantôt un pas en arrière, tantôt un pas en avant, comme vous, qui devriez (attendu que le talent est la science et de soi-mOme et de toutes choses) devenir gens de talent ; car, ce faisant, vous seriez et sauriez ce que jamais vous ne serez ni ne saurez. Il est certain que votre présomption à vous autres, a troublé si bien la nature et l'art, que nul d entre vous ne sait qui des deux est la maîtresse, et qui, rélève. Enfin, votre prosopopée favorite, c'est de vous aduler vous-mêmes, dans toutes les chimères que vous imprime en l'imagination V ab c. Allez donc, chétifs envieux, acquérir des gens bien nés ce que n'enseignent point les livres! Mettez-vous dans l'esprit comment les naturelles beautés des génies sont conformes aux biens terrestres et parfaits; et que, de même que ceux-ci se labourent, se piochent, se retournent afin que les semences éparses dans leur sein rendent une moisson plus grande, de môme celles-là doivent être soumises aux rigueurs, aux tourments, aux maux des infortunes, pour qu'elles produisent des fruits dignes de plus de gloire et renommée. Ainsi donc, taisez- vous, de grâce! ou si pourtant vous tenez à parler, honorezmoi par-dessus les autres, et restez béants devant moi. Car mon style est une mine d'invention. Au reste, je me soucie peu que vous me donniez blâme ou louange. Attendu que la science, dans laquelle vous croyez resplendir, est malaisée à atteindre, et parfaitement condamnée. En somme, la sottise, qui

VOUS semble prudence, veut que vous vous riiez de la vie et de la renommée. Enfin, votre habileté à disputer, c'est une chimère de songe : on se réveille et c'est comme les vers luisants, éparpillés par le doigt qui les disperse ; ils restent un instant allumés, et puis ils meurent. Mais assurément, ceux qui sont poètes de génie, et non point des compositeurs de bagatelles, savent dire des choses admirables, ei congruentes au sujet; sans aller, pesant un iota. Ils sont pareils aux sources naturelles, qui ruissellent d'eaux limpides, vives et douces; sans savoir pourquoi ni comment *. »

C'est en suivant celte passion du naturel et de l'indépendance, troublée malheureusement par l'irréflexion, la paresse et l'amour du lucre, que l'Arétin aurait pu montrer la voie aux lettres italiennes : mais, pour sauver un art, une poésie qui s'embourbaient depuis longtemps, il fallait un autre caractère, et, sans doute, un autre génie.

Les fils de Titien et du Sansovino continuaient à faire leur métier de fils d'hommes illustres, en accumulant les sottises, les dettes et les folies. L'Arétin négociait avec ces jeunes seigneurs. « Vos pères, leur disait-il gravement, ont le droit de vous refuser le pain môme! » Il prêchait cependant la conciliation : du pain, voire un peu de gâteau, ce n'était point trop : ils étaient jeunes, et leurs frasques étaient quelquefois drôles. Titien soufirait « avec

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